‹ GazaliChapitre 36 sur 102 · Loc. cil., p · texte numérisé non relu

Loc. cil., p

aux ionctioiis. Nizflm p|-MoIk parlant de ers étran^ors, dit qu' " il redoute le mauvais œil ■■,

Évidemment ces (|iiplqHes avis perdeut de leur force, séparés des exemples qui les illustrent. L'on n'en voit pas moins qun celle polit tifite est vivante, et que plosîeurs des idéos qu'elle renferme mériteraient de retenir l'attention des hommes de notre temps.

La politique fut étudiée à la même époque, d'une façon théorique, par un auteur de renom, el-Mftwerdi', Cet écrivain, qui fut juge des juges à. Ostown près de NIsftbour, laissa aussi un recueil de sentences, de proverbes, de traditions, et un traité des bonnes mœurs qui est encore employé aujourd'hui dans lenseignemeut de la morale et des belles-lctlrcs ou Orient -. M&wcrdî mourut en 450, année de la naissance de Gazali. Mais il est temps que nous arrivions à ce dernier.

Après ces débuts, un peu confus malgré tout, clela science de l'étbique dans l'islam, Gazali apparaît tout A coup comme un très grand moraliste, complètement maître de son sujet, extrêmement délicat, aigu psychologue, merveilleux classiflcateur des nuances morales; et

1. El-Alikdm es-sullanieh, Ounsliluliones pulilicie, éd. H. Enger, BoDD, 1853.

2. Àildb ed-dunîah wa'd-din, les bonnes mœurs dans les cliases teuporelles et religieuses, truite imprimé i Constant inople, 1399.

LA MORALE. iVà

il s'exprime avec une abondance, un charme, mie chaleur et une précision tout ensemble qui pourraient le faire comparer à Nicole, mais à un Nicole ijui eût dispos/' d'une langue plus riche et qui n'eût pas été contraint par l'austérité des milieux jansénistes et par la sévère tenue du grand siècle.

La morale de Gazali est donc principalement une psychologie morale. Il est éndent qu'elle doit peu A l'éthique des Grecs, et il est à peine moins probable qu'elle reproduit une forme d'enseignement moral usitée alors chez les chrétiens; seulement nous n'avons pas de références qui nous découvrent ces sources. Quant au grand problème du fondement de la morale, si en vogue de nos jours, il n'y est pas traité. J'aurai la hardiesse d'indiquer ce que je crois avoir dû être à ce si^et la pensée de Gazali, bien que celui-ci n'exprime pas explicitement ce (pic je vais dire :

L'imam Gazali ayant été en déOnitive un mystiqu e, a dû avoir sur la moi'ale une conception qui parait être commune à. tous les mystiques, et qui est à peu près celle-ci : le mystique, au sens ■vulgaire du mot. est l'homme qui a la faculté de percevoir avec inteasité les états d'âme d'ordre religieux ; par conséquent les vertus et les vices de l'âme, leur augmentation ou leur diminution, doivent lui être aussi sensibles que peuvent l'être ft un peintre les couleurs d'un tableau ou les retouches dont elles sont susceptibles, à un musicien les notes d'une mélodie ou les variations qu'il tente d'y apporter. Le mystique considère la vertu comme

riialisaut une a-uvreiiclle, à savoii' l' ame purifi iic. et h vision de cette ftnie brillante, harmonicase, lui inspire. coDimc à Tartisfi!, un goût vt un plaisir extrêmes, Eu outre, au cours du travail ascétique, le mystique acquiert l'expérience que le développement de la vertu dans l'unie rend celle-ci plus lucide, plus délicate, plus malléable, plus capable d'éprouver tous ces sentiments de joies ou de peines intérieures, d'aspiration vers Dieu, d'union avec Dieu, qui forment la trame de sa vie et la matière pi-opre de son art. La morale est donc pour loi un objet d'expérience, tout à fait positif, dont il a un sentiment net et un poùt intense. Il lui reste ensuite à se prémunir contre les écarts possibles de ce sentiment et de ce goût subjectifs, en ayant soin de les accorder avec les enseignements dogmatiques et moraux d'une religion en laquelle il a foi. Si cet accord est sati sfaisa nt, il de\-ient à son tour l'un des maîtres de cette religion. — C'est ainsi que l'imam Gazali, s'étant trouvé joindre à des dons supérieurs d'expression et à une grande soumission d'esprit, un sentiment vif et pénétrant des choses morales, est devenu parle fait le maître qui a parachevé la morale de l'islam.

