‹ GastronomieChapitre 65 sur 132 · TR TR ET SR RTE · texte numérisé non relu

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Nicette soupira tous les jours. — Et Lucien ?

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Vingt ans et voir Paris ! Fuir la province aimée, Cette vieille nourrice au front doux et songeur , Voir derrière ses pas la porte refermée,

Sentir sécher l’adieu sur sa lèvre embaumée,

Et s’en aller où va tout enfant voyageur !

! La Fontaine, Pyrame et Thisbé.

C'est le destin fatal. — Là-bas est la merveille ! Dit une voix trompeuse à qui l’on tend l'oreille. Lucien connut Paris : et, comme la plupart,

Il se laissa gagner par de vaines chimères

Qui, la rose aux cheveux et la flamme au regard, S'en vinrent le chercher, un matin qu’à l'écart Le souvenir faisait ses heures plus amères.

Il ne posa d’abord qu'un pied indifférent

Dans ce monde joyeux, qui le trouva de glace ; Mais bientôt, — je ne sais quel charme l’attirant, — Il entra tout entier et demanda sa place.

Et ce fut de ce jour qu'à des épines d’or Il déchira son cœur et perdit la sagesse ; Et qu’à ce sol étroit attachant son essor, Il ne s’occupa plus qu'à vieillir sa jeunesse.

Il connut de ce temps la sottise et les mœurs, Dépouilla désormais ses anciennes humeurs.

Les femmes de toujours, les folles Cydalises,. Dont les jours ne sont rien qu'un vif enivrement, Salamandres d'amour, de toute flamme éprises, Passèrent près de lui dans leur essaim charmant. Elles ne mettent plus, ainsi que les marquises, Ces mouches sur le teint qui faisaient l’œil moqueur ; Les mouches d’à présent se portent sur le cœur.

Ce furent celles-là, Lucien, qui te perdirent,

Lorsque à ton cou d'enfant elles se suspendirent,

Et que de tes trésors de tendresse amassés

Elles l'eurent tout pris, sans t'avoir dit : Assez!

Si bien qu'à la vendange où l’attendait Nicette, Quand s’en revint Lucien, espéré si longtemps,

Il n'était plus le même, — à surprise inquiète! — Il avait vu Paris, il n'avait plus vingt ans.

Allons, les vendangeurs, la cloche vous appelle : Debout, et travaillez; c’est l'heure du réveil ; L'horizon que sillonne une jeune étincelle S'ouvre comme un cratère et vomit un soleil!

Et tous, dans le hangar où le maitre les parque, Comme un bétail grossier sur la paille étendu, Hommes, femmes, enfants, — sans donner une marque De mécontentement, de sommeil suspendu, —

Se lèvent pour avoir le pain qui leur est dû.

Ge sont des paysans aux formes athlétiques,

Taillés sur le patron des montagnards antiques, f Avec des nerfs d'acier êt des poitrails velus ; il Un säyon en lambeaux couvre à peine leur torse ; D | Leur chair, comme le buffle, est d’une épaisse écorce, } Et sans crainte de l’air ils pourraient aller nus.

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Pärtons, nés vendangeurs, car le coteau ruisselle ; Il se dresse éclatant, ses flancs semblent fumer ; l Il gémit sous la vigne : on dirait qu'il recèle |: Une haleine puissante et prompte à s’enflammer. | Le cadavre géant de l'antique Gybèle, | Qu’au fond du sol ardent va chercher le rayon,

Se ranime et tressaille ; — aux fentes du sillon On croirait voir percer le bout de sa mamelle.

On part, musique en tête. On gravit le coteau, On pose un pied glissant sur le sable qui grince ; Puis, à chaque sentier, la troupe se fait mince : Ceux-ci sur le versant, ceux-là sur le plateau, S'égarent à loisir parmi les feuilles vertes,

La vigne a remué ses branches entr'ouvertes,

Et tous ont disparu comme sous un manteau.

Le bœuf regarde au loin, traînant l’essieu qui crie, Car la charrette est pleine ; et j'entends le bouvier Traîner ses sabots lourds sur la terre amollie.

Le chien aboie et court, — on arrive au cuvier.

