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Voyez notre Àvicenne, p

GAZAU. 1

argumentations seolastiqucs. Les origines de la théologie, spéculalive cl morale, se dérobent sous l'histoire du di-oit,

Il n'est pas temps encore d'essayer d'esquisser ui^e histoire de la philosophie du di-oit dans l'islam; il sera bon, avant d'entreprendre cette œuvre, d'attendre les résultats de travaux aujourd'hui en cours. D'ailleurs une telle tentative ne renti'crait pas ligoureusement dans notre sujet; qu'il nous suMse d'indiquer brièvement ici comment l'histoire du droit précède et enveloppe celle de la théologie. Nous nous aiderons surtout, dans ce rapide aperçu, des travaux d'un orientaliste de langue allemande, mais dont le style et la pensée ont des qualités toutes françaises de synthèse, d'élégance et de clarté, von Krcnier'.

Du moment qu'il était posé en principe, dés la naissance de la foi musulmane, que le Coran, texte législatif d:\-in et achevé, contenait en lui les rèyles de toutes les décisions juridiques, un travail d'interprétation et de déduction s'imposait pour tirer de ce teste limité des lois applicables à la multitude variée des cas. Le Coran reflétait une époque brève de l'histoire et une civilisation peu développée. Quand les conquêtes extraordinairement rapides de l'islam eurent placé sous la domination des musulmans des pays vastes, divers, de civilisation ancienne et avancée, il ne fut plus possible de trouver dans les révélations coraniques des réponses

I. Vun Kremer, CuUurgcichiclile des Orients urtter der Chnlifen, I, pp. 470 et sui?.

LA tbAïlocib AVAHT gazajj.

unédiatement adéquates aux besoins sociuiix <k-H leuples. Quel écart n'y avait-il pas entre la vie agitée t brillante des grandes \-illes de Perse, de Syrie ou "hg^pte, et les discours intuitifs et heurtés par lesuels le prophète de la Mecque proposait sa pensée

[ nomades du désert? Force était donc de dévoloppep ï Coran et de l'élargir, et cet effort nécessaire était en nelque chose d'ordre philosophique.

Mais ce qu'il y a de plus curieux n'est |ïas que cet iffort fut fait, ni qu'il réussit dans une suilisante meure. Le point le plus intéressant en cette conjoncture, t où apparaît déjà en raccourci tout le plan, et je dirai Bute lïnti'iguc de notre livre, est que cet effort ren- DUlra de la résistance, et qu'il se trouva des hommes «ur protester et pour lutter contre cette application

I la raison humaine aux données de la foi. Or, cette pposition <le la raison et de la foi, cette jalousie, cette Uflance mutuelle de l'une à l'égard de l'autre, ce conlitpour la délimitation de leurs domaines respectifs,

mstitue le thème fondamental que nous verrons se dé- ,er dans ce livre. Cette sorto de dualisme qui fut aasc en partie de la séparation des juristes en écoles, ious allons le voir reparaître dans le combat qii'Achari t les théologiens livrèrent au!c Motazélîtes, dans lo com-

iplus retentissant encore que Gazali livra ausPliïlosoihes. Une telle lutte a ses motifs dans le fond même de l nature humaine; elle se renouvelle sans cesse; rare-

mt voit-on se produire un état d'équilibre dans lequel llle s'apaise ; le plus souvent clic n'est interrompue que

par ia lassitude des deux partis ou par l'intolérance <lo plus Fort. Cependant ne dépensons pas notre temps à de» considérations générales qui d'elles-mêmes se feront jour, et peveûons à notre sommaire historique sur la formation des école» juridiques dans l'islam.

