Loc.eil,, vhaji, v, p, i^i
ployant une comparaison éeralenient familière aux Philosophes et aux ascètes, il appelle les vices des u maladies de l'Ame », et il s'occupe do les traiter, d'une manière raéthofUque, en partant de leui-s définitions.
« Sur le traitement des maladies de l'âme ', c'est-àdire sur la manière de corriger les défauts. » he même que dans la médecine du corps on combat les maladies par leurs contraires, il faut aussi dans la médecine dos Ames combattre les maladies par leurs contraires. Nous avons dénombré les vertus et énuméré les vices qui sont aux deux extrémités de chaque côté des vertus: comme donc il y a quatre vertus, il y a dans ce système huit vices, ni plus ni moins, se contrariant deux à deux. Ce n'est pas ici le vice qui est le contraire de la vertu, mais le vice jiar défaut qui est le contraire du vice par excès . — Selon cette conception, on corrigerait donc un vice en s'aJdant du vice opposé. Mais la théorie reçoit ensuite une exposition plus complète :
Il faut savoir que la méthode pour le traitement des maladies de l'âme consiste d'abord k distinguer ces maladies, ensuite à conualtre leui-s causes et loui-s si^es, en troisième lieu à. s'occuper de leur traitement, l^s maladies sont le déranirement des humeurs de leur état d'équilibre : le traitement consiste k rétablir cet équilibre. Comme les puissances humaines sont de trois sortes ainsi que nous l'avons <lit : faculté de discernement, faculté d" répulsion, facullé d'attraction, le déraiifrenieut
t?2 GAZALI.
Je CCS puissances peut se produire de deux façons ; pfif" un trouLlc dans la quantité, par un trouble dans la qualité; c'est-à-dire par un excès ou un défaut survcnaul à partir de l'état d' (équilibre de la puissance, ou par une corruption dans la nature de la puissance même.
il y a donc trois espèces de maladies : l'excès, le défaut et la corruption. Par exemple, les maladies de la force répulsive sont la colère par excès, la lAcheté par défaut, la crainte par corruption. — On le voit, le système est d'un style tout scolastîque ; et ce défaut que nous signalions plus haut connue dérivant d'une recherche exagérée de la symétrie apparaît dans cet exemple : nous sommes embarrassés pour voir la différence entre la Iflcheté et la peur. Écoutons encore ce que notre philosophe dit de la colère :
Un mouvement de l'&me ' est le principe de cette passion. Quand ce mouvement se produit avec violence, , le feu lie la fureur s'allume, le sang bout; le cerveau et les artères s'emplissent d'une vapeur qui les obscurcit; l'intelligence se voile et son action s'alTaiblit. C'est, pourquoi des sages ont dit : le cerveau hnuiain dans la colère est comme un antre de montagne empli de feu; d'entre la flanmic et la fumée, il n'en sort plus que des cris et des hurlements, et de tous côtés rayonne la lueur de l'embrasement. Quand J'honmie est en cet état, apaiser et éteindi-e ce feu est fort difficile ; tout ce qa'oo emploie dans ce but ne fait qu'en augmenter la fureoF
. Loe. cil., p. 239 el si
LA HORALR. 173
et redoubler la violence do l'incemlie; essaye-t-on des exhortations, la colère devient pire ; tcnte-t-on d'amener le calme. le feu brûle plus fort.
Les circonstances de la colère varient d'nilleui's avec le tempérament des gens et le niéian^'e de leui's huraeui-s. Il y a des tempéraments semblables a la composition du soufre ({u'enllamme la moindre étincelle, d'antres pareils à riiuile d'olive qui s'allume plus (Ufficilement.
