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VI. — MÉDECINS TEMPORISATEURS

Médecins de neige. — « Je fuis les pelils Médecins, dit Cyrano de Rergerac, parce qu’on les nomme des Médecins de neige. » C’est-à-dire des Médecins sans consistance, des Médecins de rien. On a vu une sorte de corrélation étymologique entre neige, qu’on prononçait ni/e et nihil, rien, qu’on a rendu d’abord par «î'gfMfi ; et le mot est encore aujourd’hui d’un usage trivial.

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Médecin d’eau douce. — Médecin hésitant, qui se refuse à prendre le taureau par les cornes et s’en rapporte à l’intervention de la nature médicatrice. Contre les maladies, il conseille surtout la patience ; si elles sont épidémiques, il fait prendre... le train ; contre le rhume de cerveau,... un mouchoir ; en guise de pilules, il offre des dragées et sa tisane favorite est la tisane de Champagne. *

En Franche-Comté (1 j, l’expression de Médecins d’eau douce est assez répandue. Le D’' A. le Double remarque, dans la Chronique médicale, que l’expression proverbiale Médecin d’eau douce est fort ancienne.

(1) D' Perron, Proverbes de la Franche-Comlé.

Fig. 51. — Le médecin Misaubin.

(D'après Watteau.)

PAnÉMIOLOGIE MÉDICALE

On lit dans Paniarjruel : « Feu Amer, medicin d’eau doulce cà Angiers, deffendoit aux malades l’aisle du chappon gras ou celle de la perdrix, le croupion de la géline et le col du pigeon, disant ; Ala mala, cropiiim diibiiim, colliim bonum, pelle remolû.

Par « medicin d'eau doulce », Le Duchat croit que Rabelais a voulu dire : « médecin dont les remèdes ne font pas plus de bien ou de mal que si ce n’était de l’eau douce ».

Maintenant, que vaut cette interprétation du commentateur le plus estimé de l’œuvre rabelaisienne ?...

Guillaume Bouchet, sieur de/ Brocourt, explique à sa manière, dans sa x® Sérée, l'origine de celle loculion :

Ouelqu’un va respondre qu’appeller un médecin d’eau douce, c’est autant que qui diroit, c’est un asne ; pour autant qu’il faudrait lui faire avaller force eau douce et de fontaine, avec des roses fraisches et de l’anis, et des feuilles de laurier, à celle fin qu’il en fust plus asne, selon l’antidote d’Apulée. Aussi qu’aucuns tiennent que l’homme tourné en beste, pert sa figure bestiale, estant baigné en eau vive. Une fesse tondue va nous assurer qu’on appelle les médecins d'eau douce, parce que, quasi en toutes maladies, ils deffendent le vin, et font boire aux malades de belle eau douce et claire, et que c’est la première et plus grande chose qu’ils sachent faire.

Quilard cite un exemple de la médecine « d’eau douce » : celui de Bouvard, donl nous avons parlé plus haul, lequel fil prendre un lavemenl à une vieille comlesse dislraile el inquièle, pour mellre son chocolal entre deux eaux. A bien considérer, cette médication toute morale est utile surtout chez les neurasthéniques, auxquels l’homoeopathie doit ses prétendus succès. Tronchin, autre Médecin d’eau douce, guérissait les vapeurs de ses riches clientes en leur faisant cirer le parquet et scier du bois.

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