‹ GavarniChapitre 5 sur 16 · JALOURET, VOUS ÊTES UN POLISSON I · texte numérisé non relu

JALOURET, VOUS ÊTES UN POLISSON I

Photoj. directe de l'aquarelle de Gaverai de 1a collection du prince Soutto.

j6 LES ARTISTES CÉLÈBRES

J'en étais là quand ta pauvre petite lettre est venue avec deux autres choses : une ancienne amie qui venait avec un retour de tendresse et un besoin d’argent, — au diable, pour le coup ! — et d’autre part un long récit de l’infortuné César Gardeton, qui me demandait habit, veste et culotte, ou une feuille de vigne au moins, pour couvrir « ce que la décence l’empêchait de nommer », — indécence que des brigands avaient mise à l’air avec accompagnement de coups de pied et de coups de poing. — Avec cela, deux billets à rembourser. — Idem, un bon de la Chronique de Paris. Le tout sans compter les obligations courantes, bien entendu....

« Eh bien je n’ai pensé qu’à deux choses, en mettant le reste de côté : à toi et Gardeton. Je veux dire Gardeton et toi. Son malheur, ami, mérite de passer le premier. Tu as une culotte, j’imagine. — J’ai donc culotté Gardeton ; mais ce matin je ne te donne pas encore d’écus. J’ai fait auprès de Susse les dernières des bassesses pour avoir ces écus : il m’a manqué de parole hier ! — A demain , ami ; emprunte à ta mère — tu rendras. Emprunter et rendre vaut peut-être mieux que ne pas emprunter.

« P. -S. — Ne bougonne pas si je te donne toutes ces explications. Si tu ne veux pas que je te les doive, en y réfléchissant un peu, tu conviendras que tu me dois au moins de les entendre. »

A cette prospérité relative, Gavarni ne manqua pas, avec son ouverture et sa cordialité ordinaires, d’associer ceux de ses amis qui n’avaient pas déserté sa mauvaise fortune. Il y ajouta seulement une ou deux relations de plus fraîche date et qu’un attrait naturel avait désignées à son bienveillant accueil. Dès lors, presque tous les samedis soirs, se réunit chez lui, en venu d’une convention tacite, une sone de société d’anistes, de gens de lettres et d’hommes du monde qui resta célèbre parmi les contemporains. Dans le petit salon, à l’angle de la rue, décoré de quelques ponraits à l’aquarelle et de quelques rares toiles du maître de la maison, se retrouvaient Balzac, Ourliac, Henri Monnier, Laurent Jan, le duc d’Abrantès, Arnould Frèmy, le docteur Aussandon, Louis Leroy, Alphonse Karr, le marquis de Chennevières, qui a si bien décrit dans ses Souvenirs l’aspect de cette bande bigarrée. Et malgré l’absence de luxe qui régnait dans la maison, l’entrain des convives, l’esprit endiablé d’Ourliac et d’Henri Monnier, la pleine liberté dont on jouissait

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