I. Uoanqid, p. i
^i fîAZALI.
tioDnelles, et qui, pnr-ilpssus tout moraliste et ]»sychologue, \-it principalement dans la culture de la sensibilité religieuse un moyen de développer le sentiment (le la beauté morale.
Docteur, Gazali eut h combattre sur le cliapitre de la mystique deux sortes d'ennemis : les sceptiques qui niaient la réalité de l'extase, et les soufis, oublieux du dogme, qui versaient dans le panthéisme.
Il affirma avec une extrême énergie la possibilité d'une science intuitive; et ceci intéresse la philosophie; c'est vraiment là une tliése dcpendsnt de la théorie de la connaissance. Seulement cette thèse est peu susceptible de démoustration ; elle ne peut guère être qu'affirmée. Gazali la défendit du moins avec clialeur et éloquence en particulier dans le livre des Merveilles du Cœur et dans celui de l' Audition musicale et de textase qui sont tous deux des livres de Vlhija.
Il ne manque pas sans doute d'arguments tirés de la théologie, des livres saints et de l'histoire des ascètes, qui peuvent être invoqués en faveur de la réalité de l'extase. Qui croît aux prophètes, dit Gazali ', croit que ce sont des hommes k qui se découvrent les essences des choses et qui ont mission de s'occuper du bien des créatures; rien n'empêche d'imaginer d'autres hommes à qui les mêmes essences se découvrent sans qu'ils soient chargés d'aucune mission. Mais l'argument topique en cette matière est tiré de la théorie de l'exis-
1. CirrideVaui, Gazali, le troilé de la rénovation des sHenee* reiigieute», tiragul part, |i. 3t. d'après le livra des Merveilles du Cwvr.
LA MYSTIQVE DE tiA/.ALt. 205
tence des deux mondes : le moude visible et le monde invisible, le domaine {el-molk) et le royaume {el-malkoui). Le moude visible est pei-ceptiblc aux sens par le moyen des organes corporels; pareillement le monde invisible doit, ôtrc perceptible à l'àme par le moyen d'une faculté de vision spirituelle. L'Ame est empêchée cette faculté à cause des attaches du corps; mais si elle se puriBe des dépendances corporelles, elle libère ses puissances de perception et elle recou- Tre la vision des choses de l'esprit. Il y a donc deux connaissances : une connaissance sensible, une connaissance mystique; l'une œuvre de l'expéiionce phynquc et de la raison, l'autre œuvre de l'ascèse et de la foi. U y a deux portes au cœur, dit Gazali ' : l'une ouvrant sur l'extérieur, c'est la sensibilité, l'autre sur l'intérieur et sur le royaume, c'est l'inspiration, la ibéopneustîe, la révélation. Il emploie aussi cette gracieuse comparaison : Supposons que l'on veuille amener l'eau dans un hasain creusé en terre; on peut l'y amener de sources extérieures au moyen de canaux; mais peut-être si l'on creuse à l'intérieur du bassin, que l'on eu enlève les couches de terre, on arrivera à découvrir une nappe d'eau plus abondante que les sources et moins sujette à tarir. Le cœur est comme ce l)a£siu. La science peut lui ôtre amenée du dehors par les canaux des sens; maïs qu'au contraire l'homme ferme ces canaux parla solitude et la retraite, et qu'il
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creuse au fond dp son cœur en le dcblayant de tous les soins du monde, il y verra jaillir la science qui le remplira tout entier.
Cette science à laquelle on parvient par l'intuition directe est fréquemment inexprimable. Cela ne sîgnilie pas, dit notre imam ' , qu'elle soît illusoire. N'avons-nous pas dans notre expérience une foule d'exemples de choses pensées ou senties et qui ne peuvent ijtre exprimées? Souvent un habile docteur à qui l'on soumet deux questions de môme forme en apparence, aperçoit du premier coup entre elles une différence et sent qu'elles doivent être résolues diversement, quoiqu'il demeure I incapable d'expliquer en quoi cette diii'érence consiste; cela non pas parce qu'il manque d'éloquence, mais parce que la nuance qu'il perçoit est trop délicate et défie toute représentation. Quant aux états d'dme, que de fois n'éprouvons-nous pas en notre cœur un resserrement ou une djlataticm dont nous ne pouvons marquer la cause ; peut-être lui événement ancien nous awa-t-ïl causé de la joie ou de la peine; l'événement est oublié, mais le souvenir de l'impression revient, et ainsi isolé il prend un caractère étrange qui fait que nous ne pouvons en rendre compte. L'bomme qui distingiic avec extrême facilité la justesse ou le défaut d'un vers, ne peut non plus expliquer ce iju'il éprouve à d'autres qui n'ont pas la même faculté.
