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XVI II

Un autre usage du lavement, qu’on ne soupçonnerait pas aussi ancien, c’est le lavement alimentaire. Nous en avons dit un mot, nous ne ferons que rappeler le fait.

Devait-on recevoir les clystères en temps de carême et avant la communion? En d’autres termes, le clystère interrompait-il le jeûne?

Cruelle énigme !

Heureusement, un médecin, Montanus, armé d’un syllogisme qui sent bien son époque, vint rassurer les consciences : une seule chose peut interrompre le jeûne, c’est l’aliment ; or, le caractère d’un aliment c’est d’être introduit par la bouche ; le lavement ne se prend point par la bouche, il ne passe pas par l’estomac : donc ce n’est pas un aliment.

Admirez la conclusion qui fut tirée du syllogisme de Montanus : puisque le lavement n’interrompt pas le jeûne, se dirent les dévotes gourmandes, pourquoi n’essayerions-nous pas de prendre en carême quelques bons lavements de bouillon ? Nous ne ferions aucun tort à notre âme et notre corps en tirerait

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Fig. 25. — Le Bock primitif.

LE TRIOMPHE DU CLYSTÈRE

peut-être réconfort. C’est donc à la faveur de cette discussion scolastique, que l’usage des lavements nutritifs s’introduisit dans la pratique courante.

Une thérapeutique qui n’a plus cours aujourd’hui et qui pourrait bien, quelque jour, reprendre faveur, c’est le traitement des maladies vénériennes (1) par des lavements ; mais pour cela, faudrait-il trouver un sel de mercure qui ne porlût pas atteinte à l’intégrité de la muqueuse intestinale.

Cette invention n’est pas au-dessus des ressources de l’ingéniosité de nos contemporains. Quand on voit le chemin parcouru, depuis la bourse à clystère primitive jusqu’au classique bock, qui se trouve aujourd’hui dans tous les ménages, on ne saurait que bien augurer de l’avenir.

La seringue avait été déjà un progrès notable sur la vessie (2), mais elle avait le grave inconvénient

(1) Nous avons relevé, dans un catalogue de librairie, la mention suivante, qui atteste que ce mode de traitement a été préconisé au xviii» siècle.

9846. Royer. Disserlalion sur les Icwemenls en ijénéral, el parliculièremenl sur une méthode nouvelle de trailer, par ce moyen, les maladies vénériennes. Paris, Sorin, 1778, in-8 maroq. rouge anc., fil., armes sur les plats, dos orné, tr. dor... 20 francs. Reliure aux armes de Ant.-Raymond .1. Gualbert Gabriel de Sartine, conseiller au CbAtelcl, lieutenant criminel, maître des requêtes et lieutenant général de la police.

(2) La vessie serait encore en usage dans nos canqjagnes, si nous en croyons un de nos confrères [Le Paysan lozérien mœurs locales, par B.yrbot, Mende, p. 41) : « ,Ie n’oublierai pas, dit-il, de mentionner un objet dont l’usage improvisé est toujours fort répandu : la vessie de cochon, fixée autour dune canule de sureau, remplaçant la légendaii'c seringue immortalisée par Molière, mais, chez nous, elle est ;'i double fin, car elle sert à l'homme el à scs bêtes. » V. fig. 26.

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de n'(Hre pas parfailement calibrée ; de plus, elle luyait souvent et le piston, garni de fdasse, agissait quehjuefois par secousses et devenait dur é presser.

Pour peu qu’il y eût, de la part du malade, quelque résistance naturelle ou involontaire, il devenait impossible de se servir de l’instrument.

Un potier d’étain, de Paris, du nom de Boicervoise, f imagina d’appliquer à la construction de la seringue la crémaillère et la manivelle du cric: c’était aug- ? menter la force, en conservant la douceur du mouvement. Ces seringues parurent des plus commodes . | et reçurent l’approbation des Sociétés de médecine ; auxquelles elles furent soumises.

LE TRIOMPHE DU CLYSTÈRE

Ce n’élaitpas encore l’instrument rêvé : un M. Chemin, balancier, rue de la Ferronnerie, à l’enseigne du Q couronné, pensa remédier à ce défaut, en renfermant dans le manche môme le mécanisme de l’instrument, et en construisant ce manche et le pignon, avec un alliage, à base d’étain, mais beaucoup plus dur et plus solide que ce métal. Le piston, formé de rondelles de feutre, glissait doucement et également dans le cylindre, à l’aide d’une manivelle pareille à celle de M. Boicervoise.

