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comme toi-même; mais le plus parfait est de le traiter mieuï que toi-même. C'est ce ([ue lit un soufi qui, con- Hamiié k murt par le Khalife en uiônio temps qu'une froupe d'amis, demanda à mourir le premier en disant ; il me plairait que mes amis vécussent après moi. Ce mot fut la cause de leur salut k tous, — En général, tu dois connaître le besoin de ton frère sans qu'il te le dise, et l'assister sans cpi'il le le demande : " Qup son besoin te soit comme le tien propre et plus sensible encore. »
La langue, dans l'amitié, doit tantôt parler et tantôt doit se taire. Qu'elle se taise sur les fautes de l'ami en son absence conmie en sa présence; qu'elle se taise dans la dispute contre lui et ne parle pas pour le contredire; qu'elle ne soit pas inquisitive et ne le harcèle pas de questions sur son état intime, car souvent il lui serait pénible de répondre. — N'est-ce pas délicat et d'une grAce tout à fait chrétienne ? — Qu'elle se taise encore sur le secret confié par l'ami, même devant les autres amis les plus intimes; qu'elle se taise dans la critique de ce qui le touche et de ce qu'il aime; qu'elle se taise en générai sur tout ce qui pourrait lui déplaire. Qu'elle parle au contraire pour communiquer à l'ami des souffrances secrètes, pour lui révéler les préoccupations et les soucis du cœur, pour lui faire part aussi dos joies et l'y associer. La fraternité signifie le partage des joies et des peines. Une parole communicative échauffe l'amitié; votre affection pour votre ami grandit quand vous savez qu'il vous aime; et dans ces entretiens intimes l'amitié s'accroît des deux parts.
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L'amitié requiert aussi k- pardon mutuel des offense et lies fautes. Ellecomporto enlin une absolue couGancr. La promesse reçue d'un ami (le c^/a l, par exemple la prwmcssc qu'il prendra soin des enfants de son ami après sa mort, suppose la certitude que l'amitié durera jusqu'à la mort, et se reportera sur les enfants. L'amitié véritaMo a sa lin dans l'autre ne, et si elle devait s'interrompre à la mort, l'œuvre en serait sans récompense et la peine perdue.
Toute la puissance de Gazait comme moraliste parait dans sou étude sur l'orgueil '. le dernier exemple que nous nous proposons de donner.
Gazali distingue l'orgueil intérieur et l'orgueil erférieur.L'intériem' est une disposition de l'âme, rextêrieut résulte des actions des membres. Au premier seul convient vraiment le nom d'orgueil {kièr); le second doit s'appeler c superbe n (le/cabbiir). — Que le léger embarras que nous cause la traduction de ces deux fermes, nous soit une nouvelle occasion de faire obser\er combien la langue arabe est apte à l'analyse pbilosophiquc, puisqu'un simple changement de forme apporté à une racine verbale lui permet de ditférencîer un état de l'Ame de l'habitude physique qui lut correspond. — La racine est l'orgueil intérieur. C'est une accoutumance ft se voir plus haut que ce par rapport à quoi on s'enorgueillit. L'orgueil requiert en clFet une chose dont OD
1 Le li*re sur " l'ontoeil et U superbe » esl le neuvkme de la Iroiûtme parUe. Ihna, 111, (i. 'is'i et siiiv.
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LA MORALi!,
s'enorgueillit et une par rapport à laquelle ou s'eiiorpucillil. C'est ce qui le diffironcic du coutentement de soi {'odjb), car celui-ci ne reijuiert que son sujet : l'homme satisfait de soi, fAt-il seul au monde, se trouverait encore admirable, au lieu que l'honinie orgueilleux ne l'est que par rapport à un autre.
