V. — AVANTAGES DE L’EXPÉRIENCE
L'usage expose mieux V Hippocrate que ne font mille gloses et textes. — Ce vieil adage est devenu, sous une forme plus concise : Expérience passe science. — Expérience est mère de science. — L'expérience est la clef de la science, comme la crédulité est la porte de l'erreur. — Cicéron a exprimé la môme pensée : Usus frequens omnium magistrorum præcepta superat. (Les leçons de l’expérience sont préférables aux préceptes de tous les maîtres.)
Autres sentences qui célèbrent les bienfaits et les avantages de l’expérience :
Il faut avoir jeune Chirurgien, vieux Médecin et riche (1) Apothicaire (fig. 48). — Pour obtenir la sûreté de la main, chez le premier, l’expérience, chez le deuxième et une garantie sur la qualité des médicaments chez le troisième. Répétition de ces maximes rimées du xvi® siècle :
Jeune barbier, viel médecin S’ils sont autres ne val pas un brin.
Ou bien :
Viel médecin et jeune barbier Sont à louer et apprécier.
(1) Les Espagnols veulent un jeune Chirurgien, un vieux Médecin et un Pharmacien boiteux, parce qu’il est plus assidu dans son officine.
PAIIEMIOLOGIF. MEDICALE
Un proverbe espagnol donne à la même idée une forme plus irrévérencieuse ; Un asno viejo sabe mas que nn polro. (Un vieil Ane en sait plus qu’un Anon).
Fig. 49. — De quel mal morira.
(Tirée de VArt du rire, d’Arsène Alexandre) .
— Sotte et commune assimilation d’un Médecin à un Ane(fig. 49) et à laquelle des artistes de valeur, tel que Goya, ont donné la consécration de leur talent.
GA.YETEZ d’eSCULAPE
(Complétons la série applicable à l’expérience.
Medice, cura te ipsum. (Médecin, guéris-loi loimôme.) — Autrement dit : « Médecin, si lu veux inspirer confiance, commence par te guérir quand tu es malade ». C’estle conseil que Sulpicius ServiusRufus adresse à Cicéron : « N’imite pas les mauvais Médecins qui, en soignant les autres, se vantent de posséder toute la science médicale et ne peuvent se guérir eux- mômes ».
Un apologue à l’appui : le poète Sciieiciii vendait un remède pour les maux d’yeux, mais bien qu’at-
Fig. 50. — (D’après T. Wright, flist. de la Caricatut'e). teint lui-môme d’une ophthalmie, il ne s’était pas avise
PARÉMIOLOGIE MEDICALE
de se servir du spécifique qu’il recommandait aux autres. Un jour, une personne qui avait besoin de son remède, lui en acheta pour un aspre, et au lieu d’un aspre, elle lui en donna deux. Scheichi voulut lui en rendre un, mais l’acheteur lui dit : « L’un est pour le remède que je vous ai achetéàmon intention, et l’autre, je vous le donne pour vous Trotter les yeux puisque vous y avez mal ».
Saint Luc, l’auteur du précepte : Medice, cura te ipsum, l’applique surtout au moral, comme saint Matthieu, dans cet aulre : Enlève lapoutre qui obstrue Ion œil et puis tu auras le droit d'enlever la paille de l’œil de ton frère, qui est la paraphrase du premier. .
Saint Matthieu ne visait pas le corps médical ; mais Daniel Hopfer, un artiste d’Augshourg, dans une gravure en taille-douce (fig. 50), représenta l’homme qui voit la paille dans l’œil de son voisin, sous les traits significatifs d’un médecin ou d’un chirurgien.
G. de Mornef, dans le groupe de la Mort et le Médecin, de sa Grande Danse macabre (1), prête à la Mort ce huitain, où se retrouve le dicton professionnel qui nous occupe :