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Un certain nombre de savants attribuent le phénomène à l'indigestibilité du pain, mais cette explication ne me satisfait pas, car je connais des obèses, gros mangeurs de pain, des gaïllards ayant de véritables estomacs de casoar, pour qui le mot « indigeste » est vide de sens.
Quoi qu'il en soit. il résulte de ces faits qu'il importe de réduire la consommation des farineux et surtout celle du pain.
Toutefois, pour éviter une sensation de faim trop pénible, il est bon de permettre un volume relativement considérable de nourriture, en prenant comme base de l'alimentation les légumes verts et les fruits, qui nourrissent peu. Il convient, bien entendu, d'y adjoindre des aliments carnés, de façon que l'organisme n'ait à emprunter que le moins possible aux muscles, mais il faut en limiter la quantité.
En ce qui concerne la boisson, contrairement à l'opinion des partisans du régime sec, j'estime qu'il faut boire, de façon à bien laver les reins, condition indispensable au bon fonctionnement de notre machine. Reste seulement à savoir à quel moment on doit boire.
Un fait d'observation banale montre que l'on mange moins lorsqu'on ne boit pas en mangeant; c'est Rà une raison suffisante pour boire seulement entre les repas. Les physiologistes attribuent à l'absorption des liquides pendant le repas une action défavorable sur la digestion, parce que, disent-ils, le suc gastrique dilué perd de son activité; c'est assez vraisemblable. Certains savants assurent que l'avantage des repas secs est de diminuer notablement la putréfaction intestinale azotée : c'est bien possible. Au point de vue qui nous occupe, la première raison me suffit compiètement.
En vue de réduire l'absorption des liquides à table, il convient également de limiter l'usage des potages.
Voici, en termes généraux, la ligne de conduite à suivre.
1° Alimentation. — 1] faut réduire le plus possible la quantité des farineux ; diminuer progressivement la ration de pain et les pâtisseries : finalement en supprimer l'usage.
Les pâtes, les pommes de terre et le riz engraissant relativement moins que le pain, tu pourras en manger quelquefois, mais modérément.
Il faut mâcher soigneusement ; ne pas rester plus d’une demi-heure à table et la quitter toujours sans être rassasié.
Ces réserves faites, tu peux manger de toutes les viandes de boucherie ou de porc, rôties, braisées ou bouillies, du jambon, de la volaille, du gibier (en évitant cependant le gibier trop avancé qui est indigeste), des œufs, de temps en temps, mais pas trop souvent, du poisson de mer, du poisson d'eau douce, des coquillages, etc.
Tous les légumes verts sont permis et même recommandés, Du moment que
tu les digères bien, tu peux manger haricots verts, petits pois, asperges, artichauts, différentes variétés de chou, chou vert, chou rouge, chou frisé, chou cabus, choufleur, brocoli, choux de Bruxelles, chou confit, choucroute, oignons, poireaux, carottes, navets, radis, concombres, raves, salsifis, cardons, rhubarbe, céleri, fenouil, épinards, tomates, aubergines, betteraves, champignons, etc. Toutefois, il est préférable de ne pas abuser de l’oseille, à cause de la forte proportion d'acide oxalique qu'elle contient.
Toutes les salades crues ou cuites sont permises ; les salades crues accommodées de préférence au jus de citron conviennent très bien.
Enfin, tu peux manger de tous les fruits crus ou cuits.
Il faut réduire le He possible la boisson à table, supprimer les potages, el l’habituer à ne pas boire du tout en mangeant, ce qui est facile.
Il faut réduire également au minimum la consommation de l'alcool, du sucre et du laitage.
Mais il est essentiel de boire ; tu boiras donc seulement entre les repas, d'abord le matin, au réveil, puis une heure ou deux après chacun des deux principaux repas, enfin le soir en te couchant. La quantité de liquide nécessaire pour te désaltérer pourra varier entre un et deux litres par jour. Comme boissons chaudes, tu donneras la préférence à des infusions légères de thé ou à des tisanes quelconques ; comme boissons froides, tu prendras des eaux minérales, de l'eau pure ou aromatisée, de la citronnade, de l’orangeade, etc. : jamais de bière.
Sommeil. — Sept à huit heures de sommeil en moyenne doivent suflire.
3 Exercices. — Le défaut de la plupart des régimes est de prescrire, dès le début, des exercices pénibles. En procédant ainsi, on décourage immédiatement des gens dont la volonté est généralement chancelante. 11 ne faut pas perdre de vue, en effet, qu'un gros obèse est matériellement incapable de fournir sans entraînement un travail physique tant soit peu important, el qu'il faut absolument lui éviter en même temps qu'une fatigue trop grande un accroissement exagéré de l'appétit.