C'est une cave immense, ou plutôt c’est un antre

Où le vin en courroux monte au nez dès qu’on entre, Courant des piliers noirs au cintre surbaissé, — Un temple de Bacchus dans le sable enfoncé. — Comme un chœur de Titans, là sont d'énormes cuves Où la liqueur mugit comme dans des étuves.

Douze à quinze garçons, du matin Jusqu'au soir, Nu-jambes et nu-pieds dansent dans le pressoir.

Une étrange vigueur en leurs veines cireule :

On les dirait piqués par une tarentule ;

Sous leurs talons nerveux, rouges et ruisselants, Dans la mare de bois les grappes s’éparpillent ;

Les raisins égorgés éclatent et pétillent ;

Ils courent éperdus, noyés, demi-saignants ;

Toujours monte et descend la brutale cheville,

Le danseur infernal les brise sans les voir,

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La grappe aux longs bras nus comme un serpent sautille;

La boisson turbulente écume, — tourne, — brille, Et s’égoutte en chantant au fond du réservoir !

On n’avait pas encore atteint ces jours d'octobre Où de bruit et d'éclat la terre se fait sobre.

La chaleur était grande. Au lit de l'occident

Le soleil retrempait son disque fécondant,

Fier encor, rejetant son manteau par derrière

Sur le seuil, où reluit une pourpre dernière,

— Tête sans diadème et lente à s’effacer ; —

Tandis que, dans un coin du ciel lourd de l'automne,

L'autre roi réveillé qui murmure et qui tonne, La foudre, se rangeait pour le laisser passer !

La prairie arrètait ses herbes ondoyantes ;

Jmmobiles, sans bruit, les vagues haletantes

Brülaient et flamboyaient à ses derniers rayons ;

Et la colline aussi, d'arbres échelonnée,

Et de rouges vapeurs bordée et couronnée,

Dressait ses peupliers en muets bataillons; —

Si qu’un vent étourdi les fouettant de ses ailes

Jaillissaient aussitôt des milliers d’étincelles!

# Et le soir s’abaissait. Par la plaine et les monts, Sous les cieux imprégnés d’une couleur orange,

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11 courait en tous lieux une harmonie étrange,

De ces ranz inconnus et doux que nous aimons. C’étaient des bêlements, des sifflets, des clochettes, C’étaient des angélus, des grillons, des musettes, Une hymne sainte et grave, un bruit sévère et lent ; C'était le bruit que fait le jour en $’en allant.

Tout dans le fond du pare, et parmi la grande herbe, Ils allaient à pas lents, joyeux, — heureux déjà; Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe, Comme si rien d’amer n'avait passé par là.

Des bonheurs d'autrefois ils renouaient la gerbe.

Comme on se séparait, Lucien saisit soudain

Une main qu’on laissa reposer dans sa main,

Et puis dit, d’un accent que le regard achève :

— Ce soir, près de l'étang. — Nicette avait frémi, Sa blanche main s'était retirée à demi ;

Et, son œil s’entr’ouvrant comme au milieu d'un rêve, Elle le regarda. Lucien la salua, |

Et de l'air d’un Don Juan à grands pas s'éloigna.

Plus tard, si vous eussiez suivi la sombre allée Vers la pointe du bourg, au fond de la vallée, Vous eussiez vu sans doute une ancienne maison, Noirâtre sous le lierre et de chênes voilée ;

Une croix de Saint-Jean orne son vieux blason ; Elle est haute et bardée en style de prison.

On la dirait déserte. Une seule croisée

Derrière s’ouvre un peu, petite, treillissée,

Des vases sur le bord, penchant sur un bassin. On entendait alors le son d’un clavecin.

Nicette alla livrer sa tête rose et chaude

Au vent de la croisée; et, le front dans les doigts, Elle regarda fuir les horizons étroits.

Un ver-luisant dardait sa flamme d’émeraude ;

Un vent plaintif courait dans un air vaporeux ;

Un linot réveillait, chantait, fermant les yeux ;

Les feuilles bruissaient, les ronces endormies S'agitaient comme au pas des gazelles amies.

