‹ GazaliChapitre 55 sur 102 · Ikyn, IV, ]i · texte numérisé non relu

Ikyn, IV, ]i

l'nclc (jui le lui a fait perdre; cette irritation est le remords. Quand cette douleur s'est ainsi emparée du cœur, il se produil en lui lui ^tat nouveau qu'on appelle la volonté, peut-être faut-il lire la Lonne volonté, et qui tend à des actes relatifs au passé, au présent et à l'avenir. Quant au présent, c'est l'acte d'abandon du vice auquel l'finie était attachée ; quant à l'avenir, c'est la résolution de ne plus l'econiinencer le même péché jusqu'à la fin delaWe; et quant au passé, c'est l'efl'ort pour réparer le dommage causé par le péché dans la mesure du possible.

Le repentir est obligatoire pour l'homme. Gazalï l'explique longuement et à ce propos il rencontre cette objection: Le regret est une partie du repentir; or le regret est un sentiment que l'homme subit et qui ne dépend pas, comme la résolution, de sa volonté. Comment donc une chose en laquelle l'homme est passif peut-elle être dite obhgatoire? — La cause du chagrin, répond l'imam, est la connaissance de la perte de l'objet aimé le chagrin suit nécessairement cette connaissance; c'es donc celle-ci qui est obligatoire. D'ailleurs dire qu'elle est obligatoire ne signifie pas que c'est l'homme qui la crée et la produit en lui, car tout est créé par Dieu ; l'acte volontaire lui-même est créé par lui; toutes les parties qui constituent un acte étant créées, l'acte en résulte. Il est bien clair qu'en cet endroit Gazali dévie un peu de son sujet, troublé sans doute par le sentiment sourd d'une force mystérieuse que sa théologie pourtant é\ite de nommer : la grAcc.

LA. UVSTIOL'E DE OAZALI.

Nous venons de reconnaiire dans les i|ue!(]ucs phrases que nous étions en train de citer des façnns de parler habituelles aux Mot^^kallim ; l'étude du repentir soulève une autre nuestion qui a préoccupé à la fois k's Motékallim et les Hotazélites et sur laquelle ils ont émis des opinions contradictoires ; celle du degré que le pécheur occupe dans la foi. Cette science qui est propre au repentir, dit Gaznli, n'est pas une science spéculative sans rapport à aucune action; c'est une science pratique, une science qui pousse à un acte; dès l'instant qu'elle existe, l'attente de cet acte ne saurait être frustrée. Puisque la connaissance de la nocuité du péché pousse à. abandonner le péché , celui qui ne l'abandonne pas n'a pas en réalité celte connaissance ; il n'a pas foi en cette nocuité. Le malade à qui le médecin a dit : ce breuvage est un poison mortel, et qui l'absorbe, ne croit pas à «on médecin. Le croyant en état dépêché n'a pas la foi sur le point où il pèche. La foi est comme un homme avec ses membres. Le croyant qui n'a foi que dans la parole du témoignage unitaire : « il n'y a de Dieu qu'Allah », et dajis celle du témoignage prophétique : « Mahomet est le prophète de Dieu » , et qui pèche surtout le reste, est tel qu'un homme auquel on aurait coupé les extrémités, arraché les yeux, enlevé les organes intérieurs et extérieurs, tout, excepté la racine de l'esprit; il n'aurait que le souffle et serait prêt à mourir. De même le croyant qui n'a plus de vif que la racine de la foi, est t comme raccourci dans toutes ses puissances, et il risque tque l'arbre de la foi ne soit tout à fait arraché de son

314 GAZALt.

Ame, liés que souffleront Ins vents violents, ces vents qui ébranlent même les forts, précurseurs de l'aDgc do la mort. Le pécheur qui dît au fidèle ; je suis croyant comme tu es croyant, ressemble à la cucurbite disant au pin : je suis un arbre comme tu es un arbre. Que le pin répondrait bien s'il disait : tu reconnallras ce que vaut cette association quand souffleront les vents d'automne, quand tos feuilles seront dispersées et tes tige! tranchées; tu comprendras aloi-s ce qui fait un arbre. — Ces choses-là se reconnaissent au dernier-jour. Le cœur même des saints se fend par la crainte do la mort et d» ses terribles approches '. — L'on aper(;oif dnns tout ce passage que l'orthodoxie musulmane a répugné âs'i niilcr la doctrine chrétienne de la grftce, H que, dans cette question si délicate de l'état du croyant coupable de péi'hé grave, elle a tenté de se diriger de son propre chef et de s'ouvrir des voies spéciales.

A la théorie du repentir, dans laquelle se soulèvent, comme nous venons de le voir, des problèmes qui nous ramènent à la théodicée, on peut rattacher une autre théorie aussi simple en principe qu'importante et susceptible d'être énoncée en deux bgnos, celle de l'intention : Toute œuvre a une intention ^, et la valeur dft l'œuvre se mesure à celle de l'intention. « Ceux dont l'intention va à Dieu et à son prophète, dit Gazali, qu'ils aillent ù Dieu et à son prophète; couï qui dirigent leur intention vers le monde, qu'ils aillent du càté où ils se

Page 1