Le pi-ophète a dit : Celui qui a dans son cœur le poids d'un seul zirrah d'orgueil n'entre pas dans le paradis. Car celui qui s'aime soi-même ne peut aimer les autres hommes; il ne peut avoir l'humilité qui est le fondement des vertus des honnues pieux; il ne peut revenir de ses haines : il ne peut persévérer dans l'amitié : il ne sait plus recevoir un conseil ; il ne sait plus s'empêcher de mépriser les hommes ni d'en mé- <lire. Il n'y a point de vice que l'orgueilleux ne soit forcé d'avoir, et c'est pourquoi il ne peut pas entrer dans le paradis. — Ne reconnatt-on pas là une remai-quahle analyse des effets de ce que la théologie chrétienne a appelé un péché capital?
Les personnes au-dessus desquelles l'orgueilleux se place sont ou Dieu, ou les prophètes, ou le reste des honiuies. L'homme a été crée injuste et ignorant. Aussi se préfére-t-il tantôt à la créature et tantôt au créateur. Il y a donc trois degrés d'orgueil selon l'objet auquel rorgueilleus se compare. Se préférer à Dieu est la plus abominable espèce d'orgueil ; celui-là n'a d'explication que la pure démence. C'est celui de Nenirod qui voulut engager la lutte contre le Seigneur des cieux, celui aussi des Pharaons. Se préférer aux pro-
plictes peut venir soit d'un inantjue de réflesioii, soi d'un défaul d'obéissance et de soumission. Se préférer aux autres hommes, se niotti-e au-dessus d'eux, lei déprécier, c'est un péché inférieur aux précédents, mais encore grand de deux manières : en ce que i"orgueilleux méconnall la seule véritable grandeur qui ne se rencontre que chez le Seigneur tout-puissant, et en ce qu'il est incapable de rendre justice aus autres hommes et de reconnaître la vérité dans la bouche^ des serviteurs de Dieu, C'est la disposition d'esprit de» hypocrites et des impies.
Et <{uant A ta chose dont on s'enorgueillit, elle Pït de sept sortes : C'est d'abord la science. Le danger de la science est la superbe, a dit le prophète. Le savant est «xposé à s'attribuer à lui-même la beauté et la perfection de la science, à s'estimer soi-même ot à regarder les autres comme des sots. Il attend qu'on le salue; et si quelqu'un le salue, ou se lève devant lui ou prononce une invocation en son nom, il considère que ces hommages sont encore pour celui qui les lui rend une grâce dont il lui devra de la reconnaissance. On lui fait des faveurs et il n'en rend pas ; les hommes le visitent et il ne les visite pas. Il les prend pour ses domestiques et pour ses salariés. On devrait appeler de telles gens ignorants plutôt que savants ; car la vraie science consiste à se cornialti-e soi-même et à connaître son Seigneur, et cette science-là s'acquiert par l'humilité. Si l'on demande pourquoi la scieuce porte certains hommes à l'orgueil, c'est d'aljord parce que ceux-ci ne cultivent
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pas ce qui eut la véritable scîcnci?, mais plutôt des métiers comme le calcul, la mathématique, la philologie, la poésie, et en s'empUssant clc ces conuaissauces, ils s'enllent d'orgueil; la vraie science est celle de la piété et du service de Dieu; c'est ensuite parce qu'il» J abordent la science dans un état d'impureté intérieursl et avec des dispositions mauvaises, sans s'être au préalable préoccupés de nettoyer leurs flmes de leurs souillures. Aussi les fruits qu'ils produisent ne sont-ils pas bons. La scii'nce est comme la pluie qui descend du ciel, douce et claire; les arbres la boivent de leurs racines et ils la transforment selon leur nature ; ceux qui sont amers la changent en sucs amers; ceux dont la nature est douce, en sucs doux. De même la science produit chez les orgueilleux des fruits d'orgueil et chez les humbles des fruits d'humilité.
