I. Edmond et Jules de Concourt, p
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Cette planche et un certain nombre d'autres qui virent le jour postérieurement ne signalent -elles pas une transformation dans l'esprit de Gavarni, une phase nouvelle dans son talent d'observateur? Il arrive au soir de la vie, il sent venir la vieillesse. 11 inventera désormais plusieurs séries profondément tristes dans lesquelles il nous peindra d'une façon sévère, sous des formes ironiques, l'avenir réservé aux débauchés des deux sexes. Les Invalides du sentiment, les Loi^ettes vieillies, les Etudes d'Androgyne, qui parurent en 1853 et en 1854 dans le journal Paris, nous font toucher du doigt aux plaies les plus saignantes de la société. Elles nous montrent à nu les ravages physiques et moraux que l'âge apporte avec lui, les désespoirs, les désillusions, la misère qu'il entraîne chez ces êtres qui n'ont vécu que de beauté et de débauche. Cette vieille femme portant encore sur son visage les traces de sa vie passée ne donne-t-elle pas une leçon de morale à l'humanité civilisée tout entière lorsqu'elle dit tristement au passant qui lui fait l'aumône : Charitable mosieu, que Dieu garde vos fils de mes Jilles! Gavarni ne fait-il
pas vibrer au fbnd des cœurs honnêtes les fibres les plus sensibles lorsqu'il met dans la bouche de cette lorette édentée et hideuse, s'adrcssant à une mère entourée de ses enfants, cette supplique navrante : .1/^ jio}?i de CCS amours-là, qui consoleront votre vieillesse, inadame, a)-e:{ pitié de moi! Est-il possible de flétrir le vice avec plus d'amertume et de puissance vengeresse que ne le fit Gavarni dans cette autre planche représentant une femme maigre et sèche, entièrement vôtue de noir et tenant im livre à la main, qu'apostrophe ainsi une femme du peuple : Mes respects che{ vous, m'ame veuve tout le ;;/o;/ii'/ Jamais le juste châtiment d'une vie perverse n'a été aussi clairement publié, jamais le vice n'a été bafoué avec plus de vigueur et de juste cruauté.
Dans les Invalides du sentiment, la dégradation morale n'a pas des apparences aussi terribles que dans les Lavettes vieillies, mais les artifices employés par les Vieux Beaux pour tacher de dissimuler leurs infirmités sont dévoilés par Gavarni avec une verve éloquemment indiscrète. Ces viveurs, accoutumés à faire d'un bon repas l'occupation principale
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de leur vie, nous avouent maintenant, quand
ils sont à table, que toutes ces bêtises -là ont d&angé leur constitution , ou que le cœur leur