‹ GazaliChapitre 28 sur 102 · I. Tein · texte numérisé non relu

I. Tein

myslique

â di'SLjiner ivu^cinblc des choses.

LA TltKOLOlilE DE GAZALI.

i tradition, ne pouvait s'allrancliir tout ii fait du fa- I talisttie.

Dieu agent agit par bonté , Dieu est généreux en créant | et en produisant, libéral en imposant la loi aux hom- I mes; ni la création ni la loi ne lui étaient nécessaires.

Les Hotazélites ont pensé tpi'il était obligé dans son acte 1 ' par la convenance des hommes; mais cela est faux, puis- I que c'est Uieu qui crée l'obligation, qui commande et qui défend. Il eût été loisible à Dieu d'imposer aux hommes i ce qu'ils ne peuvent accomplir, contrairement à l'opinion I des Hotazélites. Contrairement au\ mêmes, Dieu peut I faire souffrir ses créatures et les châtier sans crime antérieur et sans récompense future, car il est libre dans sa i souveraineté, et l'injustice signifie seulement l'atteinte I portée à la souveraineté d'un autre, ce qui est impossi- I b!e de la part de Dieu . Dieu agit avec les hommes comme l il lui plaît, et il n'est pas obligé de gouverner de la façon I la plus convenable à ses semleurs, car il n'est obligé à [ rien. Connaître Dieu et lui obéir sont choses nécessaires lit rhomme, parce que Dieu l'y oblige et lui en donne le

■ précepte, mais non pas pour des raisons intellectuelles, fccomme l'ont cru les Motazélites; car si c'est l'intelligence

■ qui oblige à l'obéissance, elle y oblige ou sans utilité, ee

■ qui est absurde, ou en vue d'une utilité; or, rien n'est utile à Dieu, et ce qui est utile à l'homme, c'est tl'obtenir

[3a récompense et d'éviter la peine, ce sur quoi il n'est Eùistruit que par la loi.

Ce ne serait pas sans une certaine tristesse que je rap- I porterais cette théorie si dure, quoique strictement logi-

GAEALI.

cjue, siir l'arljifraire divin, si je necroyais que dans celte conjoncture la difOculté du sujet, le désir d'en arrêter et d'en systématiser les thèses, le besoin de résister aus tiiéories Irop libres d'une secte hérotique, n'avaient induit notre auteur à trahir un peu sa propre pensée. Si complèle que soit l'indépendance divine, elle ne saurait être assimilée au caprice d'un tyran. Gazali n'a pu avoir cette intention ; il devait connaître la notion du bien parfait que lui fournissaient et le platonisme et le cbristianisnie. et, à défautménie de ces sources, il eût pu, comme sa mystique et sa morale en font foi, la découvrir dans son cœur. La théorie qu'il nous présente en ce passage doit être considérée comme incomplète, principalement négative et restreinte à cette utilité spécialede défendre la liberté de Dieu menacée en ce temps-là par l'extension excessive que pi-ètaient certains docteurs à la liberté de l'homme. L'imam araben'en a pasmoins compris, — et il le marque même en cet endroit, puisqu'il nous dit que la création et la loi dépendent d'un mystère de bonté, — il n'en a pas moins compris, dîs-je, et scnli que cette loi, loin d'être quelconque par rapport à l'homme et de lui être imposée comme une épreuve arbitraire en vue de la conquête d'on ne sait quelle récompense, devait être au contraire une règle et une méthode pi-oposées par une divine intelligence pour permettre à cet homme de réaliser le développement le plus complet et la plus haute perfection de sa nature. — .le n'insiste pas davantage sur cette importante remarque, convaincu que la suite la justiliera.

LA TlIKOLOGIF. DE GAZALI.

Avant (le (juittftrla théologie de Gnzali, il peut y avoir

I va petit intérêt à regarder encore comment ce docteur

^ a appliqué l'esprit philosophique à l'interprélafion de

certaines données, un peu grossières en apparence, du

Li\Te Saint. Le petit traité intitulé Mednoun ' fournit

1 à ce sujet tle bons exemples. 11 y est question à la fin des

I objets qui devront iigurer au Jugement dernier ou dans

I les grandes scènes de l'eschatologie musulmane, et dont

on sait que le Coran a donné des représentations très

matérielles. Ainsi le pont étendu au-dessus de la gé-

I henné, est, pour (^azali, réel ; mais dire qu'il est fin comme

I un cheveu est une métaphore. Il est beaucoup plus étroit

qu'un cheveu; il est comme la ligne géométrique entre

l'ombre et la lumière, qui n'a point d'épaisseur. Ce pont,

identique au '< sentier droit » par où bien conduit les

I croyants, symbolise le juste milieu entre les mœurs '

I contraires; il exprime le milieu entre l'excès et le dé- '

I faut moral, l'insaisissable perfection. Oti ne se serait pas

1 attendu tout d'abord à rencontrer ici la célèbre théorie |

I péripatéticienne du juste milieu.