Sous ces parfums d'amour sa tête s’inclina — Quand sept fois lentement la pendule sonna.…

Elle eut peur et trembla. La fenêtre fermée, « Elle prit sa mantille et se mit à genoux.

Dans un brun cadre d’or la Vierge bien-aimée Épanchait sur son front son regard le plus doux. :

— Vierge, faut-il aller ce soir au rendez-vous ?

VI nn.

Sous les sombres tilleuls j'ai vu passer Nicette. Elle marchait sans bruit et semblait inquiète. On eût dit que ses pas l’effrayaient, et souvent Elle se détournait pour écouter le vent.

C'était près de l'étang où se mire, étonnée, La lune dans les jones de vapeur couronnée, Et qui semble flotter, — fantastique tableau, Allongée et plissée à chaque rond de l’eau.

L'heure ‘du rendez-vous était pourtant venue.

Nicette ressentait une crainte inconnue,

Et disait fréquemment, cherchant à contenir

Le trouble de son cœur : — Comme il tarde à venir !

Puis elle s'asseyait au bord d’un banc de pierre; Et, sa main s’en prenant à des touffes de lierre, Elle les effeuillait, et d’un pied agité

Les enterrait au fond du gazon argenté.

Lucien n’arrivait pas. — O0 mon Dieu ! disait-elle,

D'où vient que mon front brûle et que ma foi chancelle? Patience ! Sans doute 1l n’est pas assez tard. ILignore le mal que me fait son retard.

Elle essayait alors de chasser sa tristesse.

La nuit versait partout une limpide ivresse,

Et les plantes ouvraient à son tiède baiser

Leur sein d’or où la mouche aime à se reposer.

— C’est étrange pourtant, pensait la jeune fille, Dont un tressaillement soulevait la mantille ; La campagne est ce soir si douce à l'entretien; Cette nuit est si belle et rayonne si bien!

C’est qu’ilne m'aime plus ; et je suis effacée

De son cœur, à présent, comme de sa pensée.

Notre amour a duré notre enfance, c’est tout ; Le cieln’a pas voulu m’entendre jusqu’au bout.

Et Nicette penchait, entre ses mains voilée, Sa Jeune tête pâle et toute débouclée.

La brise s'en jouait, et courait par moment

Sous les sombres tilleuls harmonieusement.

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Déjà, bande joyeuse ! au bas de la vallée

Les vendangeurs dansatent sous la treille étoilée.

Mais, traversant les prés, la danse et la chanson

Expiraient auprès d'elle ainsi qu’un faible son.

Pourtant, la pauvre enfant, elle espérait sans cesse. Comme des diamants tombés dans l'herbe épaisse, Ses pleurs longtemps tenus se répandaient tout bas. Elle attendait toujours. — Lucien ne venait pas.

C'est qu’à l'heure où, cédant à sa pensée indigne, Il accourait vers elle, en traversant la vigne,

Un remords généreux, au détour du chemin, Comme un ange du ciel l'avait pris par la main.

Tout à coup, du milieu de son insouciance, S'éleva contre lui sa jeune conscience ;

Et, dans la nuit sereine, il se sentit broncher

Lorsqu'il se demanda ce qu'il allait chercher.

Alors 1l reporta ses regards en arrière ;

Sa jeunesse à son cœur remonta tout entière ; Et, retrouvant soudain son amour d'autrefois, Il s'enfuit en cachant sa tête entre ses doigts.

Un petit cabinet — nu, — blane, — une croisée Ouverte, — un lourd rideau tout trempé de rosée ; Devant un noir pupitre un jeune homme, — c’est tout. Au dehors la campagne, et le calme partout,

Il travaille. Un rayon égaré s’éparpille

Dans un coin du plancher dont la poudre scintille ; Une brise suave agite l’air tiédi

Qu'emplit de son bourdon un frêlon étourdi.

L'angélus argentin tinte au fond du village ;

Dans un arbre, — à côté, — les oiseaux font tapage.

Il écrit. Son front clair est à demi penché, Comme fait un poëte à son livre attaché.

