‹ Gastronomie: récits de tableChapitre 60 sur 99 · CHEVET · texte numérisé non relu

CHEVET

Chevet, retiré des affaires depuis plusieurs années, est mort à soixante-quinze ans environ, presque sans douleur, après une courte maladie de quelques jours.

Je le rencontrais souvent dans le faubourg Saint- Germain, qu'il habitait. C'était une gaie figure, un corps bien en chair. Il aimait à répéter qu'il avait donné à manger, dans sa vie, à vingt-cinq têtes couronnées, — successivement, bien entendu.

Ce n'était pas pourtant Chevet F^ ce n'était que Chevet II. Le fondateur de la maison florissait sous les premières années de l'Empire; il occupait, comme ses successeurs aujourd'hui, un magasin au Palais-Royal, mais dont l'aménagement était loin d'avoir l'imporlance actuelle.

« Le petit trou obscur qui sert de boutique à

M. Chevet, — écrivait à celte époque Grimod de la Reynière, — ne désemplit point d'acheteurs, et nous ne savons comment madame Chevet peut y suffire.. Ce ne sont pas seulement les gourmands qui l'assiègent : elle est entourée de daims, de sangliers, de chevreuils, d'oulardes et de monslres de tous les pays et de tous les éléments. Il est arrivé l'automne dernier, dans celle boutique, une perche de mer qui pesait soixante-quinze livres, et qui élait d*un goût et d'une délicatesse extraordinaires. On venait de tous les coins de la capitale visiter ce monstre, tellement rare que c'est le second de cette espèce qui, depuis un siècle, a débarqué à Paris. »

Chevet P' a fait dynastie. Le nom n'est pas près de finir.

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