La colère doit être traitée dans ses causes; et notre auteur compte dix de ces causes, dont plusieurs ne nous gemblent <lilFérer que par des nuances; c'est à peu près l'orgueil, la raillerie, la perfidie, l'entêtement, l'esprit de vengeance. L'orgueil est une opinion fausse qui réside dans l'Ame, car rorg:ueilleux se considère comme digne d'une exceptionnelle estime et il se trompe ; qu'il jette les yeux sur ses défauts et qu'il regarde les autres créatures, et il verra que le mérite est fréffuent parmi elles. Qui se compare aux autres ne s'enorgueillit pas. 1^ vaniteux est lier de choses qui lui sont extérieures, avantages fragiles, de la durée desquels il n'est pas sûr. Il se vante de sa fortune ; mais qu'est-ce qui le garantit contre les voleurs? 11 se vante de sa naissance ; mais supposons que cet ancêtre dont il se glorifie apparaisse devant lui et lui dise ; ces mérites dont tu tires gloire sont les miens; où sont ceux qui t'appartiennent en propre? à une telle question qu'aura-t-il à répondre? L'esprit de contestatiou et de dispute détruit l'amitié, engendre la haine; or l'amitié et l'amour sont les ressorts du monde, ainsi qu'il est exposé en un autre chapitre do cette mo-
raie. Cos deux défiiuts sont dtiuc les [ilus destructeurs, parce qu'ils ruinent l'ordre du monde. L'esprit de vengeance consiste dans la peine que l'on éprouve à supporter l'injure; l'homme intelligent ne se venge pas avant de s'Être assure que de la vengeance ne sortira pas un dommage plus grand ; il apprend par là à apprécier la douceur. La raillerie est permise, mais à condition que l'on en fasse un usage modéré; beaucoup d'hommes commencent à plaisanter sans mauvaise intention, puis ils passent les bornes et fout jaillir la colère. L'infidélité, la perfidie ont mille formes; on les rencontre dans les affaires d'argent, de préséance, d'aniitié, d'amour; aucun homme ni aucun peuple n'est tout à fait exempt de ce défaut ; mais il se rencontre le plus chez les Arméniens et les Grecs, tandis que la fidélité est le plus conunune chez les Turcs. L'aviihté, la passion des objets rares est un vice des hommes puissants; elle les pousse à de grands crimes.
Le traité de Naslr ed-Dln Tousi a donné lieu à de nombreuses imitations, dont la plus répandue est le Akhlâgv- Krkhifi, et que débitent aujourd'hui les hbraîres de l'Orient.
CTL\PITRE VII
tA MVSTIQIE AVA.NT GAZALI.
La mystique musulmane ne sort pas du Coran; cela est visible du premier coup, el nous lavons suffisam- ' ment observé ailleurs'. La mystique que l'on rencontre dans l'islam a donc des sources (étrangères à l'islam, et dont on voit tout d'abord qu'elles ne peuvent être cherchées que dans le christianisme, dans la philosophie grecque, dans les relig'ions de l'Inde ou de la Perse el accessoirement dans le judaïsme. Or on constate qu'en fait toutes ces influences ont agi dans la fomiation de la mystique musulmane ; d'où il suit que 1 '(-numération de ces sources fournit, ainsi que nous l'avons laissé entrevoir en traitant de la morale, une classiticatiou sûre, immédiate et commode de cette énorme littérature qu'a
i engendrée dans la religion de Mahomet l'étude doctrinale et expérimentale de la niysticpie.
La principale doctrine mystique qui s'est introduite dans l'islam et tpii y a pris le caractère orthodose, a