Ainsi que nous l'avons rappelé autrefois ' , la première source à laquelle eurent recours les jurisconsultes pour suppléer à l'insuffisance manifeste du Coran comme document législatif, ce fut la tradition. Itlahomet avait, au cours de sa vie prophétique, i-endu sur la demande de ses compag'Dons bon nombre de jugements dont ils avaient conservé la mémoire ; quelquefois il avait indiqué sa pensée par moins qu'une parole, par un signe, par une attitude, par son silence même. Les moindi'es de ces circonstances avaient été retenues par ces croyants, qui les avaient rapportées à leurs descendants; les ansars (compagnons), diraient les Arabes, les avaient apprises aux idbV (suivants). Il s'était constitué ainsi un fonds de documents, presque aussi vénérable eu pratique que le Coran, mais d'un caractère principalement anecdotique, et où les matciîaux étaient groupés sans aucuu ordre, au hasard des lieux où ces jugements avaient été rendus, dos témoins qui les avaient transmis, des mémoires qui les gardaient.

L,e besoin d'écrire et de codifier ces textes ne tarda pas à se faire sentir; et comme la raison humaine ne perd jamais ses droits, tandis qu'on avait recours à ces traditions principalement dans un esprit de foi et pour

l.Vo)-Mle Mahomitiime, p- T3.

LA TIlfolOGIF AVAIÏT GAZALI.

éviter Je faire trop tiH appel à la dôduclion ratiuiiaelle dans les disputes juridiques, il se trouva qu'on fut smené, en cla^^saDt ces récits, & en faire en quelque sorte la critique. On dut les grouper sous certains titres généraux; on dut prendre soin de contrôler, dans la mesure du possible, lenrautlienlicité. Or ce travail de critique et de généralisation ne pouvait se faire que ' le moyen de la réflexion, à l'aide d'un certain sens plùlosophique ; ainsi rentroit d'elle-mi^nic dans le champ de la révélation, à l'instant où l'on tAchail de l'en tenir éloignée, cette inquiétante mais indispensable ouvrière, B raison.

Le premier docteur qui composa un recueil analytique des traditions, fut Mâlik, flis d'Anas. Né au commencement du second siècle de l'hégire, mort en 179, H&lik est le défenseur de la méthode historique. Il reut s'en tenii' aux traditions les plus sûres, celles de fédîne, ville que Mahomet avait choisie pour centre le son action prophétique. Il groupe les jugements f»ir matières : héritages, mariages, contrats, etc., dans I sentiment très rationnel de généralisa lion '. Outre a tradition (sonna/i), il s'appuie sur un autre élément, lont la valeur sera généralement reconnue dans le droit iggulman, Vidjmà', l'accord entre les jurisconsultes soit 1 tout l'empire nuisulman, soit d'une partie de cet

I. Le KCueil (le UdUk s'appoUit le Maiimlla. Celui de BokliAri »'«pille le Sahtli ; ce di^rnier a elè rdité en Occident par Krebl, et plusieurs H ta Orient, i Buulnq. au Cuire, IDetili. à Bombay. d'aprËK une rccen- BD do vu* tiède de l'hégire.

empire, sur une question détenuinée. II est le fondateur du " rite » juridique qui prévaut daus l'Afrique duNord. — Le grand traditionniste Bokhftri, né en 19i, mort en 256, développe l'œuvre critique de M&lik. Les traditi'ins sont affectées d'une sorte de cote, indiquant leur sécurité relative et l'usage qui peut en être fait dans les jugements. Par exemple, une tradition qui remonte par une chaîne ininterrompue de transmetteurs jusqu'au prophète, est dite hoimc {mhth); une tradition dans la chaîne de laquelle il manque no anneau, est dite gâtée {modal)', et celle où manque le premier anneau, c'est-à-dire le nom de lu personne môme qui a recueilli la parole du prophète, est à rejeter imorsal). Un peu plus tard, le trrand historien Tabari fera de l'histoii-e comme ces juriscfinsultes faisaient du di-oit : en amassant des traditions, dons le plus grand nonxbre possUdo, avec la chaîne de leurs transmetteurs, les classant selon la date et le sujet, et laissant au lecteur le soin de choisir entre elles selon l'intégrité et la solidité de la chaîne. Nonohstant ces procédés critiques, bien des traditions fausses se glissent dans les recueils; des traditîoimistes sans scrupule ne craignent pas d'en inventer; les Motazélitcs, ces esprits libres et frondeurs dont nous avons naguère parié, raillent les plus grands maîtres dans la science des traditions ['ilm el-hadith); Nazzàm le Motazélite traite l'un d'eux, Abou Horeïrah, de menteur, et il énonce, à propos de son œuvre, cet aphorisme tout cartésien : " la première condition de la science est le doute ;..

