SA LUTTE COKTRE LES PHILOSOPHES
n^s, leurs ongles, leurs écartcnionts relatifs, et cetle
aornie sert pour les deux mains. Ce en quoi les deux
orticuliers sout seniliiables ne ilonne lieu qu'à une
forme dans l'iuiagination ; ce en quoi ils dîfl'êrent fournit
■deux imaires distinctes. Il n'y a donc rien qui autorise à
■affirmer qu'une îdte générale n'a pas de position cor-
aporetle. ni qu'elle ail besoin pour sulisistpc d'autre
[phose que d'un corps.
L'on pouiTait croire tjue cette série de réfutations tfaites dans le sens matérialiste, d'une thèse aussi im- Ifportante que celle de la spiritualité de l'ânie, niarqueprait le terme extrême des attaques de (lazali contre la ion spéculative ; il semble que quelque remords de- Tait enfin le saisir de chercher à abîmer ainsi l'œuvre ■des Philosophes dans ce qu'elle paraissait avoir de plus Élevé, de plus utile, de meilleur. Et cependant notre idocteur va, s'il se peut, encore plus loin, dans une question non moins grave que la précédente, celle de la cau- Lsalité; là, la hardiesse de sa négation dépasse encore I jtùut ce dont nous avons été témoin jusqu'ici ; il est juste lOurtant d'obsen-er qu'il avait eu probablement , en îette matière , des devanciers nombreux dans l'école des kotékallim. La thèse de Gazali sur la causalité est aussi brève que tranchante; peu de mots sont nécessaires Ipour la résumer : La liaison, dit-il. de ce que l'on a ^'habitude de regarder comme cause avec ce que l'on t l'habitude de regarder comme eCFef , n'est pas néces- Vfsaire à nos yeux. Autre est la cause, autre est l'efl'et;
uîei- l'un nVstpas nier l'autre; affinupr l'un n'est pas afiirmer l'autre. On nous donne par exemple le fait d'être (K'saltért' et celui de boire, le lever du soleil et la lumière, la mort et la décollation, l'absorption du purgatif et la piirg'ation, le coton jeté nu feu et le fait (]U*il est consumé; autant d'exemples d associations qui peuvent se rencontrer souvent, mais dont tien ne prouve la nécessité. Ce sont là des choses distinctes créées à la suite l'une de l'autre: la première ne peut être dite agent do la seconde. Gazali ne veut pas que le soleil soit agent de la lumière, que le remède le soit de la guérison, que le feu le soit de la combustion ; il ne veut d'agent en tous CCS phénomènes, — et ici reparaît la dominante de sa pensée, — il ne veut, dis-je, d'agent que Dieu.
Dieu est le créateur unique et véritable de tous ces faits successifs dont se compose la vie du monde; son action ne cesse jamais, elle se renouvelle à chaque instant, cUc associe, quand illuiplatt,ces phénomènes que nous avons l'illusion de regarder comme des causes et des efiFcts; mais elle peut fi tout moment cesser do répéter cette même association et produire ce que DOIU appelons le miracle.
Arrêtons -nous. Cette négation de la causalité infirme une thèse positive que nous avons rencontrée plus haut et à laquelle notre auteur paraissait attaclier unecei^ tainc impurtance, je veux dire la preuve du premier fitre par l'impossibilité de la régression k l'iafiiii d'une série de causes etd'etfets. Du moment que la causalité
Sa lutte coxtre les philosophes.
n'nsl rien, ridée d'une série causale n'a plus de sens. Il ne reste donc au scepticisme de Gazali que deux grandes bornes qui apparaîsseni maintcnanl avec une majestueuse nclteti!! : l'une l'inipossibilité du nombre inlini, l'autre la nécessité d'un princi[je de détermination entre les possible!). Comparons l'état d'esprit où cette discussion a amené notre penseur avec divei-ses attitudes inlellecluelles réalisées de notre lemps, nous verrons que le critique musulman n'est peut-être pas fort éloigné do nous. Je ne sais si en fait il y a quelque esprit qui réalise un état identique au sien; mais je crois ((n'il pourrait y eu avoir. Sans doute les spiritualistes ne toléreront pas la ruine complète qu'il a tenté de faire des preuves des Plûlosophos sur la spiritualité de l'fluie. Pour moi, je crois valable encore le grand argument que le lieu des intelligibles ne peut pas être la matière. Relativement aux questions d'inQnitude, beaucoup de personnes, encore de nos jours, s'arrêtent, comme l'imam arabe, devant l'impossibilité du nombre infini. Je serais sur ce point plus sceptique ; je ne connais aucune preuve contre la possibilité d'une iufinitude d'étendue réalisée ou de durée écoulée, et la conception du nombre infini cesse d'être contradictoire, à mon sens, âès qu'on observe <|ue ce nombre est une certaine résnltante qui n'a pas les propriétés du nombre fini. Mais qiiant à la nécessité d'un principe de spécification entre les possibles, je crois que peu d'esprits peuvent la méconnaître, C'est là le dernier appui contre le scepticisme dans l'ordre de la spéculation métaphysique ; c'est
le roc fondamental, le bloc angulaire dans la construction de tout système défini, et Ton doit faire à Gazali un mérite transcendant d'avoir creusé jusqu'à lui, et de ravoir, sous les coups de sa dialectique, clairement et puissamment fait résonner.
L'école philosophique demeura à peu près improductive dans rOrient musulman après Gazali ; mais un demi-siècle après lui florissaient au Magreb les Ibn Badja, les Ibn Tofaïl et les Averroës.