‹ Gavarni; étudeChapitre 13 sur 14 · GAVA KM · texte numérisé non relu

GAVA KM

.7 ruine icstumac. Les liabitués des coulisses, lorsqu'ils se trouvent seuls avec eux-mêmes, se font des confidences du genre de celle-ci : J\ii roiiln connaître les fenunes, ca ni'a coûté une jolie fortu)U' et ci)iqua)ite belles .innées. Ht qu'est-ce que ''est que les femmes ? Ma parole dlîonueur, j'en sais rien. Ou bien : Je n'ai plus la terre de Chénerailles, ni mes bois. Je n'ai

plus le moulin d'Orcj'. J'ai la goutte fichue

bete... Ces légendes, inscrites au bas de dessins charmants, exécutés avec une aisance de main que Gavarni n'a jamais eue plus grande, ne peuvent-elles pas être regardées comme des maximes de morale par ceux-là mêmes qui reprochaient à l'artiste de flatter le vice et d'encourager les dérèglements de l'existence? Quoi de plus saisissant et de plus instructif, même pour les intelligences les plus faibles, que ces exemples frappants du désordre physique et moral auquel est infailliblement promis le débauché, à quelque classe de la société qu'il appartienne ! Quoi de plus navrant que la vue de ces êtres condamnés à la mendicité ou au crime le jour où les années ont détruit les charmes apparents qui excitaient les mauvais

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appétits, le jour où la maladie est entrée dans ces corps nés uniquement pour le plaisir et que Tàme semblait avoir momentanément quittés !

A côté de ces planches, qui indiquent bien exactement la pente que gravit avec un succès croissant l'esprit de Gavarni et qui accusent une puissance d'observation arrivée à son apogée, se trouvent quelques lithographies qui, par le comique des situations, par la gaieté des légendes, se rapprochent des conceptions les plus amusantes de sa jeunesse. A cette catégorie appartient l'estampe dans laquelle est représenté un épicier profilant sa silhouette sur une perspective de tiroirs et de pains de sucre, appuyé sur son comptoir et faisant en lui-même cette réflexion profonde : Vous avei des états, où, avec r^ien que de l'intelligence, un jeune homme qui poudra arriver arrivera... Dans l'épicerie, c'est pas ça... Ou cette autre, dans laquelle un gamin de Paris tout déguenillé dit à un épicier ahuri : J'suis un pas grand'chose, moi! j'suis un prop'e à rien ! j'suis un guapeur!

un voj'ou va! mais j'suis pas un épicier. Ces

planches et la plupart de celles qui les avoi-

ya

sinent, publiées en 1B59, par Paulin et Lechevalicr, ou mises au jour par Morizot, par

dizains, et accompag-nées de notices signées de 'l'héophile Gautier, de Paul de Saint-\'ictor,

d'Edmond Texier et d'Edmond et Jules de Concourt, rappelaient le Gavarrfi des anciens jours. Les travers de l'humanité passaient tour à tour sous l'œil du public ; ils étaient l'un après l'autre résumés en un type imique qui donnait la physionomie exacte d'une espèce, d'une caste.

C'est à peu près à cette époque de l'existence de Cavarni qu'appartient une suite à laquelle il attachait une grande importance et qu'il intitulait les Propos de Thomas Vù^eloque. De longue date il rêvait de retracer l'odyssée de ce Juif-errant raisonneur que son imagination avait créé, et en feuilletant avec soin son œuvre on trouverait en germe dans ses lithographies antérieures le type de ce personnage grotesque et funèbre tout ensemble. Vireloque est une sorte de philosophe de carrefour, déguenillé et hideux, devisant de tout, ennemi de toute société et de tout progrès, auquel tout est permis, qui dit tout ce qui lui passe par la tête, et qui au milieu de ce verbiage a quelquefois des éclairs de bon sens et de profondes pensées. Il interrompt des enfants en train de jouer pour leur dire : L'histoire an-

