‹ GazaliChapitre 58 sur 102 · Ihya.W · texte numérisé non relu

Ihya.W

L MYSTlOrE VT. GAZALI.

et il lie le désire parfois (][ue lorsque les souffrances de la vie sont devenues excessives.

Après soi-même, l'homme aime ce qui peut prolonger ou parfaire son existence: la santé, la fortune, la famille, les parents, les amis; mais toutes ces choses encore, il les aime d'aLord pour lui; elles emplissent sa vie et la complètent; il est lui-même le motif de cet amour.

Un autre motif de l'amour est la bienfaisance. L'homme procure ou reçoit le bienfait, et sou cœur est créé de façon qu'il aime qui lui fait du hteu et hait qui lui veut du mal; c'est une disposition indestructible de la nature qui l'y force; par elle, l'homme peut aimer l'étranger qui n'a nul Uen de parenté avec lui. Mais cette sorte d'amour se ramène encore à la première, car le bienfait consiste en don d'argent, en secours apporté dans le danger et en autres choses qui ont pour eil'et la conservation ou l'embellissement de l'existence; aimer le médecin, c'est encore aimer la santé.

Une quatrième espèce d'amour est celle où la chose est aimée pour elle-même, non pour le bonheur qui en résulte, ou plutôt celle où la perception de la chose est identique au bonheur. Cela est l'amour véritable, suprême, sur la durée duquel on peut compter. Tel est l'amour de la perfection et de la beauté. Toute perfection est aimée au moment où elle est saisie, pour elle-même; car saisir la perfection est identiquement en jouir, et la jouissance est aimée pour elle-même, non pour autre chose. Les formes belles ne sont pas

aimées uniquement eu vue de la satisfaction >les [lassions, qui est une jouissance, mais pour ta pei-cej)tion dp leur seule beauté, qui eu est une autre. Les eaux eourmites, la verdure ne sont pas aimées parce que l'on en boit ou que l'on s'en nourrit, mais parce qu'elles sont belles. Le prophète aimait les bosquets, les eaux vives, les tleurs, les oiseaux au brillant plumage, les couleurs riches, les dessins Larmonieus. Le beau est aimé pour le seul plaisir que cause sa perception. Si donc Ion prouve que Dieu est beau, on prouvera qu'il est aimable.

Kt ici apparaît le grand problème de la nature du beau.

Sachez, dit tlaznli ', que celui qui est enfermé dans la geôle des imaginations sensibles, croit que le beau et le magnitique n'ont de sens que par rapport aux formes extérieures, par exemple : la beauté du blanc alternant avec le rouge ou celle de la personne humaine. Le genre de beauté qui se rencontre le plus souvent dans les créatures étant le beau visible, et ce que l'on regarde le plus étant l'aspect extérieur des individus, on croit que Ton ne peut pas trouver de beauté en ce qui n'est ni visible ni imaginable, ni doué de figure et de coloris, et que puisque la beauté ne peut être conçue en de tels objets, leur perception ne saurait donner de plaisir, et qu'on ne peut les aimer. Gela est ime erreur évidente. Il est clair que le beau n'est

Page 1