‹ Gaydon; chanson de gesteChapitre 4 sur 12 · I. Le meilleur manuscrit, à notre gré, celui · texte numérisé non relu

I. Le meilleur manuscrit, à notre gré, celui

3ue nous avons choisi pour type, est le n° 860 u fonds français (plim, Colbert, 7227-5). C'est un volume in-folio , relié en parchemin , d'une écriture à deux colonnes de l'an 1250 environ.

Ce manuscrit, de 275 feuillets en vélin , contient :

i° Du fol. 1 au fol. 36, la chanson de Roland ou de tloncevaux , incomplète par le commencement ;

20 Du fol. 37 au fol. 92, la chanson de Gaydon;

30 Du fol. 93 au fol. 133, la chanson d'Amis et Amiles ;

4° Du fol. 1 34 au fol. 27 >, le poëme d'Auberi le Bourguignon, incomplet par la fin.

Ce manuscrit, que nous désignons par a, nous a paru préférable à b, d'abord parce qu'on y rencontre moins de lacunes, et en second lieu parce que la langue y est généralement plus correcte. C'est un clerc qui a écrit ce texte, un scribe lettré qui savait le latin et qui a voulu

xx Préface.

montrer son savoir. Aussi a-t-il parfois une orthographe pédante dont on ne s'attendrait pas à trouver des traces à cette époque. C'est ainsi qu'il écrit rompt (») (rumpit) ; rompte (2) , au sens de rompue; empoingî (*) (impingit) ; escrips (4) (scriptus), et autres mots qui sentent leur étymologie un peu plus que de raison. A côté de ces raffinements, il a laissé échapper quelques erreurs que les manuscrits auxiliaires nous ont permis de corriger. Nous avons aussi , à l'aide des mêmes manuscrits, comblé les lacunes dont on trouvera l'indication à la fin de ce volume, aux Noies et variantes.

II. Le manuscrit que nous désignons par b est le N° 2 5 1 o du supplément français , acquis en 1837 à la vente de la bibliothèque de Rosny. C'est un petit volume in-8°, relié en parchemin. L'écriture de ce manuscrit est au moins aussi ancienne que celle du manuscrit a. Il se compose de 1 59 feuillets de parchemin et ne contient que le poëme de Gaydon, incomplet par la fin , sans compter plusieurs lacunes intérieures, dont on trouvera l'indication aux Notes.

C'est encore un bon manuscrit, qui renferme une version à peu près semblable à celle de a , à l'exception de quelques tirades en plus ou en moins. La principale différence entre les deux

Préface. xxj

manuscrits est celle que l'on remarque au commencement.

Voici le début du manuscrit b :

SEGNOR, ois, que Dex vos beneie Li glorieus , li fdz seinte Marie !

Bonc chancon plaisi vos que je vos die? Ce n'en est pas (i) d'orguel ne de folk Ne de men congé air aile ne for nie , Ainz est de C halle le roi de Seint Denise , Qui tant estut en Espaigne la riche Qu'il i ot Bascle et Navarre conquise. Etc.

Le reste de cette première tirade, qui ne se trouve pas dans a, est presque entièrement illisible.

La deuxième tirade rappelle le désastre de Roncevaux et ajoute :

De la bataille nen eschapa vif pie, Fors Gondebuef, .1. gentil chevalier.

Awcc celui en vint .1. escuier, Gaydon ot non , filz fu au cuen d'Angier. Nostre emperere en fist pais chevalier, Et li dona et armes et destrier, Por Pinabel où il se conbatié.

Il le vainqui , voiant maint chevalier, Gane fia il destruire et essillier, Dont si parent furent moult correcie S'en orent dael et mortel anconbrier.

Huimais comence chançon h anfercier De vraie estoire, de verte le sachiez, Ce est de Chalie , Vamperere au vis fier, Et de Gajdon, le riche duc d'Angiers, Et de Thiebaut qui tôt Apremont tient ,

I. Leçon fort douteuse. Il faudrait : Celle n*estp&s 4'orguely etc.

xxij Préface.

