CAFÉ ET LIQUEURS
178 GASTRO^îOMIE.
Les réponses nous arrivèrent, amicales et spirituelles. D'abord Arsène Houssave :
« Je pars, je suis parti, mais je reviendrais plutôt des Indes, comme les vins de votre table, que de manquer à mon devoir en présence de tant de gourmandises amoncelées, — comme diraitM.deBièvre. A la vie, à la truffe ! »
Louis Jourdan :
« Vous n'aviez pas besoin, pour me faire accepter votre gracieuse invitation, de la flanquer d'un menu si séduisant. Votre nom seul et celui de Saint-L... suffisaient. Quel malheur que la troisième proposition de Brillât-Savarin ne soit pas d'une vérité absolue ! Je ne suis pas un homme d'esprit, et po.urtant je sais manger. Vous en jugerez d'ailleurs. »
M. H. de Villemessant, toujours pétulant, guerroyant et jeune en diable :
« Je suis à Blois en ce moment, mais je reviendrai tout exprès pour assister à votre diner. Si le programme n'est pas exact, s'il manque un seul plat, je vous fais un procès. »
Les laconiques :
M. Armand Barthet : « — De tout cœur et de tout appétit ! »
M. Aurélien Scholl : « — J'accepte avec éblouissement. »
M. Alfred Busquet : « — J'accepte, sans littérature. »
M. Gustave Bourdin : « — J'accepte. »
M. Henri Mùrger : « — Oui. »
M. Nadar : « — Parbleu ! »
Les autres invités du Gourmet étaient Théophile Gautier, Théodore de Banville, Paul dlvoi, Philoxène Boyer, Etienne Chapus, le vicomte de Dax, Jacottel, Charles Asselineau, Gustave Mathieu, Nadaud, Talexy, Emile Soîié, etc.
Le dîner du Gourmet eut lieu à l'heure dite et précise. Le menu que nous n'arborons pas, bien qu'il eût été consciencieusement médité, rallia les suffrages ; il avait été ménagé de façon à mettre principalement en relief les nids d'hirondelles et la timbale de riz à la Siamoise, dont Phy-Mantri Suriywance, membre de l'ambassade qui avait demeuré quatre jours à l'hcMel du Louvre, avait daigné léguer la recette au maître d'hôtel, en souvenir de son passage. Ces deux plats furent lès succès de la soirée.
En dehors de cette double et savoureuse importation, le filet de bœuf à la Royale, les bécasses bardées et la oharlotte Mousquetaire attirèrent successivement l'attention et charmèrent le goût. Les vins étaient triomphants, solennels, calmes; rien de grondant, mais l'ampleur, mais la robe, mais l'étoffe, mais la chair. M. Saint-Léon avait envoyé .pour cette circonstance le Chateau-Palmer de 1846, ^- soleil et velours — et un Xérès Aboccado au-dessus de toute métaphore humaine.
Chacun fit bravement son devoir ; aucun élé- * ment étranger ne se mêla à cette réunion, qui avait l'importance d'un congrès et qui en eut la dignité*
180 GASTIVONOMIE.
Précisément, les convives étaient réunis dans les salons occupés Fan dernier par lord Clarendon.
Le Gourmet fit parler de lui ; plusieurs de ses articles furent remarqués; j'en citerai deux; le premier, fort poétique et tourné vers la mystification légère, est de Charles Bataille. Il est intitulé :