‹ GazaliChapitre 35 sur 102 · V. Brockflmann, Ar. lilter., 1. p. lâi;. n · texte numérisé non relu

V. Brockflmann, Ar. lilter., 1. p. lâi;. n

3. Chf'ibbo, Ctireitomalliia ùrabira, pars II. p. 24t; BeyrauLh, 1S97, — Louirage de Yahja, fiU d'Adi, a été èlilé i Biiyraulii en IHOS, au Caire en 18!>l deJ.-C.

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l'orme que par rijsorcîce et l'effort. On rencontre des hommes qui possèdent sans exercice et sans travail des qualités telles que le courage, la douceur, la pureté, l'équité ; d'autres acquièrent ces qualités par le travail ; et d'autres encore se contentent do suivre leur nature et d'obéir à leurs habitudes. Des défauts se rencontrent aussi chez un irrand nombre d'hommes, comme l'avarice, la pusillanimité, la dureté. Ces dispositions s'emparent de leurs ftmes, les dominent, les assujettissent. On dit qu'il n'y a point d'homme exempt de tout défaut, pur de tout vice; bien plus les hommes rivalisent entre eux dans le vice, comme ils rivalisent dans ta vertu... etc. •> Le morceau n'est point dépourvu de force ni de largeur.

L'ouvrage de morale le plus connu dans la période qui nous occupe, et celui qui a été le mieux étudié par les orientalistes, est le recueil Edeb el-'Arab wa'l-Fors (I l'honnêteté des Arabes et des Perses », d'Ibn Moskowélh. Cet auteur, contemporain d'Avîcenne avec lequel il discuta, fui trésorier et ami du prince bouyide Adod ed-Daoulah; versé dans la médecine, la littérature et les sciences de l'antiquité, il composa plusieurs ouvrages d'histoire et de morale; sa mort arriva Tan 420 ou 421. Le recueil dont nous parlons contient une vecensiond'un vieux livre persa^ intitulé: Dj'aviddn Khtred, « l'étemeUe raison ' ». Dans la forme où nous le possédons, ce livre est une collection de sentences

I. s. de Sacj a publié un ftimoirr. fur h Djawidan Khired dans 1rs .Vtmoirei d liisloire et de lUtéraiurt orienlalr, 1832.

placées sous Tautorité des aaciens sages indiens, persans, grecB, arabes. L'ouvrage original est attrihué au roi légendaire Houcheng, second roi de la première dynastie perse; il fat niis en arabe par les soins d'uu vizir du khalife Mamoun, Haçan, fils de Sahl, qui en fit faire en même temps un abrégé : c'est cet abrégé qu'Um Moskowéïh inséra dans son recueil.

Ce livre exprime assez bien la théorie morale qui se dégage le plus communément des proverbes et des fables. Quatre qualités fondamentales, on pourrait dire quatre vertus cardinales y sont rcconunandées : la science, la prudence, l'abstinence et la justice; la science par laquelle on discerne le bien et le mal, la prudence qui permet d'éviter les maux, l'abstinence ou peut-être plutôt la tempérance, qui conserve la vertu, la justi ce au moyeu de laquelle on se maintiçn t dans un juste équilibre, quelles que soient les circonstances. Ce juste équilibre et le bonheur qui doit en résulter, bonheur un peu tranquille, un peu borné, qui n'est pas celui auquel peut aspirer une Ame passionnée, mais qui sans doute est mesuré aux conditions de la vie humaine, constituent la fin de cette morale, laquelle est essentiellement une science pratique : -i la science et la pratique se tiennent comme l'àme et le corps ■>; bannir le désir, supporter la privation, nous conteiiler du sort que Dieu nous a départi, voilà la véritable justice.

Une morale d'un caractère aussi positif n'atteint pas à une parfaite puivlé. L'on y découvre des faiblesses.

dos comproiiiisïiioiis, une sympatliie mt-tUoc rement lionoralile pour des procédés de conduite qui, sans mener au Ijonheur, empêchent du moins qu'il ne soit troublé. La ruse y est prisée au-dessus de la vaillance : » Guerrier, recours à la ruse, tu seras victorieux; l'habileté vaut mieux que la force; la lenteur est préférable à la précipitation. " La prudence est recommandée au roi, la modération au riche, la fermeté au pauvre, (1 L'amour de la santé, est-il dit encore, inspire le renoncement aux passions ; la crainte de la vie futui-c éloigne des actions criminelles. )i L'on ue reconnaît évidemment pas là le verbe ardent des mystiques.

Outre ces intéressantes maximes, le recueil d'ibn Mosliowélh contenait une traduction du traité grec, le Tableau de Céèè.-', dont nous avons fait mention plus haut'. Cet ouvrage assez peu clair quant au fond, et dont la forme bizarrement allégorique rappelle bien certains romans et tableaux du moyen &ge occidental, mais ne l'ut point imitée en Orient, n'était pas de nature à promouvoir un grand mouvement d'étmlcs morales. 11 vaut d'être cité pour son origine grecque plutôt (pi'à cause de son influence. De bons juges, après quelques hésitations, lui ont reconnu le caractère stoïcien-. Le problème capital qui y est traité est celui du bien et du mal : Qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le

1. Le tableau de Cébès. version arabe d'Ibn UiiikaoïKiib, éd. et [nd. R. Basset, Alger, 18'JS.

■!. BsBseE. loc. cit.. p. IS. Celte opinion eat celle de Zeller, la PlUio-

sopliir dfi Crées, trad, lioufroui, III, Paris, IBS'l.

