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Crises AMIS
seurs des surtouts, en or, en argent ou en vermeil, et riches ustensiles en cristal”.
Des lois somptuaires, dont la première remonte à Philippe le Bel, s’efforcèrent de lutter contre ce luxe effréné, mais ce fut en vain. Juvénal des Ursins, dans une harangue prononcée aux États de Tours (1468), dit « qu'il n’y a presque plus personne en France qui ne veuille manger en vaisselle d'argent ».
Le matériel de la table comprenait encore des moutardiers en élain ou en argent, des pots à confitures en verre, fort beaux, des chopes à couvercles, des râpes à épices, des pintes en élain et en cristal, des tasses, des gobelets avec trépieds, de nombreux vases à boissons de toutes tailles et de toutes formes, en métaux précieux, en étain, en cuivre, en cristal de roche, en verre, en marbre, en terre cuite, en bois de toutes essences ; des boîtes à épices en faïence, des grands et des petits couteaux à trancher et à désosser, des couteaux à pain, à huîtres ; des verres en verre de Venise, des coupes en œufs d’autruche et en noix de coco, des rafraîchissoirs parfois très artistement travaillés. Pour la cuisine, des brocs en bois cerclés de fer, des fioles, des cruches, des pots en grès, des fourchettes à trois dents, des entonnoirs en cuir et en fer-blanc.
Au xw° siècle, on commença à assortir les pièces de vaisselle, les unes aux autres, pour constituer des services.
Le linge de table, dont l'emploi était tombé en désuétude après la chute de Rome, redevint à la mode. Les gens aisés avaient des nappes simples ou brodées et des longières, sortes de nappes étroites posées sur le pourtour des tables, servant aux convives pour s’essuyer les doigts. À la fin du xv° siècle, il y eut des uapperons et des serviettes.
Cependant, malgré tout ce luxe, il n'y avait pas d’assiettes individuelles*; les soupes, les sauces et tous les mets liquides étaient présentés dans des écuelles. Dans les intérieurs pauvres, chacun plongeait à tour de rôle sa cuiller dans l'écuclle contenant la soupe ou d’autres mets liquides et l’on buvait à la ronde dans le même vase. Dans les maisons bien tenues, il y avait une écuelle à soupe ainsi qu'une écuelle à vin pour deux convives, et le tact de l'amphitryon consistait à grouper ses invités par couples” sympathiques. Des serviteurs tenaient des linges devant les dames pendant qu’elles buvaient afin d'éviter qu’elles tachassent leurs robes,
Les viandes et les mets solides peu humides ou secs étaient servis sur des
1. On conçoit quelles fortunes fabuleuses il fallait avoir pour posséder de pareils services, argent et l'or ayant environ une valeur 25 fois plus grande que de nos jours.
2. L'usage des assiettes individuelles date de la fin du xv* siècle et, pendant longtemps, il n’y out qu’une seule assictte par convive pour toute la durée du repas.
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3. Les convives étaient généralement assis. Cependant, l'habitude de manger couché ne disparut pas com-
plètement après la décadence de Rome. Au xni siècle, certains feslins galants avaient encore lieu à la mods romaine.
plaques de métal ou de boïs, ordinairement rondes, appelées tranchoirs ou tailloirs, garnies au préalable d'uné ou de plusieurs tranches de pain bis! rassis destiné à boire le jus sortant de la pièce de viande fraîchement coupée et à éviter que la nappe fût tachée. Ces tranches de pain, qui portaient le nom de pain-tranchoir, n'étaient pas consommées à table ; elles étaient données aux valets ou aux pauvres. Îl y avait autant de tranchoirs que de convives.
Les plats étaient apportés couverts par des cloches (elles étaient en argent chez les riches) et les gobelets posés sur la table étaient munis de couvercles, usage introduit par la crainte des empoisonnements. C’est de cette coutume qu'est venue l'expression : « mettre le couvert ».
La richesse se manifestait encore par le nombre des serviteurs. Les bourgeois se contentaient le plus souvent d’un domestique ou d'une servante à tout faire ; mais, lorsqu'ils donnaient des repas priés, ils louaient d'autres valets, par ostentation, pour faire croire qu'ils avaient une maison montée. Chezles riches seigneurs et chez les rois, le personnel de bouche était nombreux. Philippe le Bel, le promoteur des premières lois somptuaires, avait 54 personnes pour le service de sa cuisine et de sa table: Charles V en avait 158.
Des banquets, des festins somptueux, dans lesquels le luxe rivalisait avec l'excentricité (réminiscence de ceux de l'époque romaine), étaient donnés à tout propos. Les grands tenaient table ouverte. Les salles, les tables étaient enguirlandées de fleurs et des couronnes fleuries ornaient les vases et Ies coupes à boire.
On annonçait le repas par des sonneries de cor.
Avant de se mettre à table, les convives se layaient les mains avec de l'eau parfumée que des pages, des écuyers ou des damoiselles leur présentaient dans de riches bassins. Chez les souverains, cette fonction était réservée aux chambellans.
Les mets les plus recherchés etles plus variés étaient servis à profusion. Pendant le repas, des trouvères et des troubadours récitaient des contes, des poèmes, des fables, des romans ; des ménétriers se faisaient entendre; des baladins, des jongleurs, des bouffons montraient des animaux et faisaient des tours; des concerts vocaux et instrumentaux, des pantomimes, des ballets avaient lieu: des scènes galantes, des épisodes guerriers, des sujets mythologiques, des vues pittoresques étaient représentés. Ce furent les premiers €entremets » *. Des fontaines automatiques à compartiments distribuaient les vins.
A la Cour, le roi faisait largesse au peuple.