‹ GazaliChapitre 29 sur 102 · LA THÉOLOGIE APRKS GAZ.VL · texte numérisé non relu

LA THÉOLOGIE APRKS GAZ.VL

âon du présent livre Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, toute cette partie de l'iiistoire de la philosophie qui a son centre dans l'histoire du Kalâm, a besoin d'Être reprise dans son ensemble et remise au point. J'avoue, quelque m^'lancolique que soit cette pensée, que les systèmes atrités dans ces livres se trouvent fort éloignés de nos préoccupations actuelles. Ils n'en doivent pas moins être étudiés et analysés, si l'on a souci de l'inlégrité et de l'honneur de la science.

11 convient d'abord de mettre à part un document célèbre sur les Motékallim, dont la nature et l'origine sont particulières : je veux dire les chapitres que le grand philosophe juif Maïmonide ', dans son Guide des Effarés, a consacrés h cette secte. Nonohstant l'opinion de Hunk, l'éditoui" et le traducteur du livre de Maïmonide, et de Ritter, je penserai plutôt comme Schnioelders^ que ec document doit être utilisé avec une certaine défiance, car Maïmonide , disciple par intermédiaire d'Ibn Badjfl, appartenait à une lignée et à uae tradition intellectuelles assez éloignées de celle des Motékallim, et il aimait peu ces derniers, dont, à plusieurs reprises, il s'est

t. Uaïinoaide, 3forê Nebouklilm, éd. et Irad. S, Munk, 3 rot., 1S5G. Voir sur les Mot>.'kallim. Iraduclion, 1. 1, ch. j.ixi ï izxvi. Maîmonide Técul de I13&â 1204 de l'Ère chrétieane[ï30-«01 II.).

2. U. Ritlpr, Veber vnsere Kenntniss der drabitclien Philosophie *nd betondeTs aber die Pliiloiophie der orthodoxea Arabiichen Dogmatikrr, GùiUngue, 1S44, p. 2i. — Schmo«lders, ftioi, p. 135, n. 1 et 114. n. J.

(.■ITorcé de tourner la pensée en ridicule. Il faut reconnaître cependant que la plujJart dos thèses qu'il leur prôte peuvent être retrouvées sans pciue dans leurs propres ouvrages; maisje ne croîs pas <fu'il en ait très bieu saisi l'ordonnance. Notons celles-ci : Les Mott'kallini admettent l'atome qu'ils appellent la substance simple; l'atome n'a de quantité que par .sa réunion avec d'autres atomes; en lui résident les accidents; l'Ame même est pour quelques Motékallim un accident c[ui réside dans l'atome ou dans un groupe d'atomes subtils, — Gazali a cité cette opinion; — le temps est composé d'instants indivisibles; l'accident ne dure pas deux instants; aussitôt créé il s'évanouit, et Dieu en crée un nouveau de la même espèce. Le repos et le mouvement sont des accidents dans les atomes ; le mouvement d'une plume dans la main du scribe est analysé ainsi, selon Maïnionide, par les Motékiillim de l'école d'Achari : Ce mouvement se compose de quatre accidents créés par Dieu : la volonté du scribe de mouvoir la plume, sa faculté de la mouvoir, le mouvement de la main, le mouvement de la plume ; ces «juatre ao cidents sont coexistants, non pas causes l'un île l'autre. Nous reconnaissons ici des idées employées par tiazali dans sa critique de la causalité. L'emploi vraiment abusif fait du mot" accident» dans cet exemple, est bien caractéristique de l'école des Motékallim.

Cet important document mis k part, quelques-uns des principaux ouvrages que nous sommes à même de signaler comme devant servir de base à un travail sur

les Alutckallini sont dus aux autours Necljin nl-Diii Abnu Ilafs Omar cn-Néséfi (mort pu 537), Chabrastaiii (mort en ôi8). Fakiir rtl-Din cr-R^zi (mort en 606), Bcïdawi (mort le plus probcibltrmenf en 685), el-Idji (mort en 756) et ii leurs commentateurs. Ces noms représentent une période d'activité pbilosopbiquc ([ui s'étend sur plus de deux siècles, soit le douzième, le treizième et la première moitié du quatorzième siècle chrétiens, L'intérêt général des documents dont nous parlons est que la partie historique y est très développée, circonstance heureuse que nous n'avons rencontrée ni dans les ueuvrcs d'Avicenae, ni dans celle» de Gazalî. Tous CCS auteurs, ou du moins leurs commentateurs, sont de véritables historiens de la pbilosophie, et ds nous donnent les traditions les plus précises sur les systèmes des principaux Motazélites, des principaux Motékallim, parfois aussi des Philosophes et d'autres penseurs appaKenant à des écoles moins importantes. Leurs œuvres conslitueni donc un véritable répertoire, très riche en détails et en variantes, de l'histoire de la scolastiqne en Orient.

