‹ GazaliChapitre 43 sur 102 · Ihya.Ul, p. 2V · texte numérisé non relu

Ihya.Ul, p. 2V

les causes. Les causes, sont celles qui viennent d'ëlre acalyséès; déjà Cazali, en les indiquant, en a laissé sentir les vices, et il est inutile que nous nous éteudiou davantage sur ce point. Quaut à la manière d'atteindre l'orgueil en son principe, elle consiste à " se connaître Hoi-infime et à connaître son Seigneur ». Cette formule est chère à notre docteur; c'est le gnétî seautoii des Grecs, amplifié par une pensée religieuse. Qui se connaît sot-niôn)e se sait plus vil que ce qu'il y a de plus vil, plus petit que ce qu'il y a de plus petit ; et qui connaît son Seigneur sait que l'estime, la louange et l'eialtation ne conviennent qu'à lui. Cette connaissance-là est la somme de la science mystique. Que l'iiommo considère donc lui-même el considère ses destinées. A l'origine le premier homme n'était rien; il était dans le sein du néant; et quoi de plus méprisatjtc quels néant? Dieu le façonne de la plus vile matière, la boue, et il le fait passer par une succession d'états que mentionne le Coran, la goutte de sperme, le caillot àt sang, remlii7on; il consolide ses os, il les recouvi-ede chair, et alors seulement l'homme devient quetijun chose de nommable, mais encore n'est-il semliUl)!^ qu'à un cadavre; il ne sent pas, ne se meut pas. n* parle pas, ne saisit pas, ne comprend pas; il commenc* par être mort avant de \'ivre, par être faible avant c jouir de ses facultés, par fiire Ignorant avant d'ncqtErir la science : où est la gloire de tels commence ments? Cet être ainsi produit n'est maintenu à l'êt ; que par la volonté de Dieu, et tandis qu'il vit, il ^

asHailii par les maladios aitreuscs. par les souiïrances opprimantes, par les pi'-rJls iiiultiplos et le conflit entre les humeurs contraires du corps qui se détruisent l'une l'autre. Qu'il le veuille ou non, il a faim, il a soif, il pâlit, il meurt. Il n'est uiaitre ni de ce qui lui est utile, ni de ce qui lui est nuisible. 11 veut savoir et il ignore, il veut se souvenir et il oublie, il veut oublier et le souvenir pénible ne cesse d'obséder son esprit. Son cœur n'est pas maître de son cœur; son Ame n'est pas maîtresse de son Ame. Il désire une chose et c'est sa perte; il en fuit une autre, et ce serait son salut. Il a du goùf pour ce qui l'empoisonne ; il a horreur de ce qui le guérit. A tout instant du jour et de In nuit, il peut craindre de perdre la vue ou l'ouïe, d'ôtre blessé dans ses membres, d'être atteint dans son intelligence, d'être privé du souffle même. Il ne possède rien avec sécurité, ni en lui ni liors de lui. Quoi de plus misérable que son état? Et sa lin est la mort, qui lui enlève tous ces biens si précaires, qui le ramène comme à ses débuts, à n'avoii" plus ni sentiment, ni mouvement, ni pouvoir, le dépouiUc de toute forme et le réduit de nouveau à n'être qu'une chose sans nom, immonde et fétide, comme il était à son commencement. — Je ne sais quel docteur chrétien liésiterait à signer une telle page; et " cette chose qui n'a point de nom » n'estce pas un mot de Tertullicn qu'a répété notre Bossuet?

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Gasali m; fui pas dépassé en Orient dans la philosophie morale; k peine sais-je s'il fut imité. Il lui arriva la même chose qui était arrivée à Avicenne; l'ampleur et la perfection de son œuvre réduisirent ses successeurs au silence. Il avait atteint le sommet où sa nation pouvait monter. Il était un point maximum, uu terme; l'islam y est resté jusqu'aujourd'hui.

Deux causes empêchèrent <lans les nations musulmanes le développement des études psychologiques : la condition dr la fgmme rendant impossible les délicates études de sentiment auxquelles fut consacré en Occident le genre si populaire du roman; et l'absence dans la religion mahométane de l'usage de la c onfessjon auriculaire . Cette psychologie si raffinée et si habilement ordonnée que l'islam, dans notre onzième siècle, avait apprise du christianisme, et qui avait ses principales racines dans la pratique de la vie ascétique, cessa de se renouveler lorsque les Croisades eurent rompu les relations entre l'islam et le monde chrétien. L'on doit croire que les mystiques musulmans, privéa d'un secours étranger, ne réussirent pas seuls à connaître tous ces scntnuentit que décrivait la théorie de l'ascèse; cette théorie resta donc immobilisée comme la religion à laquelle elle s'était accolée, pour ainsi dire ■e et sans sève.

Le gem'c des sentences, des proverbes et des dictons,

LA MORALE, ltl7

fort en hoaaeur pn Orient dès l'époque dos Onieyades, continua à fleurir après Gazali; ileux de ses contemporains s'y distinguèrent, tous deux connus des orientalistes, l'un, surtout érudit et collectionneur de proverbes, Méldani (mort en 518), ' l'autre, fin lettré, grand exégète, fécond écrivain et commentateur illustre du Coran, Zaniakhchari-. Un ouvrage di\ à un auteur de beaucoup plus basse époque, rempli de traditions, d'anecdotes, de vers, de pi-overbes et constituant une encyclopédie morale populaire et animée, a attiré aussi l'attention des savants d'Occident : c'est le Mostatraf d'el-Abclilhi '.

Ce n'est poiu-tant à aucun do ces auteurs que je voudrais consacrer la place étroite dont je dispose, mais plutAt à un autre , beaucoup moins connu comme moraliste, beaucoup plus important cependant à notre avis, et en tout cas plus intéressant au point de vue où nous sommes placés : je veux parler du savant Naslr od-Dln et-Tousi. Nasir ed-Dm de Tous est loin d'être un inconnu en Occident; il a une place, et one fort grande, dans l'histoire des sciences; on a souvent raconté comment il aida les conquérants

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