Puis sont venus les clysoirs, les clysopompes, les appareils permettant de pratiquer seul ou en famille (lig. 27) ; enfin l’Eguisier, si longtemps en vogue et qu’a détrôné aujourd’hui le bock (fig. 28), bien que celui-ci ne rende pas les mômes services, dans des cas déterminés.

Pour les enfants, on se sert plus commodément d’un entonnoir, auquel on adapte un tube, ou une poire de caoutchouc, en coiffant le bec de la canule d’une sonde molle.

On emploie toujours les lavements alimentaires, les lavements médicamenteux, mais on a beaucoup généralisé l’usage de ces derniers (1). Il faudrait, du reste, faire une revue entière de la thérapeutique, si nous voulions noter toutes les indications du lavement.

Tout compte fait, nous avons peut-être tort derail-

(l) Notre époque compte, tout au plus, une invention à son acquit; Venléroclijse ; encore la retrouvera-t-on peut-être quelque jour chez un auteur ancien, comme on a découvert les lavements de sérum dans Celse, et le lavement électrique dans les ouvrages médicaux de la tin du xviir siècle.

ilO GAYETEZ d’eSCULAPE

1er nos ancèlres d’avoir élevé des autels à la seringue ; ne serai l-c*e pas plutôt nous qui mériterions d’élre « blagués », pour avoir osé décerner au clystérc les honneurs de l’apothéose ?

Gravure extraite du Musée grotesque.

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Ce bu (Cf^etère

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Le mémoire qu’on va lire ne date pas d’hier. La cause, cause grasse s’il en fut, remonte à l’époque où Molière faisait aux Purgon et aux Diafoirus de son temps une si rude et impitoyable guerre.

Il a été maintes fois signalé et partiellement reproduit. Nous avons pensé que les curieux seraient heureux de le retrouver dans notre recueil, in-extenso tel que nous l’avons extrait de l’ouvrage qui le contient et dont le titre est ; Causes amusantes et connues. (A Berlin, M. DCC. LXIX), pp. 66 et suiv.

En deux mots, voici l’affaire.

Tiennette Boyau, garde-malade, réclamait la modique somme de cent cinquante francs à François Bourgeois, chanoine de l’église collégiale et papale de Saint-Urbain, à Troyes, pour lui avoir administré, dans l’espace de deux ans, deux mille cent quatrevingt-dix clijstères . Cevles, ce n’était pas cher, et c’était

montrer bien du désintéressement. Le chanoine ré- fl

sisla longtemps ; mais enfin, redoutant le grand jour »

de l’audience et le scandale de la publicité, il s’adou- ■ cit et se soumit (1). I

Maintenant, donnons la parole aux documents. ||

Mémoire pour Eliennelle Boyau, yarde-malade, conlre maître fl François Bourrjeois, chanoine de l'insigne église collégiale el fl papale de Sainl-Urbain de Troyes. I

Cette cause présente un spectacle aussi nouveau fl qu’intéressant. On y verra d’un côté un ecclésiatiqiie, I

un chanoine, un homme riche, jouir pendant deux ans fl

des travaux du mercenaire ; travaux d’autant plus fl

importants, qu’ils intéressent la vie, qu’ils rappellent fl

la fraîcheur, qu’ils conservent la santé ; on verra, dis- h

je, cet ecclésiastique, après deux ans consécutifs de fl

soins et de services, refuser au mercenaire la récom- fl

pense qu’il a si justement acquise et la lui refuser aux fl

yeux mêmes de la justice. I

On verra, de l’autre côté, une femme qui a toujours fl

rempli les devoirs de son état avec distinction ; pau- fl

vre, les richesses n’accompagnent pas toujours la fl

valeur ; âgée, c’est un titre de plus pour mériter la |

commisération ; on verra cette pauvre femme, après î

avoir différentes fois, mais en vain, sollicité le riche f

Bourgeois de lui payer un salaire légitime et trop longtemps différé, poussée, à la fin, par ses besoins, de réclamer la protection des lois, et de révéler à la face du public, et ses bienfaits, et l’ingratitude du riche Bourgeois.

(1) Grosley, Les Troyens célèbres, l. II, p. 248, cité par Phillippe, op. cil., p. 118.

Fi^. 29. — TienneUe s’apprêtant à donner le clystcre à son

maître.

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