LA ItlOBALE. 139

mal? Que doit-on penser de ce que le vulgaire appelle biens et maux? L'homme entrant dans Tenceinte de In vie, tracée sur le tableau, rencontre d'abord l'illusion ou l'erreur qui, sous la figure d'une feuinle, le conduit à la fortune, vacillant le pied sur une roue, une corne d'abondance h la main. Si la fortune le gratifie de ses dons, l'homme se laisse égarer par l'intenipérance. les Hatteries, les passions; mais bientôt l'afiliclion, la douleur et la tristesse, toujours figurt-es par des femmes, se chargent de le punir. Alors le repentir Pnvahît son flme; il cherche la science; mais le souci le prend de distinguer la vraie d'avec la fausse science;

— et ici nous retrouvons une question qui a préoccupé nos auteui"s musulmans; — la fausse science, ce sera la science profane, celle des poètes, des controversistes, des orateui-s, des critiques, des musiciens, celle des épicuriens, celle même des péripatéticiens.

— On reconnaît bien un peu là le sentiment de Gazali ; mais combien le langage de l'imam arabe n'est-il pas Mipérieur en finesse, en précision, en modération réelle et en raison? — En somme, ce qui est un bien et ce qui est un mal n'est pas très nettement défini. Cela est relatif; la pauvreté, la maladie, la mort, ne SODt pas des mau:i absolus pour l'honmic vertueux; la richesse, la santé ne sont des biens que pour celui qui en fait un usaçc louable. Mais quel est en dernier l'essort le critérium de ce qui est louable ou bl&mable, bon ou mauvais; d'après quels principes définit-on la vertu? C'est ce que ce dialogue semble incapable d'établir.

Il pariil OQCui'c^ rlanti cette période un curieiiiL d assez bel ouvrage que nous avons dùjà mentionné aussi, et sur lef[uel nous voudrions nous arrêter m court instant, ne serait-ce qu'en raison de l'importance de son auteur : le Siassel-Ndnieh, ou •• trnitt^ de gouvernement 11, (le Nizâni el-Molk '. Ce livre n'a pas l'intérêt que nous cherchons dans la plupart des ouvrages dont nous parlons, de représenter une tradition pinson moins célèbre et plus ou moins antique ; il a, au contraire, le mérîti^ tout opposé d'être l'œuvre absolument spontanée d'un homme qui, ayant occupé une haute place, joui d'une grande fortune, efficacement second* des monarques conquérants, étant d'ailleurs doué d'une âme élevée et d'un esprit réfléchi, a mis par écrit, avec simplicité et sans pédanterie, les résultats de l'espérience qu'il avait acquise dans le gouvernement des hommes. Ce traité ne ressemble donc en rien à ceus. qui furent composés selon la tradition de la philosophie politique des Grecs, tels que la Cit^ modèle de Farabi. II est tout â fait personnel et original; et c'est ce qui en fait le charme.

La méthode expérimentale y est presque partout suivie; l'auteur appuie chaque jugement d'exemples historiques et vécus. Au début, dans le chapitre I"^ il pose comme thèse générale le devoir d'obéissance

compOBi! pour le sultan Melik Cbib par tnd. Ch. Schefer, publicalians de l'Êcolc des Puit. 1891-03.

me/i, Tratlé île ^uucfrnenunf.

LA MOHALE.

des peuples envers les rois, ces rois « que le Très- Haut a choisis, et qu'il a d(!'Corés des vertus royales ». Puis il définit le devoir des rois qu'il conçoit surtout et même presque exclusivement comme étant d'ordre économique ; drainer les terres, jeter des ponts, fonder des villages, veiller à la mise en culture du sol, bfttir des places fortes, des caravansérails et do beaux monuments, voilà les œuvres qui assureront aux princes les récomiienses éternelles. Il n'entre pas dans leurs attributions de gouverner la religion ; mais ils doivent respecter les docteurs, honorer les dévots, aimer une religlOD pure, posséder une foi solide. Le roi ne doit pas compte à son peuple de ses volontés, sa situation le mettant au-dessus des jugements des peuples. — Ailleui-s' . l'auteur reconmiande aux princes de se méfier de l'influcuce des femmes, lesquelles, dit-il, avec une dureté que les mœurs musulmanes expliquent, « vivent en état de réclusion et ne jouissent pas d'ime complète intelligence ». Un prince qui se dinge d'après les avis de sa femme perd son prestige et court à sa ruine. — U conseille aussi • au souverain de ne pas appeler aux charges des indiWdus affiliés à des sectes perverses et réprouvées; et il critique l'indifférence — nous dirions la tolérance — religieuse, pratiquée par les Turcs, pour lesquels, qu'il soit juif, guèbre, chrétien, karmate, quiconque a des talents d'administrateur, est nommé

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