Beldawî (Abou Saïd Ahd Allah) est surtout célèbre comme commentateur du Coran ; mais on lui doit aussi des ouvrages historiques et tbéolog'iques, et parmi ces derniers le 7'aw()^/e/-onu.'flr (la succession des lumières), ouvrage fort apprécié des Musulmans et que possède notre Bibliothèque nationale. De Chahrastani et d'el-Idji, nous aroos déjà souvent parlé. Le premier, outre son traité des sectes relJS'icuscs et philosophiques, ouvrage connu,

éilîfr, tr.'iiluîl, mais dont la grande riclies&e, malgré sa forme un peu s6che, fait encore une uiine féconde, a écrit d'autres traités historitiues et didactiques, surtout leNiftà^et el-iqdihnfi 'ilin el-Kaldin (le terme du progrès dans la science du Kalam ; n" 1246 de notre Bibliothèque nationale). Au second nous devons cet important (raitâ du Maicdijif que nous avons souvent cité, et qui, édité en Egypte' avec le commentaire de Djordjftnî (mort en 816), mériterait mie étude approfondie. Arrêtons-nous quelques instants sur Néséfi.

Cet autenr, qui fut presque contemporain de Gazalî, écrivit sur les bases de la foi un traité assez semblable au livre de Cazali <{ue nous avons analysé, mais beaucoup plus brefdanslaforrae,e/-'fl^rftrf, les nœuds, les articles, qui est un véritable symbole de la foi musulmane. O traité, édité en Occident par Cureton -, a été plusieurs fois commente en Orient, spécialement par t'imàniSad ed-Dln Mas'oudet-Teftazâiii(niort en791).Il estencoi-e très répandu dans le monde mal)ométan;je i-ecommanderai l'édition qui en a été faite à Constantinople avec quatre commentaires dont celui de TeftazAni,

I. tharh cM/fiwilli/de'Adod ed-Dfn cl-ldjl. lïbfi. —V. aussi: St» tio f wiKfn et stiia et appeniix libri SIerakif, éà. Tb. SocreDscn, I^^ ■ig. IHIFI.

I. W. Cnreton, IWar of tke cre#rf of tkr Suiinita. LoDdnt, tSU Huradjea il'Obsâiin a l<>niie sut Ifs 'Aqdid de Nù^fi le premier toIbm do son T<il>lfnu lir l'empirr oHomau. Code relisievs. U j a plorinn ailleurs du nom in yiit6 : Schmoelders. dam soa Issai. s est Mrri i'uii r ^ban'I-Barakal Abd Allah eD-N«<,^li. mon en 710 de Ibéfin, t CJurk tt-'Omdalt.

en 1313. Ces commentaires très fins, Irês analytiques, enrichis de nombreuses références, laissent bien voir comment la théologie fixée par Gazali, mais dt'-pouillée par lui des ornements de la vanité ptiUosoptiique, s'en revêtit de nouveau apr^s lui, etparvînt jusqu';^ nous enveloppée de ces parures d'un goût subtil et précieux qu'avaient commencé àou\Terles Motazélitcs, Lu disposition générale de cet ouvrage est très intéressante. Il débute par une sorte de chapitre qui est, ou a du moins l'intention d'être, — et en cette matière l'intention n'est déjà pas sans mérite, — une théorie critique delà science. Nous avons vu (iazali dans le Mounqid rechercher, sans ti-op !e découvrir au reste, le critérium de la certitude, et dans l'Mya consacrer tout un livre, le premier, à la définition de la science. Celte manière d'ouvrir un traité de théologie est restée assez générale dans l'école des Motékallini. Elle indique une iiilluence antre que celle de la tradition néoplatoidcienne, selon laquellela coutume était d'ouvrir un système par la logique d'Aristote. L idée de substituer à la logique une étude des moyens de connaître et une défense de la possibilité de la science contre les sophistes, doit se rattacher plutôt Il 1& tradition platonicienne par l'intermédiaire des théologiens chrétiens. Maïmonide a bien indiqué la critique \ qu'avaient faite les Motèkallini des perceptions des sens ' I comme moyen de connaissance; mais il n'a pas mis I cette critique à sa plat:o, eu tétc de leur système, et ïl

n'a pas paru comprendre qu'elle n'était qu'uni; iMii-tîe d'une thèse plus générale sur la légitimité de la science.