I. Voir It Miiliomr'tisme, [inriiiTe parlii-, dernière secliou.
i'C);u le nom Je Sou/isine. Nous allons traiter du soufisme avec quelque iltl-veloppement, et nous ferons voir que la doctrine ascétique ado|»tée par le soufisme, doctrine très précise, (rés cohérente et ti'ès constante, n'est autre que celle de l'ascétisme chrétien, dans toute Is partie où celui-ci était compatible avec les dogmes et les prÎQ- J cipes essentiels de l'islam. L'influence chrétienne a donc produit le plus large courant dans la littérature mystique des Musulmans. — L'n autre grand courant a été produit par la tradition néoplatonicienne. Nous avons vu, en parlant des Philosophes, conibienleur métaphysique était imprégnée de mystique, et comme cette mystique se rapprochait de celle du néoplatonisme. Nous montrerons que, d'une fa^on encore plus expresse, l'influence dominante du néoplatonisme a douné nais* sance dans l'islam a une doctrine proprement mystique, celle de l'illumination ou de l'icAmjj doctrine importante et qui paraît avoir eu une assez vaste action, mais qui ne parvint pas à se faire agréer par l'orthodoxie, et à cause de cela l'ut contrainte de se cacher. — Les religions de l'Inde et de la Perse n'eurent pas dans la mystique musulmane ime influence aussi grande qu'on eût pu l'attendre tout d'abord. Les traces les plus sensibles de cette influence doivent être cherchées soit dans certaines sectes, comme celle des Ismaéliens, tellement hérétiques quelles n'appartiennent plus à proprement parler au monde musulman, soit dans les formes erférieures de l'ascétisme, dans les pratiques employées par les religieux pour parvenir â l'extase; mais ce der-
r-V MYSTIQUE AVANT (iAZAM. 177
nier sujet, pour être étudié d'une façon acientifique, exigerait le coucours des sciences médicales; nous ne saurions nous en occuper ici. — Enfin le judaïsme eut, par la Kabbale, une influence uotaMe sur la mystique musulmane; mais cette influence fut tardive, elle eut un caractère fort peu philosophique; nous nous abstiendrons d'en traiter dans ce volume.
En résumé, abstraction faite de la science kabbalistique des lettres, nous voyons que des trois grandes influences qui ag'irent sur la mystique musulmane, les influences indienne, jirrecqiie, chrétienne, la première, l'indienne, ou resta extérieure, ou arracha complètement à l'islam ceux qui la subirent au fund ; la seconde, ['influence frrecque. ayant agi sur des esprits <listingués, fit d'eux des donii-hérétiques et dut être célée ; la forme de mystique qui devint orthodoxe est donc à base chrétienne. Comme corollaire de ce thème nous ajouterons que la mystique musulmane orthodoxe n'est pas panthéiste.
Le soufisme se fit jour assez tard dans l'islam; il ne parvint à une certaine maturité qu'au moment où se constituèrent les grandes doctrines, soit & la lin du second siècle de l'hégire. Son nom môme ne remonte pas i l'origine de l'islamisme. Au début de cette religion, les hommes qui se consacraient aux œuvres de pénitence et de piété — il y en eut dès l'origine — étaient ippelés zd/jjd ou ' dbtd, ascètes, dévots, quelquefois rdhib, anachorètes. Ces noms désignaient un genre
do vie, mais iiou pas une doctrine ou uni^ omjance déterminée; toute secte se vantait d'avoir ses ascètes^. Le mot iouyî fut employé de mémo au coniinencenieut ; le tcmie s'appliquait aux hommes voués à la vie mystique! mais ne préjugeait rien de leur orthodoxie. Gazali et Suhrawerdi pourront encore parler des faux soufis, et témoigner de l'existence d'une époque où le mot eût dû être pris en mauvaise part, tout conmie le mot Motékallim. Mais à la suite des travaux de ces grands hommes, quand l'orthodoxie eut fixé et implanté ses doctrines, le mot soufi demeura affecté aux mystiques orthodoxes.
D'où vient ce vocable? Les érudits ont discuté sur son étymologie, et les Musulmans eux-mêmes- ont proposé plusieurs solutions de ce problème. La [dus probable reste celle qui fait venir le mot de souf, laine. Le souti, c'est l'homme vêtu de laine, l'homme qui porte la bure, le religieux, l'ermite. Le mot, en ce sens, est chrétien. Le jacobite Abou'l-Faradj ^ parlant d'un empereur byzantiu qui se fit moiiie, dît qu' n il revêtit la laine », labasa es-souf; nous dirions : il prit le froc. Tout ce que nous allons dire du soufisme s'accordera avec cette étymologie, beaucoup mieux qu'avec colle qui voit dans
I, Kocbéîri, t'tiille A étudiée cî-ipri«, r° 11.