C’est Lucien ; il écrit une lettre à Nicette, Une lettre d’excuse et d'amour, ainsi faite :

«— Il faut me pardonner, Nicette. Vois-tu bien, Au rendez-vous d'hier comme j'allais me rendre, ne voix, qui priait, à moi s’est fait entendre. Sais-tu ? c'était La voix de ton ange gardien.

Je n'ai pu résister. C'est parce que Je t'aime

Que je suis, ce soir-là, revenu sur mes pas;

Cela te semble étrange et peu croyable même, Nicette ; mais un Jour tu me pardonneras.

« Ce n’est pas tout non plus. Ton front égal encore, Qu'ont rarement terni de soucieux instants,

S'éclaire aux blancs rayons d'une durable aurore ; Dans ta jeune pensée il est toujours printemps. Néanmoins, tu n'es plus une enfant, ma Nicette : La beauté de la femme en tes traits se reflète ;

Et celui qui te voit, beau lys épanoui,

S'arrête, et bien longtemps te regarde, ébloui.

Or, moi, Je suis jaloux de cette candeur sainte ; Je veux la préserver de toute sombre atteinte, Écarter d'alentour tout soupçon alarmant ;

Car c’est mon bien, d’ailleurs ; et je veux constamment Garder cette beauté sereine et fortunée

Que te donna le ciel et que tu m’as donnée... »

Lucien s'interrompit. Le vent frais du matin Soulevait le rideau qui voilait sa fenêtre.

Les exploits des chasseurs s’entendaient au lointain. Cramponné par dehors, et regardant en traitre,

Se penchait dans la chambre un liseron mutin.

Il reprit : — « Maintenant, il faut plus de réserve Dans nos mystérieux et tendres rendez-vous;

— Cela me coûtera — pour que Dieu nous conserve Son indulgent regard qui fait les jours plus doux. Nicette, il ne faut plus, dans les vastes prairies, Ainsi que nous faisions, nous égarer le soir ; L'heure est trop dangereuse aux vagues rêveries ; Il ne faut plus aller sur Le banc nous asseoir.

Te souvient-il du jour où, sous l’épais ombrage, Nous marchions côte à côte en chemin attardés ? Nous voyant seuls tous deux, un homme du village Nous a — se détournant — plusieurs fois regards. Cela te fit monter la rougeur au visage.

Il ne faut-plus rougir, Nicette ; et vour celà

il faut être ma femme; or, mon bonheur est là.

« J'ai voulu te parler de la sorte, Nicette ;

J'ai fini. Mon souci, je l’ai dit tout entier ;

Et j'ai laissé tomber mon cœur sur ce papier. J'ai l’âme maintenant légère et satisfaite.

J'est le ciel qui m'a fait cette douce leçon.

À mes yeux, désormais, la nature est plus belle ;

J'entends passer dans l'air comme un battement d’aile,

Et l'amour chante en moi sa plus jeune chanson! »

Dans tous les environs la vendange était faite.

Du bourg de Valeyrac, ce soir, c'était la fête;

Les vendangeurs partaient, on fêtait leur départ. Adieu paniers; — dansons et chantons sans retard !

On arrivait déjà d’une lieue à la ronde. k Les hommes avaient mis leur belle veste ronde, Les femmes avaient mis leur plus rouge jJupon ; Et, gravement pimpants et la mine essoufflée, Ils couraient, car déjà derrière la vallée

On entendait le bruit rauque d’un violon.

Je ne vous dirai pas, — à la façon flamande, — L'enseigne de l'auberge et la folle guirlande Que l’on avait ce soir appendue au brandon ;

Je ne vous dirai pas les rondes, les quadrilles, Les buveurs accoudés et les Joueurs de quilles ; Je ne vous ferai pas le tour du rigaudon.

Ah! parlez-moi plutôt des temps mythologiques Où le ciel se peuplait de héros et de dieux,

Où le monde passait dans des splendeurs magiques, Où l'Olympe entr'ouvrait son eycle radieux! — C'était sur quelque mont solitaire et sauvage,

A l'heure où le soleil déserte le rivage;

On voyait accourir, partis dès le matin,

Les bergers empressés de maint vallon lointain ; Sous l’odorant fardeau des roses d’Idalie

La façade du temple était ensevelie ;

Un satyre cornu sculpté sur le fronton, « Aux lèvres un hautbois, riait sous le feston ;

Et les nymphes, autour du satyre pressées, Ployaient sous les raisins leurs têles renversées.