Nous ne sommes pas en mesure de rapporter ici la thèse des Motékallim, qui d'ailleurs, comme on peut s'en doulei", ne peut être regardée que comme un tinûde essai sur cette difficile matière: notons du moins que les Motékallim, moins défiants de la raison que Gazali, ne se sont pas précipités comme lui, avec une sorte de désespoir, dans la solution mystique, mais qu'au contraire ils ont vigoureusement combattu contre les sceptiques. Voici quelque chose de ce que dit Teftazâni à ce sujet ' :

« Parmi les sceptiques, il y en a qui nient les réalités des choses, et qui pensent que celles-ci sont des cogitations et des imaginations vaines; ce sont les 'liuidieh (de 'indd, aversion, opposition) ; il y en a qui nient qu'on puisse en rien affirmer de positif et qui pensent qu'elles suivent nos croyances, en sorte que si nous nous attachons à croire que la chose est substance, elle est substance ; si nous la voulons accident, elle est accident; si éternelle, elle est étemelle; si produite, elle est produite ; ce sont les 'indïeh {de 'ind, chez ; 'indt, chea moi). Et il y en a qui nient qu'on puisse affirmer une chose ou ne pas l'affirmer, et qui pensent qu'elle est douteuse, et qu'il est douteux si elle est douteuse et

I. CommenUire de Tenazâni aui 'Aiiûid de Né$ëli, éd. de Constanli~ nofile. 1313, p. 'i'i. — Celte érlitlon conltent pneorc trois autres commoptaires du infime oufruge. — Voyez aussi sur (es sceptiques et sophistes,

ainsi <Ip suiti?; ce sont les là-adrteh (de Id-adri, je un sais pas). » Teftazâni déclare que, quant A lui, il se reconnaît forcé li'aflirmer certaines choses par l'intuition et d'autres par la démonstration, et qu'il ne peut jias, quand une chose a été affirmée, la nier; puis il commence un long déhat, fort suhtil, contre ces diverses classes de sceptiques. 11 définit ainsi la science ' : « une qualité par laquelle la chose à laquelle on pense est éclairée pour celui qui la pense, en sorte qu'elle lui devient évidente et manifeste et qu'il peut en parler, qu'elle soit ou ne soit pas ; la science enferme la perception des sens et la perception de l'intellig'ence, avec leurs imaginations et leurs croyances certaines et non certaines, contrairement à ce que pensent les sophistes. C'est une qualité qui oblige à distinguer, qui ne supporte pas la contradiction ; car, en tant qu'elle enferme la perception des sens, elle se fonde sur ce que celle-ci

est pas liée aux concepts abstraits, et que tes images sensibles n'ont pas de contraires, malgré les sophistes; dans les croyances întollectuelles, elle n'admet que le certain, et sa clarté doit devenir une illumination complète qui exclue la simple opinion, contrairement aux sophistes qui prétendent que la science a le caractère d'une opinion ». Voilà qui peut donner l'idée de la thèse et de la fermeté d'esprit do Teftazâni et éveiller le 4ésîr de connaître ses argumenls.

La notion d'accident est extrêmement étendue chez

les commentateurs de Nésûli, conformcnicnl à ce qu'en rapportait Malmonide. Les catégories sont des accidents; les actes de l'homme sont des accidents; la soumission à Dieu du croyant est un accident. Le monde, énonce Teftazilni (p. 47), est composé de substances {a'iân) et d'accidents. Les suLstnnces sont ce qui subsiste par essence, ^râce à une a.ssoeiation qui en fait une partie du monde ; et subsister par essence, selon les Motékallim, signifie avoii' son lieu en soi-même, non en autre chose ; l'accident au contraire a un lieu qui suit celui de la substance ; son existence en soi est son existence dans son tieu; c'est pourquoi il ne peut pas se transporter hors de son lieu, comme fait le corps '. Ces substances (a'idn) dont il parle « sont les corps et les substances {djau)dhir) >• ^, elles n'existent qu'avec les accidents et sont produites.

L'auteur se plaît à montrer la diflerencc entre la terminologie des Motéhallim et celle des Philosophes. Ce mot de réalités Çaîn, pi. aiàn) est spécial aux Motékallim; subsister par soi-mCme. subsister dans un lieu n'a pas tout à fait le même sens dans les deux écoles; beaucoup d'autres termes sont ou différents ou employés dans des sens dill'érents. Le lieu, chez les Motékallim, est le \ide imaginaire qu'occupe le corps; ce n'est plus, comme chez les Philosophes, la surface qui le limite; le temps, c'est le rapport entre deux séries de choses qui se renouvellent, ce n'est plus le compte du

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