‹ Gayetez d'EsculapeChapitre 177 sur 233 · LE PREMIER DISPENSAIRE FONDÉ EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE PREMIER DISPENSAIRE FONDÉ EN ANGLETERRE

Le docteur Samuel Gartii, médecin de Georges P', fonda, à Londres, en 1688, le premier Dispensaire ; il fut en butte aux attaques des Médecins et des Apothicaires, auxquels son entreprise philanthropique portait ombrage et surtout préjudice. Au cours de cette querelle, Garth couvrit ses ennemis de ridicule dans un poème épique en cinq chants^ The Dispensary, que Voltaire apprécie de la sorte :

« Son poème est moins dans le style burlesque que dans celui du Lutrin de Boileau ; on y trouve beaucoup plus d’imagination, de variété, de naïveté, etc., que dans \ç. Lutrin et, ce qui est étonnant, c’est qu’une profonde érudition y est embellie par la lincssc et par les grâces. Il commence à peu près ainsi :

Muse, raconte-moi les débats salutaires Des médecins de Londres et des apothicaires.

Contre le genre humain si longtemps réunis,

Quel Dieu pour nous sauver les rendit ennemis ? Comment laissèrent-ils respirer leurs malades,

Pour frappera grands coups sur leurs chers camarades ? Comment changèrent-ils leur coiffure en armet,

La seringue en canon, la pilule en boulet ?

Ils connurent la gloire; acharnés l un sui' l’autre,

Ils prodiguaient leur vie, et nous laissaient la notre. »

Gayetez d’esculape

En r6alil6,ces vers, pélillants de verve, sont, imaginés par l'ermile de Fcrney — « l’hypêcondre », — comme il s’appelle lui-même, qui proclame, quand il n a pas besoin de son « Esculape-Tronchin »,qn’ « on vit et meurt très bien sans les médecins » et cju’ « il faut avoir du régime (1) et ne pas croire aux médecins ». Mais celte prétendue traduction peut servir de prologue à ce petil, poème, dont il indique le ton, l’esprit cl le manque de goût.

De crainlc d’être traité de Iradillore, nous nous garderons de traduire, ni même d’analyser sommairement cette fiction satirique : les plaisanteries mordantes de (larlli îi l’adresse de ses confrères — caricaturés sous les pseudonymes de Mirmillo le bourreau. Horoscope le charlalan, Querpo le bigot, Carus le llatteur, etc. — perdraient toute leur saveur. Nous nous contenterons de reproduire trois, sur six, des gravures qui illustrent ce curieux opuscule.

Le Frontispice (fig. 55) nous montre Hygie, qui indique le nouveau Dispensaire aux miséreux, couchés sur leur grabat, tandis que la déesse de la Santé Lient en respect le bataillon des Médecins et Apothicaires révoltés, commandé par l’Envie.

A la gravure suivante (fig. 56), nous voyons le dieu

(1) Dans une lettre adressée, de Londres, h M. Thieriot, le 27 mai 1727, Voltaire préconise un appareil hydraulique, ingénieu.Y et hygiénique — le précurseur de l’énéma — pour assurer la liberté du ventre et, par suite, celle de l’esprit :

<1 ... Il faut que vous sachiez, mon cher, qu’on a, en Angleterre, une machine pour prendre un lavement, qui est un chef-d’œuvre de l’art, car vous pouvez la mettre dans votre gousset et en faire usage quand et partout où il vous plait. Si jamais j’ai le plaisir de vous revoir, soyez sûr que vous aurez une demi-douzaine de ces instruments délicieux ».

Fig. 55

GAYETEZ d’eSCULAPE

de la Paresse, dont le délieieux larnienle, qu'il goûLe sous les lambris de la FaculLé, esL troublé par l’installation du Dispensaire. Il donne l'ordre à son Génie d’aller à la recherche de l’Envie et de la tenir au courant du complot tramé contre son repos, par les « homicides >) de ^^'ar^vick-Lanc.

L’Envie accourt et entraîne les dissidents au combat contre leurs nombreux adversaires. La lutte s’engage, furieusede part et d’autre (fig. 57) ; mais bientôt Mygie apparaît au milieu de la mêlée et rétablit la concorde : « Atticus — Garth sans doute — vous enseignera à soulager les pauvres I »

LE DINER DE LA DOMINICALE, CHEZ LOUIS LE CHIRURGIEN (xviiie siècle).

Octave Uzanne (1) a raconté en ces termes comment Louis, le célèbre chirurgien du xviiU siècle, aussi connu par son talent quepar la cordialité de ses réceptions et la splendeur de ses lai’gcsses, avait fondé chez lui le dîner de la Dominicale, qui succéda au Nouveau Caveau, successeur lui-même du premier Caveau, créé par le... boulevardier Crébillon fils !

a Dans cette bruyante société chansonnière, dit Uzanne, on dérogea à la loi qu’on s’était faite précédemment de ne point y admettre de femmes. Sophie Arnould y pénétra, apportant avec elle cet esprit

(1) O. Uzanne, Nolice sur la vie el les œuvres de Crébillon fds (p. XLvii) ; préface des Conles dialogués, de Crébillon fils. Paris, A. Ouanlin, 1879.

l’esprit des célébrités médicales

prompt à la riposte, cette légèreté de parole et cette séduction de femme à caprice, si bien faite pour exciter les convives etstimuler les saillies, bons mots et quolibets. Vadéet Barré s’étaient fait recevoir membres de ce club enchanté, et la Sophie prêtait le concours de sa voix charmante aux chansons nouvellement écloses qui s’y produisaient. «

La Dominicale survécut à Crébillon, mais disparut à la Révolution.

A ce propos, il serait intéressant de rechercher quels furent les rapports de Sophie Arnould et de Louis. Qui pourra nous l’écrire, caries de Concourt (1) sont morts.

D’après Robert Douglas, qui a publié après eux une étude sur Sophie Arnould(2), et qui a reproduitàpeu près dans les mêmes termes ce qu’ont dit les frères de Concourt {loc. cit., p. 61) et Uzanne, sur la présence de la célèbre cantatrice au dîner dominical (3), Sophie Arnould ne s'était peut-être jamais autant réjouie de la perte de sa réputation que lorsqu’elle se trouvait à la table de l’éminent médecin. Bien que tous les convives fussent de bonne compagnie au point de vue social, il n’est pas douteux qu’une femme respectable ne se serait pas souciée d’obtenir le privilège qui ravit Sophie Arnould. Mais, si l’on en juge par cer-

(1) On sait que les de Concourt ont publié une élude sur Sophie Arnould d’après sa correspondance el ses mémoires inédits. Paris, 1857, 1877, 1885.

(2) Robert Douglas, Sophie Arnould. Traduction française par Ch. Grolleau. Paris, 1898.

(3) Louis habitait rue des Cordeliers, aux Ecoles de Chirurgie [Almanach royal), el c'est là évidemment qu’avait lieu le dîner dominical.

GAYETEZ d’eSCULAPE

tains de ses bons mots (1), qu’il serait dilTicile de reproduire, il esta peu près certain qu’aucun personnage de cette société n’eût songé à rougir en entendant quelque plaisanterie trop libre ou quelque chanson trop risquée.

Gaz. médicale de Paris.

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