L'œuvre morale de Gazali, disions-nous, consiste surtout dans la recherche de nuances, dans de délicates analyses psychologiques. Gela la rend impossible à résumer. Nous ne pouvons pas la réduire en thèses; nous n'avons d'autres ressources que d'en donner une idée au moyen de quelques exemples, en souhaitant de

rapporter ceux-ci sans les trop dessécher. Nous avons choisi trois passages tirés des livres de Vlhija. L'un a trait h la morale économique qu'il ne faudrait pas croire que Gazaliait négligée, mais où, au contraire, il a fait preuve d'une pondération, d'un sens pratique tout k fait admirables chez un mystique; il s'ag'ira dans cet exemple des devoirs des contractants. Un autre sera relatif à un joli sujet que les moralistes de tous les temps ont étudié, et qui, en conséquence, permettra de mieux discerner les qualités personnelles de notre auteur comme moraliste, je veux parler de l'amitié. Enfin notre troisième e.xemple portera sur l'analyse d'une disposition intime de l'ème, d'un vice important et tout intérieur dont l'expérience ne manque à nul homme, l'orgueil. Ces exemples seront complétés par ceux que nous donnerons dans le chapitre de la Mystique, car, chez Gazali, la|morale et l'ascétisme se soudent us discontinuité.

Les devoii-s des contractants '. Tout d'abord, la position prise par notre imam en morale économique est très raisonnable et très claire. La richesse en principe est un bien; la recherche du gain par des voies légi- ,times est permise. C'est le Coran le premier qui le nve, par des mots tels que ceux-ci : " Nous avons du jour l'instrument de votre vie » (LXWIII, 11),

"est l'objet da \fm lll de U gcconde partie de X'Ihya : •> des » DKeurii dans le gain et II recherche des choKS nécesMlre» i la Tk. «rtan. Il, [1. 39 el SUIT.

ml : - répandez- vous sur la terre, et rechci-choz les don de la faveur divine » (LXII. 10), mots tjui montrent qu Dieu tient pour des biens les ressources de ce monde Des paroles conçues dans le même sens ont été cotiser vées par la tradition : « Celui qui recherche les biens d ce monde, eslril dit, d'une manière licite et honorohlc parzèle pour sa famille, et pour être propice à ceux d sa maison, rencontre Dieu. " l'n jour, le prophète et s compagnons virent un jeune homme robuste et foi qui travaillait avec ardeur. « Malheur à lui, dirent le compagnons du prophète; si du moins il dépensait» jeunesse et ses forces dans le sentier de Dieu! — Ni parlez pas ainsi, repartit le prophète. S'il travaille poui lui-même de façon à ne pas être dans le besoin et ne pa se trouver à charge au\ autres hommes, il est dans l sentier de Dieu ; s'il travaille pour des parents infirme ou lies enfants en bas Age, afin de les sustenter et d les enrichir, il est dans le sentier de Dieu ; mais s'il tra vaille pai' orgueil et par avidité, alors il suit le seatierd Satan. » — Cette anecdote, qui laissebien voir quel est ffl notrematière le point de vue de l'orthodoïie musulmane découvre aussi la théorie de l'i ntentio n déterminant l valeur des œuvres, que nous retrouverons en mystî que, — On rapporte encore que Jésus i-encontra 1 homme et lui demanda : Qu'est-ce que tu fais? — Je n consacre à la piété, dit l'homme. — Qui te nourrit? - Mon frère a soin de moi. — Ton frère, repartit Jésus, es donc plus pieux que toi.

Le comuiorce éljiiil ainsi justifié d'une faron générale.

LA MORALF..

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ivient d'eu fixer les règles. C'est à quoi s'applique notre ilocteui", eu suivant une méthode d'exposition très bunche et très libre, sans plus s'appuyer sur des textes Itacrés ni sur des autorités traditionnelles, mais avec le Seul souci de la logique, et du lion sens. Examinons un icu cette théorie ou la morale s'unit au ilroit. Elle est importante si l'on désire checcher A quelles écoles mnnles Gazali se rnttaclie.

Il y a dans tout contrat.dit te docteur', trois éléments : a pereonne qui contracte, l'objet du contrat, et la parole qui le définit. Pour que le contrat soit licite, le contractant, soit ici le cuiiiuierçant, ne doit être ni enfant, ni esclave, ni dément, nî aveugle, en d'autres termes, il ne doit pas être incapable. L'objet du contrat, c'est le bien gui passe de l'un des contractants  l'autre, soit le prix Se la chose achetée, soit cette chose même; cet objet ne ioit pas être une chose impure, comme un chien ou un lOrc; il doit être utile ; ainsi un ne peut vendre légitimelent des reptiles ou des serpents qui sont nuisibles, nais oa peut vendre un rat n\usqué. Il faut en outre que Pobjet vendu soit possédé par le vendeur; par exemple ^n ne saurait acheter de l'épouse le bien de l'époux ni prerseuient. non plus que de l'enfant le bien du père e «ont là des marchés illicites, dont on a malheureusepent, ajoute Gazali, de fréquents exemples dans les bail faut <pie l'objet puisse être livré eiTectivement t înfégralement ; par exemple un ne peut pas vendre

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