Si corn il volt Challemainne angignicr Et k franc duc par traïson boisier; Mais Dex de glore qui tôt a à jugier L'en mist au droit par la soie pile.

Seignor baron , oiez hone ckancon; Que Dex grant pais et grant joie vos dont! A grant mervoilles parfu Chattes prodom; Quant ot perdu les .Xfl. conpaïgnons , Tôt droit à Blaives s'en repaira a. jorf S'i enterra Rolant, son chier nevou7 Et Olivier, le riche poigneor; Et adoba .1. escuier baron :

Nel saurez hui se nos nel vos disons.

Filz fu an duc qui tint Angiers et Tors , Et Vermendois , et tôt le val Guion; En la cort Chatte Vapela l'en Gaydon.

Filzfu Joifroi l'Angevin au baron.

Cil prova Gane la mortel traïson Qu'an Roncevaus traï les conpaïgnons , S'enconbati Pinabel le félon.

Il l'en vainqui, voiant maint haut baron , Et fist destruire le conte Guenelon y Et traîner corn .1, autre larron.

Lï parent Gane en furent en iror? S'en orentduelja ne verroiz grignor.

. VU. en ï ot qui moult furent félon , Et de ces .Vil. vos saï dire les nous : C'est Auboïns et lï contes Milons , Et Ermuins et li contes Forçons, Auloriez et ses frère Guions } Et [//J settimes danz Thebauz d'Apremont. Cil estait frère au conte Ganelon, Et s'estoitfilz d'Auiefuelle Griphon Qui fist en France mainte grant traïson. Et dist Thiebaus : « Seignor, quel la ferons « Dou millor home que nos perdu avons , « C'est Pinabiax, qui caer ot de baron?

Préface. xxhj

« Volant noz ielz, le nos a mort Gaydon,

« Gant mon frère a fait mètre en prison.

a Chailes en jure seint Pou et seint Simon ,

« Et seint Denise , et son flori grenon

« Qu'il nen panra avoir ne raançon

« Nel face pandre corn A. autre larron)

« Mais, par ïapostre c'on quiert en pré Noiron ,

« Mielz i metroie an .II. les ielz del front

« Ne face Challe boivre de tel poison

« Dont il morra, n'aura confession.

« Puis panrons France, entre nos la partons,

« Que ja nyi soit .1. droiz oirs se nos non,

« Et puis après si ocirrons Gaydom ,

« Le fil Joifroi l'Angevin au baron. »

Dit Auloriz : « Por Deu, car en pansons, »

Dit Auloriz : « Biax sire , or en pansez « Con faitement nos les porrons mzller. » Et dit Thiebauz : « Se je n'en puis ovrer, a Dont sui je fox qui tant en ai parlé! « Quant je fui jones petiz, je fui letrez, « Dedanz Kavanne enfui tanpre portez , « En l'abaïefui mis auvec l'abé.

« Je ni oi pas .Xllll. anz conversé, « Quant fui bons clers de lire et de chanter, a Tondrent me vorent et les noirs dras doner ; « Je ne le poi sofrir ne andurer :

« Chevalerie voloie mielz amer.

« Ganes mes frères vint por moi fors giter, « Prist l'aba'ie et chaça hors l'abé.

« Je fui de l'abe ses druz et ses privez, « Jelianblai .1. livre mecinel ; « Dex ne fist mal c'on ni poïst trover, « Et traïs'on, qui la voudroit mener.

« Encor ai je tex herbes en mon tref « Que je trovai en livre mecinel.

« Je les coilli à mi mai en esté ; « Ainz de plus fier es nen oïstes parler.

xxiv Préface.

a Qu'an A. mortier les aurait fait tribler,

« A A froit vin les féist destranper,

« Dex nefist home qui de mère soit nez,

« Ainz qu'en éust .111. /o/z le col passé

« Queja li lut confesse demendery

a Si li seroient li oil del chief volé ,

a Li cuers del vantre partiz et dessevrez. »

Dit Auloriz : a Se ce est veritez,

« En tel manière les cuit Challe doner

« Que nus de nos n'en sera ancorpez. »

Et dit Thiebauz : « C'est fine v entez, »

Atant s'en tornent li gloton defaê;

Ainz ne finerent tant que au Thiebaut tref.