LA TBIÎOLOGtE AVANT flAZALI.

Ui niclliode spéculative pu jurisprudence ci s'accuser sous el-Mansour, c"pst-à-diro à. l'époque du ^and réveil littéraire en Orient. Abou llaolfah eu es(, non pas le tout premier, mais du niuins le principal fondateur : on lui donne pour maître un certain HnmmAd, fils d'Abou Sol^ïmân. Ce jurisconsulte (pie l'on s'accorde h regarder comme le plus grand de l'islam, bien que ses li\Tes soient perdus, mais dont l'œuvre et l'esprit subsistent, et dont le <> rite » juridique est aujourd'hui celui de la majeure partie de l'Orient turc, mérite d'<>tre comptû parmi les ouM'iers de la pensée philosophique. Il naquit probaldement l'an 80, dans la ville de Koufab, et il mourut en 150. Comme beaucoup de penseurs musulmans, il était d'origine pei-sane, d'ailleurs petit-fils d'atTrnnchij Son atavisme l'opposait ft UftUk, fils d'Anas, originaire de Médine et de souche aral>e. Tous deux cependant prirent en politique parti pour les Alidcs contre les Abba^ides. Lorsque Mohammed, descendant d'Ali, se révolta à Médine, contre le khalife Hansour, en l'an 115, :Vbou Hanlt'ah ayant manifesté ses sympathies pour lui, fut puni de prison. L'historien Abou'l-Mahdain cite pourtant ce jurisconsulte parmi tes personnages ipii assistèrent h la fondation de Bagdad par ce khalife en cette môme année '. La méthode d'Abou llantfah s'appelle le roy, c'est-à-

1. Aboul-Mahisio. éd. Jujnlioll, I. 378. —Sur l'école hanéfile, V. FliigÉl, Die Klasser der llaiiefilHehen Mectilsgeti-hrlen, dans ,ibAan('Iiingen d. KgLsaeht. Ces. der Wiisenscliaftm,Le\\<iif„ IMGI. txer suilc en

isai.

dire la vue intellectiielle, la spéculation, Les cas juridiques sont traités dans son école par la voie de la <léductioii et de l'analogie {qids) en parlant des cas connus par la tradition. — Le principal élève d'Abou Ilanlfah, celui qui compléta son œuvre, fut Abou Yousof {H3-182), orig^inairc aussi de Koufali et qui occupa à Bagilad la place de juge des juges (gtMi el-qoddt) sous les khalifes Mehdi et Hâromi.

Un autre grand jurisconsulte et fondateur de i< rite »* dont malheureusement nous connaissons peu les œuvres, mais dont pourtant la personnalité et l'influence doivent nous importer, car c'est dans sa lignée qu'eul lieu la plus grande partie du mouvement th<;ologique on nous allons voir surgir les Achari et les Gazali, est Chflfi'i '. Né à Ascalon ou, selon d'autres, à Gaza, en 150, de famille arahc horélchite, il mena dans son enfance la vie des Bédouins; puis, ayant voyagé, il connut à Médine, Mflhk, fils d'Anas. Après la mort de Mdlilt, accusé de sjTiipathie pour les Alides, il fut contraint d'aller se défendre de\ant le khalife ilàroun er-Uéchld à Rakkah, et il apprît dans cette ville le système d'Abou Hantfah. Il s'éloigna de ces deux rites, mais davantag;e du second que du premier, et il fonda un rite nouveau qui marque une réaction décidée contre les ahus de la méthode spéculative du rai/, il n'en fut pas moins l'instaurateur d'une science dite science des principes

I. Voir sur CliSfi'î : Wlideofeld, Derimam el-Scliâ!i'i. seine ScliiUer Hitd MihOiiger, dans .ibbandtungender Kgl. Ces. dtr Wisseiuchaffen, COtliugae, 1890 et IS91.

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