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Il y figure pour ce couplet, qu'il improvisa un soir, sans doute à la table de Gabrielle :
Ça, petit page, verse à moi!
Si lé sceptre est chose pesante, Mon verre, plus léger de soi, Jamais vide ne se présente.
Ce vin n’est chrétien comme moi ; Néanmoins, pas un ne blasphème Pour ce qu'il n’eut onc le baptème.
Voici que Je bois De mon vieil arbois !
Chantons, messieurs, à perdre haleine :
Hosanna, Bacchus et Silène !
En chemin, ce petit livre, aussi fringant qu'on peut le souhaiter, touche à une foule de questions et sème les renseignements à poignées.
C’est ainsi qu'il révèle l’origine du titre de Gordon bleu, appliqué aux excellentes cuisinières. |
Il le fait remonter à MM. de Souvré, d'Olonne, de Lavardin, de Mortemart et de Laval, fameux am-. phitryons, auxquels leur qualité à la cour donnait le droit de porter le cordon bleu. La renommée de leurs tables était telle qu’on s’accoutuma à dire en parlant d’un bon repas : «C’est un repas de cordon bleu! » Puis, d’une cuisinière émérite : « C’est une cuisinière de cordon bleu ! » Et enfin, par abréviation : « C’est un cordon bleu! »
Le nom resta.
Suit une longue et intéressante liste des cabarets fameux dans Paris.
GASTRONONTIE. 221
Un d’eux subsiste encore : il est situé rue Neuve- Saint-Augustin, à la hauteur de la rue Louis-le- Grand, et porte au-dessus de sa grille cette glorieuse inscription : « Maison fondée en 1635. »
« Quelle noble date! — s’écrie M. Albert de la Fi- zelière, — et quel bon temps pour les buveurs ! Les cafés n'étaient pas encore inventés. Les gens d’esprit, dont on obscurcit aujourd’hui le cerveau par les vapeurs nauséabondes d’une bière frelatée, par l’horrible absinthe, par plus de cent mélanges de: spiritueux de mauvais aloï, pouvaient et savaient entretenir leur verve aux feux divins du beaune et du pomard. L'hippocrène des poëtes était alors une vérité, et la source inspiratrice jallissait rouge et parfumée des tonnes ventrues de la Croix de Lorraine et de la Pomme de Pin. »
Bravo, la Fizelière !
Après ces deux cabarets classiques il aligne sous sa plume :
Le Cormier fleuri, près de Saint-Eustache ; le Gaillard-bois, près de l’Hôtel-de-Ville; la Fosse-aux- | Lions, rue du Pas-de-la-Mule; le Chapelet, derrière | le Luxembourg ; l'Écu, à côté de l’Arsenal ; le Ber- 1 ceau, sur le pont Saint-Michel; l’Ange, à l’hôtel de ( Bourgogne ; la Corne, place Maubert; l’Écharpe, au Marais: la Croix-Blanche, rue de la Savaterie; la d à Croix-de-Fer, rue Saint-Denis : la Croix-Verte, au préau du Temple ; le Pressoir d’or, rue Saint-Martin; | | les Deux Faisans, rue Montorgueil ; les Deux Porches, : | au cimetière Saint-Jean. : | x 19.
Et encore :
Les Trois Maillets, les Trois ie les Trois Pigeons, les Trois Entonnoirs, les Trois Guillers, le Riche Laboureur, la Cage, V'Épée de bois, le Grand Cornet, la Grosse Tête, le Petit Voisin, la Lamproie, la Lanterne, l'Image Notre-Dame, la Toison, les Quatre. Vents, la Tour d'argent, le Cygne de la Groix, le Petit Suint-Antoine, etc., etc, — Ouf!
Le Treillis vert, rue Saint-Hyacimthe-Samnt-Michel, -fournissait les couvents d’alentour. Les bons moines — style Grassot — donnaient volontiers laccolade à la dive bouteille, ainsi que le témoigne ce couplet en proverbes :
Boire à la Capucine,
C’est boire pauvrement ; Boire à la Célestine,
C’est boire largement, * Boire à la Jacobine,
C’est chopine à chopine; Mais boire en Cordelier, Cest vider le cellier !
La Révolution eut le respect du vin.
Quand elle transforma le calendrier, elle fit commencer, l’année républicaine au premier jour du mois de la vendange, vendémiaire, et elle consacra ce jour au raisin.
Le dixième } jour, correspondant au 1° octobre, fut consacré à la cuve, et le vingtième au pressorr. Pour qu'il soit bon, un livre doit toujours laisser au lecteurune inquiétude, un désir, une rêverie.:
Tout ne doit pas être fini, une fois les feuillets achevés. Je veux être conduit par l'écrivain sur la lisière de l’au delà.
Eh bien ! le plus grand éloge qu’on puisse faire du hvre de M. Albert de la Fizelière, c'est qu'il donne envie de boire. Il altère profondément. Il donne l’idée d’une table chargée de toutes sortes de flacons. On étend le bras, en le lisant, comme pour chercher un verre; on lève les yeux, on a cru voir une treille au plafond. Un vent guilleret semble tourner les pages. L’œil S’attendrit, la lèvre se dessèche. La pensée, doucement voltigeante, va d'Érigone à Rabelais; un bruit de chanson et de cristal se mêle à des physionomies enluminées comme des roses rouges. On à soif, vraiment, on a soif! Que voulez-vous que je vous dise de plus?