î. Sabraivrrdi, 'Aindrif el-Ma'ârif, » un chapjlre sur celle quesUoo; (II. VI, Ihyo, 1, p. 144. — V. une noie de Niildcke dans Zeilscb. d. Deultcb. Morgenl. Geiellscliaft,XL\\li, p. 45 elguifaDlee.
3, V. Abou'l-Faradj, Afitoire de^ Dynattiti, éd. Salbani, p. 323^ et cf. itian -An gens de la laine, ashâb es-souf, «mptoyée par Gazali,
LA MYSTIQUE AVANT UAZALl.
le uiot une transcription du grec saphos, sape. Quaul au rapprochement avec la racine safd, être pui', safwon, pureté, il serait séduisant s'il était tic qufk[ue manière autorisé par la grammaire.
Le premier homme (jui porta le nom de soufi parut dans l'islam vers le milieu du second siècle de l'iiégire '. C'était uu religieux du nom d'Abou HAcbim doul on ne \ sait à peu près rien, sinon qu'il serait mort en 150, et i qu'il aurait établi à Rainlab, en Syrie, le premier monastère pour les souHs. Mais quand même ce personnage .etU fondé un couvent, imité sans doute des couvents I chrétiens qui ne manquaient pas dans cette région, et quand mémo il eût donné ou laissé donnera ses moines le nom de soufi, il serait encore peu proltable qu'il ait le action personnelle considéraJjie et qu'il doive I être regardé comme l'origine et l'auteur d'im vaste mouvement religieux. Les littéi-ateui-s mystiques, qui ne se sont point fait faute d'entasser des traditions et des i légendes â la gloire des grands ascètes, n'eussent point I laissé celui-là dans l'ombre, si telle avait été son inipor- I tance. Je suppose que le premier homme qui domia l'essor au soulisme est plutôt un autre ascèle, beaucoup i plus connu que Abou Ilftchini, cité par tous les auteurs t musulmans, auquel un attribue des sentences nom- I breuses, et qui fut le fondateur d'un des rites juridiques Ldo l'islam, Sofyan et-Taurî, Sofyan et-Tauri fut contem- I porain d'Abou Illïcbim qu'il connut vraisemblablement. 1. S»aj, KefOhât, t, XII dn U collection des Nolkes etextrailt, p. 372,
180 «AZALI.
Nous le voyons' sexcrcci- à l'ascétisme avec plusieurs compagnons, parmi lesquels on eite une femme, RALiati el-'Adawîah de Bnsrali (morte en 135), et tui autre jurisconsulte, Chéïbah er-Râ.'i de Damas, qui quitta le monde pour aller vivre en ermite dans la iiiontagTie du Lîbau. Ce personnage fit le pèlerinage avec Sofynn. On lui attribuait des miracles : la pluie tombait, disaît-on, (piand il avait besoin de faire ses ablutions ; un Hou un jour s'humilia devant lui comme le loup devant François d'Assise; l'ascète sermonna la fauve, lui pinça l'oreille et le congédia. Ce Cbéïbah mourut en 158, Sofyan en
La littérature Iiistorique du soufisme est assez abondante dans l'islam, mais malheureusement un peu éloignée de ces origines. Parmi les documents qu'elle fournit, nous citerons les Néfâkdl du poète persan Djâmi, ouvrage achevé on 881, eX composé d'après un ouvrage arabe plus ancien, les générations des Soufis {TabiUjât es-soufieh) de es-Solami de Nlsàbour' , un autre, le livre des générations de Clia'r&ni(A'iV«'A et-tabâqdt et- Kobra) ^. l'épttre [risàlek) de Kochéïri dont nous reparlerons ci-après, et le Mémorial des saints [Tezkereh ievliâ) du poète persan Férld ed-DIn Attar, édité et traduit d'après une version ouïgour par Pavet de