LA FARCE DE LA QUERELLE
couchastes chez le Borgne (i). La Balafïrée (2) vous dit bien ce qu'il en estoit; la petite Gasconne (3) n'avoit garde (veu l'amitié qu'elle me portoit) de vous retirer en son logis ; pour le marchand, elle est trop fine, de par le diable, pour laisser culter plus haut d'une heure en sa chambre; si c'estoit Olive (4), à la vérité, partant que son drolle en eust jusques au gozier, elle aymeroit mieux rompre la table, affiii que l'on fist la collation sur la couchette. Vous voyez, ma fille, comme je cognois toutes ces personnes là. Hé ! de par Dieu, je sçay bien qu'en vaut l'aulne. En l'année mil six cens treize, pour avoir descouché d'auprès de vos costés, je m'en allay au logis de la Culotte, où je fis une merveilleuse rencontre. Premièrement, j'y trouvay le mari, qui faisoit assés de l'entendu pour un maquereau; il se rondinoit (5), il fertilloit dessus son lict; il n'avoit point d'esgard à ma qualité; il se grattoit tousjours pour se faire rire, et à la fin, quand il eust considéré les traits de mon visage par les plis de mon haut de chausse, il commença de dire à une Damoiselle coiffée de nuict : « Retirés- vous avec Monsieur. » Ce qu'entendant, et ne désirant de perdre temp.s, je l'empoignay et la conduits en une Garderobbe où il y avoit plus de poux, de puces et de punaises, qu'il n'y a de jours en l'an.
Je croy, ma fille, quand vous .sortez de céans pour aller coucher en ville, que vous n'avez guères de plaisir davantage : car si d'un costé vous remuez le cul (ainsi que si vous y aviez un plein pannier de foiurmis), d'autre ce vous est un grand mescontentement d'estre attaquée devant, derrière, dessus, dessous, à droit, à gauche, et au hazard encores du guet.
Ces remonstrances, Perrine, sont maritales; j'ay plus de
(i) Il ne nous est pas resté de renseignements sur ce personnage (jui devait être, selon l'expression du temps, quelcjne « tripotier ».
(2) La Balaffrée, nom commmi à ijlusieurs prostituées.
(3) La Gasconne, nom de prostituée. Beaucoup adoptaient, connue pseudonyme, le noln de la province dont elles étaient originaires.
(4) Olive, nom de prostituée.
(5) Rondiner. Donner à quekiu'mi des coups de rondin, de bâton. I^e mot prend évidemment ici mie signifiaition plus spéciale.
DE GAULTIER-dARfiUILI.E ET Di: PEHRINE
deux heures ^ d'aage que vous. Cédez à la vieillesse et au respect que vous uie debvez. Ce n'est point que je sois jaloux que vous passiez le temps joyeusement; mais il me desplaist de vous voir tantost une entra pe (i) icy. une maladie là, et subjette enfin aux Fratres de r Espatitre (2) ; et outre ce qu'on nu- salue avec deux doigts, connue si je ])()rt()is une aigrette à double branche,
Pi;krini<:. Mcrcy Dieu, vieil Cornard !
est-il trm])s di' frrmer la iK)rt«.' (|uand les chevaux sont
eschappez? Ia- ])ri luiir jour dt- M<>sno]>ccs. (juand je te demanday conseil couinu ut ji* (U\(tis nu- gouverner, tu nu- dis à ma volontc; et maintenant tu lUc renvoyé de Cayphe à l'ilate. tu me conte des fagots ])<>ur «les cotrels. \'.i, va. de ]>ar le Diable ! va-t'en au vin. tandis i.\\\v je maiigeiay mon potage : tout iv (|ue tu me contes, vois-tu. ])asse ])ar une oreille et sort i>ar rautii'. Si i-es vieux courtiers «l'amour (ilonl lu me parles)
(iatiUur (1 jr^^ii/Zt'.
(•r;i\ iiii- aiioiiviiM'
A -Iroilo ol à ^Muche, visa^'es île Turlupiii
,1 (,r..,..(;.nll;(iiiiii. .
(i) Entrape, \v\\\v aiithmx.
(a) Esf>tUurf, pour ts|>iitiilc (8|».iliilc;. Iiiâtriuiuiil df clunirRlc.