RÉSULTATS COMIQUES D’UNE ERREUR COMMISE PAR UN MÉDECIN
OuEVEDO, ce féroce ennemi des médecins, a composé, sous ce titre, une longue pièce de vers, qu’il est difficile de traduire en entier: il y a un rébus et il y en a quelquefois deux par strophe. Le poète aurait bien dû se souvenir du précepte d’Horace : Est modus in rebus !
D’après une note des éditeurs de Quevedo, dans la collection Ribadeneyra, le fait sur lequel repose ce conte serait avéré : à Metz, un médecin aurait donné une purgation à un jeune marié, qui lui avait demandé des cantharides, et les cantharides auraient été prises par un vieux moine, au sang échauffé, qui réclamait une purgation. Mais Henri Estienne {Apologie pour Hérodote, ch. xvi) rapporte une aventure toute semblable, arrivée de son temps à « un jeune homme de Savoye, auquel le jour de ses noces on bailla le breuvage ordonné pour un qui avoit quelque fièvre, de sorte qu’estant couché auprès de son espouse, il lui falut toute la nuict faire des opérations contraires à celle qu’il pensoit faire. »
Fleurange, dans ses Mémoires, raconte, de son côté, que César Borgia fut, la nuit de ses noces avec Charlotte d’Albret, l’objet d’une aussi cruelle méprise, et (( qu’il ne ce.ssa d’aller au retrait ». Voici comment Quevedo, avec .sa verve habituelle, a traité ce sujet scabreux :
11 arrive aux médecins de s'embi-ouiller Quelquefois dans leurs ordonnances,
El quand bien même ils se Iromperaicnl loujours C’est encore bien bon pour leurs mules.
Celui-ci, ludesque docteur, qui,
Sinon en champ clos, dans les assemblées Lettre à lettre bataillait De la plume, avec ses recipe,
Si vous ne le tenez pour ennuyeux,
Se trompa de remède, à .létafe,
Entre un nouveau marié El un vieux plein de pustules.
Le marié demandait des cantharides.
Parce <iu’clles aiguisent l’appétit :
Les Astrologues affirment d’elles Qu’elles savent dresser un thème.
Le vieillard, lui, attendait,
Plein de mal français dans les jointures, Scammonée, jalap et séné,
La Irinilé h toute épreuve.
Le bon nouvel époux était Ln mari tout h fait mollasse.
Plein de vigueur au fond de l’Ame Mais dans le corps n’en ayant aucune.