Son chanbellain a Thiebauz apelé :

« Amis, biax frère, fai moi voidier ce tref,

« Qu'il n'i remaigne home de mère né;

« Et tu méimes t'en va por déporter.

« N'i revenir si soies rapelez,

« Que nos volons d'autre chose parler,

« De noz af aires dont nos avons assez. »

Et cil respont : « Si corn vos conmendez.y*

î nelement a fait voidier le tref,

Qu'il n'i demore home de mère né,

Fors que li .vil , que Dex puist vergonder!

L\\. des traîtres gardèrent l'uis del tref

Car il n'i soient par nul home avisé.

Et Thiebauz cort les herbes avorter ',

En A. mortier les a faites trihler

Et d'un froit vin les a fait destranper;

En une juste les a faites coler.

.XXX. paumains fist Thiebauz aporter,

.XX. des plus biax a si anpoisonez

Dex nefist home qui de mère soit nez ,

Ainz qu'an éust .111. foiz le col passé ,

Que h .il. oil ne li fussent volé,

Li cuers del vantre partiz et dessevrez.

Dit Auloriz : a ./. petit m'antandez. »

l nelement est issuz fors del tref.

Préface. xxv

Dit Auloriz : « Seignor, or faites pes...

A partir de cette tirade , la version de b est conforme à celle de a , sauf des différences de détail. C'est ainsi que le personnage nommé Ferraus dans a est toujours appelé Ferrant dans t. Il y a aussi dans b un certain nombre d'incorrections qui ne se retrouvent pas dans a ; par exemple , ce vers de notre texte :

Quant U dus Gaydcs entent le messaigler{i)%

se lit dans b :

Quant dus Gaydons...

On trouvera aux Notes et variantes l'indication de beaucoup d'autres différences du même genre qui ne touchent en rien au fond du récit .

III. Le manuscrit désigné par c est le N° du fonds français 1475 (plim 7551). C'est un petit in-folio relié en maroquin rouge aux armes de France et au chiffre de Charles IX. Il se compose de 160 feuillets de papier, et ne renferme que le poëme de Gaydon. L'écriture est du XVe siècle.

Ce manuscrit, à raison de sa date, ne pouvait être choisi pour type, bien qu'il soit moins incomplet que les deux autres. Il a été transcrit sur un bon texte, mais avec les modifications orthographiques habituelles au XVe siècle. De plus,

xxvj Préface.

la langue en est souvent fort altérée, et Ton y trouve des fautes graves. En voici un échantillon : ce vers de a :

Des tentes issent li traïtor félon (i),

se lit dans b :

Des traistres issent ly traistre félon,

fautes aisées à corriger, sans doute , quand on n'aurait que ce manuscrit ; mais on ne retrouverait pas partout la vraie leçon aussi facilement. Voici le début du manuscrit c :

Seigneurs et dames, vous plaise à escouter{i) Bonne chançon qui moult fait à louer : C'est de Gaydon, qui moult fut preux et bel , Et de Naymon qui moult fist à aymer, Et du Danois qui fu né oultre mer, Âpres de Kalle, nostre emperere ber.

Qui en Espaigne fut tant pour conquester Qu'après les pères convint les fil z aler. Ne la pot toute prendre ne conquester; La mort Rolantlefist moult reculer Et mains conquerre , et mains le fist doubler. Huimais orres del mal glouton parler, Lefel Thibault d'Apremont sur la mer, Du fel Guend (3) dont cy orrez parler, Qui en Espaigne tray li .XII i per.

Et cil Thibault reffist moult à doubter : Sien fust Moultaspre (sic) qui moult fist à loer,

2. Ms. : plaise vous à escouter, leçon qui rompt la mesure du vers. On peut corriger aussi : plaist vous à escouter.

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