. Est-ce une vision, poëte, où sommes-nous ?

Ardente, l'œil pourpré, la bacchanale antique Se dresse devant moi sous Le sacré portique.

Voici le sanctuaire et le peuple à genoux !

Evohé ! Evohé ! quel feu divin m’embrase !

Je sens bouillir mon front sous l'éclair qui le rase ; Dans le fond de mon cœur je sens gronder ma voix : Le voile de mes yeux se déchire, et je vois!

En marche ! Promenez devant nous les corbeilles ! Que le son des tambours disperse les abeilles ! Et que l'oiseau qui vient picorer le pepin

S'enfuie au vent bruyant de nos branches de pin ! Mélons à nos cheveux de douces violettes ; Musiciens, prenez votre casque d’aigrettes,

Et d'une voix unie au mode lydien

Dites-nous les exploits de Bacchus l’Indien ! Allez, versez le miel de la muse lyrique ; Ceignons nos ceinturons et dansons la pyrrhique ! Venez, les Égipans, les Faunes des jardins,

Les Satyres barbus avec vos peaux de daims ; Venez, les chèvre-pieds ; accourez, Les Bacchides ; Ajustez vos bandeaux, rattachez vos chlamydes ; Et dansons ! — Ébranlons sous nos pieds la forêt ! Comme déjà le sol tournoie et disparait!

L'arbre semble alourdi comme un autre Silène; : Brandissons nos roseaux, dansons à perdre haleine! De notre cerele immense ardent à fendre l'air Embrassons la forêt dans nos anneaux de chair! Tout fuit autour de nous, mon front vibre et ruisselle. Dansons ! — Hécate luit sur les pâles marais,

Le vent du soir se lève impétueux et frais ;

Je vois, je vois là-bas le temple qui chancelle. Dansons ! — Et vous Cinthie, Euphrosine, Aglaé, Versez-nous à pleins flots vos brülantes rasades ; Notre patère est vide ; encore, mes Thyades !

Et buvons, et dansons ! — Evohé! Evohé!.…

Je sais une maison, du côté de Lesparre, Qu'un fossé seulement de la route sépare.

— On y voit un perron et deux lions devant. — Seul, à la regarder je m'arrêtais souvent ;

Elle à ces volets verts que désirait Jean-Jacques, Et fleurit d’aubépin son grand portail à Pâques.

Get enclos printanier, propice aux heureux jours, Enferme deux époux que vous savez, — Madame ; Ils n’ont plus que la joie et le calme dans l'âme, Et le ciel a béni leur charmantes amours.

Tout dans le fond du parce et parmi la grande herbe Je les ai vus passer, l'un sur l’autre appuyés,

À travers la bruyère et les bluets ployés,

Elle, les yeux baissés, lui, le regard superbe.

— Un tout petit enfant se jouait à leurs pieds. — Quand nous voyagerons, l’été prochain peut-être, Nous passerons par là, car il faut les connaitre.

Lucien est-un chasseur liabile dans son art,

Et puis un agronome. 11 à mainte visite

Pour ses beaux dahlias en serre, que l’on cite.

Nul doute qu'on n'en fasse un préfet — mais plus tard:

Nicette a dix-neuf ans, elle est jolie et belle ;

J'ai dansé cet hiver une valse avec elle.

Un procureur du roi se montrait assidu

Sur ses pas; — vous pensez si C'était temps perdu |

Mais, me voici, je crois, au bout de mon histoire. Madame, vous avez fait acte méritoire

En l’écoutant ainsi, les pieds sur les chenets, Comme s’il s'agissait de deux ou trois sonnets. Aussi, puisqu'à présent vous n’attendez personne, Restons encore une heure, et souffrez que je sonne,

Afin que vos laquais, en rallumant le feu, Apportent vos albums sur la table de jeu.

Et puis nous causerons — près de la cheminée Qui bourdonne en lançant sa flamme mutinée — De tout ce qui n’est pas sérieux ou profond,

De l'amour toujours jeune et des vers qui se font.

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