Le meilleur exercice est incontestablement la marche, mais il convient d'en augmenter la durée progressivement : en agissant ainsi, tu arriveras en peu de temps à faire avec plaisir et grand profit huit à dix kilomètres à pied, par jour.
Dix minutes ou un quart d’ heure d'exercices modérés et gradués faits, de préférence, au moment du coucher, soit avec un appareil de gymnastique de chambre, soit sans aucun appareil, produisent un excellent effet au point de vue de l’assouplissement général du corps.
Le massage et surtout l'auto-massage des régions plus particulièrement envahies par la graisse est également un bon exercice, à condition qu'il soit pratiqué avec modération.
Recomma NDATIONS PARTICULIÈRES.
Il faudra enfin
a) Surveiller tes urines. qui doivent toujours rester claires et de couleur jaune citrin. En cas d'urines troubles ou rougeñtres, commence par augmenter la quantité de liquide ingéré entre les repas : si le phénomène persiste, fais analyser tes urines et consulte ton médecin.
b) Surveiller la liberté du ventre. En cas d'irrégularité dans les selles, fais usage de laxatifs, par exemple d’eau de Marienbad, source Kreuzbrunn, à la dose d’un à quatre verres, le matin à jeun, à des intervalles de dix minutes, en prenant avec chaque verre un cachet de 2 grammes de sel de Marienbad. En cas de constipation réelle, consulte ton médecin.
c) Prendre chaque jour, autant que possible dans les mêmes conditions de vacuilé du corps, ton poids, lon tour de ceinture et ton volume, celte dernière mesure pouvant être obtenue facilement au moyen d'une baignoire graduée, et porter tous ces éléments sur un tableau graphique qui te permettra de te rendre compte d’un seul coup d'œil de la façon dont marche la cure.
Ces principes posés, si un homme de 75 kilogrammes consomme au repos 2200 calories par jour, il paraît légitime d'admettre qu'un homme de 150 kilogrammes en consomme au moins 3000.
Dans ces conditions, voici, avec le coefficient de sécurité que donneront les exercices prescrits, un exemple concret de régime sévère de début ‘ pour un obèse pesant 150 kilogrammes.
Déjeuner du matin.
250 grammes de thé léger sans sucre et un petit croissant.
Déjeuner de midi.
200 grammes de viande quelconque, préparée n'importe comment.
300 grammes de légumes verts, blanchis à l'eau et sautés au beurre, ou arrosés de beurre fondu.
Une salade quelconque.
250 grammes de fruits crus, ou cuits sans sucre.
1. Il est bien entendu qu’il faudra diminuer plus ou moins les quantités d'aliments indiquées, au fur el à mesure de l’amaigrissement.
Vers deux heures de l'après-midi, une lasse ou deux de thé, d'infusion de camomille, de tilleul, etc,, et, au besoin, à cinq heures un verre d'eau ou de limonade,
Diner.
Deux œufs préparés d'une manière quelconque, ou un membre de poulet, ou un pelit poisson, ou, pendant la saison de la chasse, un petit gibier : une grive, une caille, deux alouettes, la moitié d’un perdreau, ete.
200 grammes de légumes verts sautés au beurre, ou en salade.
250 grammes de fruits crus, ou cuits sans sucre.
Dans la soirée, une tasse ou deux de thé où d’une infusion quelconque, à la rigueur un grog, et, en se couchant, un verre d'eau,
Pas plus de 100 grammes de beurre par jour, en lout, au maximum.
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Mon ami a suivi mes conseils et il a été pleinement récompensé de ses elorts. Seuls, les trois premiers mois furent un peu pénibles; il se plaignait d'éprouver presque constamment une sensation de faim. Mais quel résultat! Dès le premier mois, il avait perdu 7,500 ; il perdit 5,500 le mois suivant 4,500 le troisième, puis la diminution fut un peu moins rapide. Quoi qu'il en soit, au bout de dix mois, tout en se relächant un peu de la rigueur du régime, il avait perdu ho kilogrammes et 40 centimètres de tour de ceinture.
Un peu plus tard, son poids diminua de 5 kilogrammes encore, son tour de ceinture de 5 centimètres, et bien que la diminution de son poids ait été relativement faible dans cette deuxième période, mon ami eut le plaisir de constater une réduchon considérable dans son volume. Ses muscles s'étaient développés et ses formes s'étaient affinées.