La « balance ■) qui doit servir à peser les actions n'a [ point d'autre sens : c'est ce qui distingue l'excès du dé- [ faut. Cette balance, remarque Gozali, a plusieurs imita- I iions dans le monde des sens : la balance, la balance Lôrdinaire et la grande balance {qabbân) pour les poids, ■l'astrolabe pour les mouvements célestes, la règle pour

n tl-Kebir, éd. de Bombajr, p. 120 el

les ligHoa, le métronome pour les sons. Une telle précision scientitique en pareille matière est amusante.

On doit croire aux plaisirs (les sens dans le paradis, la boisson, les mets, les femmes, parce qu'ils sont possibles. Il y aura dans la vie iiienhcureusc des plaisirs pour les sens, pour l'imagination et pour l'intelligence. Les plaisii-s sensibles commenceront après la résurrection. Ou dit que, parmi ces plaisirs qu'indique le Coran, il y en a de peu appréciables : le lait, la soie ^'paisse (istabraq),la banane, le lotus (LVI. 27-28) ; maïs cela dépend des goûts; certaines personnes aiment ces cboses passionnément; les godts varient avec les mœurs et les climats, et chacun sera traité selon les siens. Les plaisirs des sens compléteront ceux de l'imagination. L'objet délectable imaginé se réalisera aussitôt au dehors, ou du moins il se produira devant la puissance visuelle; le bienheureux vivra dans une perpétuelle hallucination qu'il dirigera à son gré ; il y aura dans le paradis, dit Gazali, un grand marché où l'on achètera des images. Les plaisirs intellectuels correspondront à ceux des sens. A chaque objet agréable pour les sens répondra un plaisir intellectuel d'un genre spécial : joie de la science, joie de la possession, joie de la domination, contemplation de la gloire des justes. Maïs la plus grande des joies sera la vue de Dieu. La théodicéc de Gazali s'achève la dans une espérance qui est toute chrétienne.

LA THEOLOmE APRES GAZALt.

Gazali n'avait pas, à proprement parier, foiidt: uii système en th^olog-ie ; il avait, ce qui eat plus important, créé ou rénové un esprit. Il avait chassé les vaincij disputes, la curiosité subtile, l'orgueil intellectuel, et fait prédominer l'esprit de foi. La philosophie avait pu avec lui subir un recul, l'aiguillon de l'intelligence s'était émoussé ; mais quelque chose d'autre et de pins grand peut-être avait paru : le sentiment religieux, avec tout ce qu'il comporte de simplicité, d'ouverture de cœur, de sympathie profonde pour l'esprit obscur des faibles, pour l'esprit du peuple, pour celui même de l'enfant. Loin d'inaugurer une philosophie nouvelle, Gazali avait plutôt méprisé et rejeté la science des Philosophes; mais il avait restauré la science de la religion; et c'est avec une pleine conscience de son œuvre et de ses intentions, qu'après avoir appelé son principe' traité de polémique la Destruction des philosophes, il avait appelé son plus grand traité didacliquc /a flc'/io-

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valiondes .■•ciriices religieuses. Il s'agît dûstiruiais <Ic savoir si cette science- qu'il avait restaurée subsista après lui, et si l'ancien esprit île disputes aiguës et de subtiles recherches ne connut point de retours.

Certes, l'œuvre de Gazali r<iussit; ses livres sont restés le dernier mot en leur genre, et ils sont lus encore <le nos jours par les Musulmans comme s'ils étaient neufs. Hais la cessation de toute dispute ne fut pas immédiate, et cette extiûme ardeur, celte \-ive passion de discussion qui avait, plusieurs siècles durant, a^té les écoles, ne s'éteignit pas tout d'un coup. On vit encore paraître un assez grand nombre de traités de théologie spéculative, conçus dans un goût plus voisin ds celui des Philosophes e( des Motazélites que de celui du Gazali, et qui peuvent être rattachés ensemble à la tradition des Motékallim. Ces ouvrages, auxquels nous faisons allusion, renferment une doctrine orthodoxe ; mais l'esprit n'eu est pas purement religieux. Ce sont vraiment des traités de philosophie. Les arguments de la scolastique s'y déroulent, ses arguties les ornent; l'esprit d'analyse des Motazélites ou l'esprit de système des Pliilosophes les inspirent. Ces traités sont plus connus dons le monde mabométan que dans l'érudition occidentale. Nous devons essayer d'en dire tpielques mots, afin de suggérer l'idée de ce que devint aprbs Gazali la grande école des Motékallim. Mais on \'erra combien il reste encore à travailler dans cette matière. Elle est si difficile et si neuve que nous n'aions pu songer & en faire l'objet d'une étude tant soit pou complète t» l'occa-

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