Le second objet de l'oigueil ne manque pas de piquant : c'est la piété. Les hommes consacrés à la piété, dit Gazali, ne sont pas non plus exempts d'orgueil; l'orgueil distille d'eux tant dans les afTaires de la religion que dans celles de ce inonde. En ce qui cou- [ . cerne les affaires de ce monde, Us trouvent lion comme les savants qu'où leur rende visite, sans se croire obligés de visiter eux-mêmes les autres; il ne leur déplaît pas qu'on se lève devant eux dans les assemblées, pour les honorer ou leur rendre service; ils aiment que l'on rappelle leurs abstinences, leura dévotions, les victoires qu'ils remportent sur leure sens. II leur semble que leur dévotion est un bienfait qu'ils font
aux créatures. En matière religieuse, ils se ropréseï tent les autres boranies comme se perdant ot eu! mêmes se sauvant; cependant, dît Gazali, ce sont ei qui se perdent en se mettant en avant des autres ouliUant la crainte de Dieu; c'est en se rabaissant môme qu'on approche de Dieu ; et l'imam rapporta] une paraliole qui fait sons'er â celle du publicain Un homme qui, à cause de ses péchés, était apptl l'opprobre d'Israël, passa à côté d'un autre qu'oc ap^^ pelait le dévot d'isracl, et qui était assis, la tête onH, bragée d'un turban. Le premier so dît : Je suis l'op' probre d'Israël; si je m'assois à cOté de ce saînl, peut être que Dieu aura pitié de moi. Maïs l'autre dit: h suis le saint d'Israël; comment me laîsserai-je approcher par ce pécheur? Et il le renvoya avec dédain, il fut révélé, ajoute Gazali, à un prophète de ce ten^ que Dieu fit miséricorde au pécheur et laissa les œuv du dévot sans récompense. Cela prouve que Dieu regarde que le cœur. Le pécheur qui s'humilie eA plus obéissant à Dieu que le savant et l'ascète orgueilleux. L'homme vêtu de bure a souvent plus d'or^ que l'homme couvert de vêtements brodés, car celuis'incline devant le i-elîgîeux et se croit inférieur àluî. uu lieu que le religieux se croit lui-même supérieur. Les autres sortes d'orgueîl que cite Gazali sont l'or* guetl de la naissance, celui de la beauté, ceux de ^a^ gent, de la force physique et des relations. L'orgueil de la naissance persuade à l'homme bien né que le* autres sont ses valets et fait qu'il répugne à les fré*
u\ UOnALE.
queuter; il traite les autres de Nabatéeus, d'Indiens, d'Arméniens, et il leur dît ; qui êtes-vous et d'où sortezvous, et comment osez-vous lever les yeux sur moi? Un homme noble se vantait ainsi devant" Moïse, et disait : Je suis un tel, fils d'un tel, jusqu'à la neuvième génération. Mais Moïse l'interrompant repartit : Tous ceux-là sont gens d'enfer, et tu os le dixième. L'orgueil de la beauté se rencontre surtout chez les femmes. L'orgueil de l'argent se trouve chez les princes qui sont fiers de leurs trésors, chez les niai-chands, qui le sont de leui-s commerce, chez les chefs de tribus, orgueilleux de retendue de leurs terres, chez les courtisans, les beaux qui se vantent de leurs vêtements, de leurs chevaux et de leurs chars. Tous ces gens-I& I méprisent le pauvre et lui disent : Qui es-tu, misé- ' rable, et qu'as-tu? Je pourrais t'acheter avec tout ce que tu possèdes. Les seules tentures de ma chambre valent plus que tout ton avoir, et je dépense en un jour plus que tu ne manges en un an. — Cette sorte d'orgueil — qui est encore bien moderne — vient, dit Gazuli, de l'ignorance où sont ces hommes de l'excellence de ia pauvreté et dos dangers de la richesse.
Mais Gazali n'est pas seulement un psychologue qui se complaît à diagnostiquer les maladies des Ames; il est vraiment moraliste, en ce qu'il en chcrciie les remèdes. Pour guérir l'orgueil ' on peut chercher d'une part h l'alleindre à la racine, de l'autre à en écarter