Il est à remai'quer que cette théorie de la possibilité
1. Macdonalil, Etnolional religion, p. 72B. Traduction du livre de YAvdUioit miuiealeeC de l'exiase.
, SnSTIOlE DE GAZALl.
so-
dé la science intuitive, <^tant généralisée comme nous venons de l'indiquer, semble faire de l'extase une con- Béquence nécessaire de l'ascétisme, et s'i^carle par conséquent de la théorie chrétienne d'après laquelle l'estase est dans tous les cas un (^on gratuit de Dieu. Je ne saurais dire si Gazali est arrivé à formuler d'une manière tout à fait nette sa doctrine sur ce point. 11 eile quelque part 1, pour la combattre, l'opinion fort sensée de philosophes qui. sans nier la possibilité de ce moyen de connaître, disaient qu'il n'était pas pratique et ne devait pas être généralisé ; que beaucoup de ceux qui entraient dans la voie des Soufis, sans y avoir des dons appropriés, y ruinaient leur santé, y ad'aiblissaient leur intelligence et se laissaient leurrer par des fantômes; la moindre étude de science positive les eût instruits davantage et les eût soustraits à ces illusions. Cette opînion-là serait plus proche du point de vue chrétien. Kn définitive il parait bien qu'il faille admettre comme résultant d'une impression d'ensemble, sinon de textes absolument formels, la thèse que Gazali et les soufis orthodosos considérèrent l'ascétisme comme un moyen régulier de parvenir à la science, et l'extase comme devant ftre obtenue, au bout d'un temps plus ou moins long, par les «xercicos de l'ascèse. Ainsi que nous le disions, une telle doctrine ne saurait être imputée au christianisme; l'idée ^e Dieu pourrait être en quelque sorte forcé dans son secret par la persévérance âpre de l'ascète, n'a d'analo- . gue que dans l'Inde.
Carra de Vaui, (iazttli, le Trailéde la réanvalion, p. ïï.
Kii ce qui concciiic les Lendaiices panthéistes ({iiaursit pu avoir \o souBsmc, Gazali pense' qu'elles lienoenl surtout à ce que l'on cherche à représenter par des niob des états inexprimables. Il ne veut pas qu'on parle ni à* résidence en Dieu, ni d'uiiificatiou et de jonction av« Dieu. Il Jette Tanathème sur les pensées impies que ru 'fexpressions^pourraient faire naître dans les osprîtï, sans manifester à cet êg;ard aucune hésitation sur la doctrine. Il établit en somme une théorie modérée du soufisme orthodoxe, qui écarte le panthéisme, qni contient la mystique dans de justes limites, et en fait une beUe écolo de foi humble et de morale pure, instituées l'imitation de l'ascèse chrétienne , à cette différence prè* que nous sig'nalions tout à l'heure, que l'extase panll y être mise à la portée de l'homme. Gazali fixe ainsi, fflir le chapitre de la mystique, à la suite de Kochélri et it l'école achai-itc, l'orthodoxie musulmane, comme, à li suite de la même école, il a fixé la mesure orthodoxe itt la discussion théolog'ique ou Kaidm. précisé la natuit de l'hétérodoxie des Philosophes, afBno la morale et délînitivement formulé le dogme.
Voyons maintenant, au moyen de quelques exemples conunent se présente chez notre auteur celte grsnJ théorie de la mora le ascétique que nous avons dit aïOété empruntée par le soufisme au christianisme. Cet! théorie suppose d'abord la croyance eu la possibilité'!