VII. — ESPRIT DE CONTRADICTION, INCERTITUDES DE DIAGNOSTIC
Si l’on en croit Pline l'Ancien, dit Vigneul-Marville (1), A.sci.cim.mm-; qui, de mauvais rhéteur s’élait fait mauvais médecin, s’avisa de prescrire l’eau froide pour remède, parce que le médecin Cléophaute pre.scrivail le vin. Combien de .systèmes ne sont-ils, comme celui-l/i, (lue l’elfet de l’esprit de contradiction !
Hippocrale dit oui, mais Galien dit non (2). — S’applique aux médications contradictoires ordonnées par les médecins dans une môme maladie, et è la diversité des doctrines médicales. Mais, ô fragilité des proverbes ! à ce vieux dicton nous en opposerons d’autres qui justifient la réunion de plusieurs médecins, dans les cas g'raves :
Deux yeux voient plus clair qu’un œil ou Quatre yeux voient mieux que deux.
L’un voit souvent ce que l'autre ne voit. — Molière fait dire à Sg'anarelle, dans V Amour médecin :
Non... je ne suis pas une ])ôle;
Quatre conseils valent mieux qu’un.
Il est vrai que les correctifs abondent : « Ce qui
(1) Cf. Nouvelle Revue de Paris, 1864.
(2) Les Folies amoureuses, scène Vil.
Fig. 52. — Les Médecins « TanL pis » et « Tant mieux ».
Gravure Urée îles Fables de La Fontaine., illustrées par G. Doué (llaclielle, édit.).
PARÉMIOLOÜIE MÉDICALE
m’a achevé, dit Ménandre, c’est la consultation des médecins que mon médecin a voulu s’adjoindre ; je succombe sous le nombre ! »
L’empereur Adrien meurt avec la conviction qu’il a été tué « par le grand nombre de médecins ».
Un Médecin, assure un philosophe anglais, peut vous guérir ; mais deux à la fois sont les deux rames de la barque qui conduisent rapidement aux bords du Styx.
Nul n’ignore la jolie fable des Médecins « Tant pis » et « Tant mieux » (fig. 52), qui rappelle l’apologue relatif au médecin optimiste d’Esope.
Enfin, dans les Comédiens, Casimir Delavigne condamne la multiplicité des médecins auprès du môme malade, et reprenant le vers de Corneille : « Le pauvre homme, dit-il,
Oue vouliez-vous f[u il fil contre trois ?... Ou'il mourut. »
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Les incertitudes de diagnostic sont encore visées par ce proverbe, que nous fournit le D'' Dorveaux :
On a plutôt sceu la mort que la maladie.
Vlll. — DÉONTOLOGIE, CONSULTATIONS
Passe-lui la casse, il te passera le séné. — Passezmoi la rhubarbe, je vous passerai le séné. — Ces proverbes, inspirés parles concessions muluelles entre médecins, au lit du malade, sont applicables aux personnes qui s’épargnent des critiques réciproques sur leurs défauts. Ils ne datent que du début du xvii“ siècle, lors de l’introduction du séné en France.
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Les murailles ont des oreilles. — Jeunes confrères, n’oubliez jamais, dans une consultation, que les dames, curieuses et indiscrètes de leur naturel, prêtent l’oreille à vos discussions et conversations, derrière une tenture ou une porte entr’ouverte.