‹ GazaliChapitre 12 sur 102 · Ibn el-AUili', éd. Tornberg, IX, p. 3U4-Ï.iii · texte numérisé non relu

Ibn el-AUili', éd. Tornberg, IX, p. 3U4-Ï.iii

2. Cf. ce igue dil Ytkout des ruineti uusiècs i Rey par les rivalilés dea Chanilcj, des Haaéliles el des Chiites, avant le uoineDl aii celle ville fut anAanlie par les MongoU Dicdonitaire de la Peraf, trad. Uarbiev de Me^iiani, |>. Tii.

sent à (les époques et dans îles villes diverses, une cause ayant un inléi-èt d'oi-dit philosophique, 11 faut y voir sans doufc une cunséqucnre de cet état d'esprit (jui, sous des gouvernements énervés et instables, fait dégénérer en

I rixes sanglantes des disputes rjui sembleraient devoir se tenir dans un domaine purement intellectuel. Mais, remarque importante, ces divergences, ces disputes, ces émeutes semblent prouver qu'il réjoiaît alors dans l'islam une liberté plus grande que de nos jours" el, sans vouloir anticiper sur les conclusions de ce livre, nous pouvons du moins observer que l'islam était

I alors moins iixé et moins clos qu'il ne l'est aujourd'hui. Depuis il s'est davantage retiré en lui-même, séparé du monde extérieur, immobilisé; comme ses femmes,

I il a pris le voile, Quelles sont les causes de celte claustration? Sont-ce les Croisades qui auraient creusé un abîme entre le monde chrétien et le monde musulman, est-ce l'œuvre de Gazali qui aurait parachevé et

I fixé l'islam, est-ce la rudesse des envahisseurs Mongols et Osmanlis , c'est à quoi nous pourrons réfléchir dans la suite-

En abordant Cazali, nous arrivons devant une flgure notablement différente de celles que nous avons rencontrées jusqu'ici; et — ceci encouragera peut-être le lecteur — je crois que cette figure nous paraîtra plus familière et moins éloignée de nous. Elle est sans doute encore très orientale et entourée de l'auréole d'un mysticisme intense, capable d'imposer aux modernes

amateurs de mysfiquc comme l'illumination, à l'heure du coucbaut, d'un sommet de montagne. Mais Cazali est moderne en ce <[u'il est une nature dominée par le sentiment mora l, et (ju'il donne â ce sentiment le pas sur la dialectique. Nous n'avons rencontré chez aucun philosophe cette disposition, dans un mode aussi explicite. Au lieu de cette puissance de construction intellectuelle que nous avons admirée chez Avicennc, nous allons trouver chez Gazali tout au moins un certain «lédain des opérations de l'esprit; je ne dis pas tout de suite du scepticisme, car la mesure de ce scepticisme est trop délicate pour pouvoir être faite avant que nous ayons rapporté des testes, mais bien un manque de

I confiance évident dans la spéculation rationnelle. Au lieu de cette superhe foi qu' avait Avicenne dans la toutep gisaan cc de la raison, et qui le portait à construire un système comme on construit un lemplc, — ce qui au reste le fait paraître aujom-d'liui archaïque, car par

' suite des variations du g'oùt, tout monument d'un style trop détïni devient passible d'ai-chalsme, — au lieu, dîs-je. de cette confiance, Gazali qui pourtant était, ainsi qu'il s'en vante et que ses œuvres le prouvent, aussi habile que tout autre dans la dialectique, ne s'en sert guère que pour en montrer l'impuissance et humilier la raison. Avicenne est doj,'matiquc en philosophie; il affirme et croit à une afflrmation unique. Gazali se joue dans le raisonnement, et arrive à laisser croire, ce qui est très moderne, bien qu'antique aussi, qu'il peut conclure dans tous les sens. Toute sa foi d lui est

reportée de la raison sur le dog'nie Ceik' foi qu'Avîccnnc avait pri'tpiidu appliquer également à la sciencp des philosophes et à la révélation, mais qii'en pratique îl avait appliquée surtout à la première, (iazali l'applique presque exclusivement k la seconde. Seulement, dans cette rùvélation considérée coumic donnée certaine, comme matière indéfectible, il veut mettre quelque chose de ce hel ordre, de cette solidité logique, de cette cohérence intellectuelle qu'Avicenne avait tenté de mettre dans la philosophie. Mais, durant cet etfort ni^me qu'il fait pour grouper dans une forme consistante et noble les thèses dogmatiques, on le sent toujoui-s en proie au souri principal de la morale et du piétismc. C'est en cela qu'il est nouveau par rapport & A>iceune, et que l'on peut dire qu'il lui est supérieur; car si Avicenne,conmieon n'en peut douter, perçut l'importance de la morale, il n'y prit pourtant pas un intérêt très spécial: et quant auv questions de piété, quant à l'étude minutieuse des rites do sa religion, elles ne le préoccupèrent jamais vivement; sa vie fut libre, acsprîn- ' cipales jouissances furent dans l'activité de l'esprit. Ga- I zali mit les siennes dans la pratique des vertus; et de ces vertus il eut souvent une conception si délicate et si voisine de notre conception chrétienne qu'il est difticïle de croire qu'il n'y eut pas chez ce père de l'église musulmane et chez les autres qui suivirent son exemple, l'etfet d'une inlluence, d'une ambiance, presque d'une éducation chrétiennes; par là encore on le sentira très proche <lc nous. Sa mystique aussi porte ce cachet

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