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cicinic, mes agneaux, c'est ??ijii^eiix el mangés; blagiieiix et hhigiies, c'est la nouvelle. Appuyé sur un poteau de télégraphe électrique, il se livre à cette réflexion : Y avait la parole, j' a eu l'imprimerie. Misère-et-corde ! Ne manquait plus que ce fd de fer du diable à la menterie humaine pour vous arriver de longueur aussi raide qu'un tonnerre. Les paroles empreintes d'une ironie sinistre que Gavarni met dans la bouche de son héros répondaient à Fétat de l'àme de l'artiste dans la dernière période de son existence. Il se tenait éloigné du monde, il ne quittait qu'à de longs intervalles sa maison du Pointdu-Jour, taillait ses arbres, arrosait ses plantes rares et changeait sans cesse la disposition de ce jardin, qui désormais occupait presque exclusivement sa vie. 11 n'avait pas mis absolument de côté ses crayons et ses pinceaux, mais il ne les prenait qu'à de longs intervalles et comme à regret. L'étude des mathématiques redevint sa passion dominante. Quelques essais d'eau-forte l'occupaient aussi, mais il ne pouvait s'astreindre aux mille précautions qu'exige la gravure avant de donner un résultat satisfaisant j il se mit en rapportavec tous les inven-

teurs de procédés de gravure, mais il n'en trouva aucun à sa convenance 5 et, lorsque les mathématiques ne l'absorbaient pas, lorsque son jardin lui laissait quelque repos, il faisait des aquarelles qu'il envoyait, à mesure qu'elles étaient terminées, dans le magasin d'un marchand de tableaux de la rue Laffitte, M. Beugniet, d'où elles ne tardaient pas à sortir pour aller prendre place dans les collections les mieux choisies, chez les amateurs les plus délicats*.

I. Dans cette étude consacrée à Gavarni, nous n'avons interrogé que les planches exécutées directement par l'artiste; nous n'avons pas feuilleté les ouvrages innombrables dans lesquels Gavarni fournit des dessins qui étaient multipliés avec talent par des graveurs sur bois consciencieux et habiles. Nous aurions encore trouvé dans ces recueils, qui durent en partie leur succès aux planches dont ils étaient ornés, plus d'un croquis fort digne d'être placé à côté des lithographies du maître. Personne, mieux que Gavarni, ne savait dessiner un type, esquisser un caractère à l'aide du crayon, et personne ne savait non plus', mieux que lui, mettre son imagination au service d'autrui. La liste des livres dans lesquels on trouve des dessins de Gavarni serait fort difficile à dresser, et l'amateur qui réunirait tous les ouvrages auxquels l'artiste a collaboré se formerait une très-nombreuse bibliothèque. Parmi les publications les plus importantes auxquelles son nom demeurera attaché, nous citerons : Les Français peints par eux-mêmes^

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Dans cette retraite que Gavarni avait façonnée selon SCS goûts, où il aimait à recevoir quelques amis dévoués, un alîrcux malheur vint le frapper. Son fils Jean, qu'il adorait, auquel il prodiguait les soins les plus tendres, lui fut enlevé en quelques jours. Laissons le malheureux père nous raconter lui-même la mort de cet enfant chéri : « C'était ma seule raison d'être... dit-il à MM. de Concourt quand ils vinrent le voir après la mort de son fils ^, M. Andral l'avait vu la veille et n'avait rien vu d'alarmant... Le matin, à un moment, il fixa ses yeux sur les miens, sans me voir, sans doute, mais avec des yeux grands comme je n'en ai jamais vu... La pupille était comme ca... Et il nous en montra, — ce sont MAL de Concourt qui parlent — la mesure sur l'ongle de son pouce. Je lui pris la main ; elle commençait à être froide... l'expression de ses yeux était comme un grand étonnement. La

Paris, Curmer, 1840-1842, 10 vol. gr. iii-8"; le Duble à Paris, Paris, Hetzel, 1845, ^ vol. iii-8", et le Juif-errant j par Eugène Sue; Paris, Paulin, 1845, 4 vol. iii-8°.

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