I est habitué maintenant à manger relativement peu, où plutôt il s'est déshabitué de manger trop : il ne souffre plus du tout de la faim, il respire sans aucune gène et il ne transpire plus d'une façon anormale. La marche est devenue pour lui un plaisir et douze kilomètres par jour ne lui font pas peur ; il lui est même arrivé d'en faire trente dans une journée, sans éprouver trop de fatigue. C'est une transformation et un véritable rajeunissement à tous les points de vue.
J'ai eu l’occasion de faire suivre le même traitement à plusieurs autres obèses ; tous s’en sont bien trouvés.
Je l'ai conseillé également, en le mitigeant un peu, à des dames qui, sans être positivement obèses, étaient grasses et empâtées : je les ai engagées à diminuer simplement la quantité de pain, à supprimer les pâtisseries, les potages et la boisson à table. Grâce à ces seules modifications dans leur régime alimentaire, elles ont diminué en huit mois de 12 à 15 kilogrammes de poids, de 12 à 15 centimètres de tour de ceinture, ce qui a suffi à leur rendre le charme qu'elles avaient perdu. Je citerai en particulier le cas d'une dame copieusement fessière, comme aurait pu dire Rabelais, qui, au bout de dix-huit mois de régime bien observé, a vu son tour de taille passer de 93 à 70 centimètres et son tour de bassin de 1°,40 à o",098 !
Si l’on examine d'un peu près les courbes des poids et des tours de ceinture, on voit, d'une part, qu'elles varient parallèlement et que, le plus souvent, à une diminution de poids d'un kilogramme correspond une diminution de tour de ceinture d’un centimètre : d'autre part. l’'amaigrissement ne se produit jamais d’une manière continue, mais par à-coups, séparés les uns des autres par des oscillations.
Les variations diurnes atteignent normalement quelques centaines de grammes ; exceplionnellement, elles peuvent dépasser 2 kilogrammes, mais alors l'élévation du chiffre tient, en partie au moins, à une grande variation de l'état hygrométrique de l'air.
La diminution de volume est toujours proportionnellement plus grande que la diminution de poids, surtout lorsqu'il y a longtemps qu'on suit le régime.
LS
Voilà les résultats de l'expérience, et je devrais peut-être m'en tenir là. Mais, si je ne faisais pas au moins un essai de théorie, j'aurais l'air d’être incomplet et de ne rien comprendre au mécanisme intime du phénomène, ce qui, tout en étant rigoureusement vrai, est plutôt vexant. Le démon de la métaphysique me tente et, s’il me faut une excuse pour me faire pardonner mon imprudence, la meilleure est que ma théorie concorde assez bien avec les faits observés : il est impossible, à la vérité, d'en démontrer l'exactitude, mais il me semble impossible aussi de prouver qu'elle est fausse.
Pour moi, l’obésité des gourmands ne correspond pas à un vice organique de nutrition. Tout dans le développement de l'affection et dans sa disparition se passe comme si l'appareil régulateur du poids était simplement faussé sous l'influence de la suralimentation et comme si le régime agissait en permettant à cet appareil de reprendre son fonctionnement normal. L'obésité des gourmands ne serait donc qu'une névrose ; il faut bien convenir que sa curabilité sans médicaments est en faveur de cette hypothèse.
Le
Mon régime est-il Loujours efficace ? Débarrassera-1-il dans tous les cas les obèses gros mangeurs de leur obésité ?
lei, je dois faire quelques réserves. S'il s'agit d'un sujet dont les fonctions nutritives ne sont pas profondément altérées et chez lequel la seule cause d'engraissement est la gourmandise, l'obésité disparaîtra fatalement. Mais s'il s’agit d'une obésité organique chez un gros mangeur, association qui peut fort bien se rencontrer car les vices de nutrition ne vaccinent pas contre la gourmandise, seul l'effet de la suralimentation disparaîtra avec elle, et il faudra, pour combattre l'élément organique, recourir aux conseils d'un médecin expérimenté.
Ces réserves faites, je ne saurais trop engager tous les gros mangeurs, goinfres et gloutons obèses, à suivre mon régime. Tous s'en trouveront bien, tant au point de vue de leur obésité qu'à celui de leur santé générale et, ce qui n'est pas à dédaigner, ils s'en trouveront également bien au point de vue de l'accroissement des jouissances gastronomiques qu'ils éprouveront, car on n'est guère en état d’apprécier convenablement la cuisine quand on dévore. Or, s’il est indécent de vivre pour manger, il convient, tout en mangeant pour vivre, de s'acquitter de cette
tâche comme de toutes les autres, de son mieux, avec plaisir.
— Re pe —— #5 REC
De, ph he h hé JO OS ANNEE Do So earth Line
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Ixrnont CTION À LA PREMIER EDITION . . Li PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION » i