I. Loc. cit., p. 12-24. Il; a
l'œil, et insrin, hommi?.
n jeu de mots sBr anittn, prunelle de
S63 GAMLI.
sont intelligibles et connus sans aucun doute par l'esprit. Ils sont intérieurs en tant qu'ils ne se séparent pas des réalités; d'eux découle toute influence, car ils sont la forme des noms divins ; ils sont extérieurs en tant qu'essences véritables des êtres. Tout être s'appuie sur ces unîversaux qui ne peuvent pas être ôtés de l'intelligence, et qui ne cessent d'y résider dans le temps même qu'ils se réalisent dans les objets externes.
Adam donc (p. 39), c'est-à-dire Adam le grand, khalife et intelligence première, est l'Ame unique de laquelle a été créée l'espèce humaine, conformément à la parole du Trcs-llaut : " hommes, craignez votre Seigneur qui vous a créés d'une seule finie; qui a créé d'elle son épouse, l'amo universelle, et qui a fait sortir de ce couple de nombreux descendants, hommes, c'cslà-dire des intelligences, et femmes, c'est-à-dire des âmes '. "
Dans cette singulière théorie, le lecteur n'aura pas eu de peine à retrouver des thèses de caractères connns : une théorie de genre néoplatonicien sur les universaux, tendant à opérer une synthèse du nominalisme etdu réalisme; une théorie également néoplatonicienne du macrocosme, confondant l'humanité dans le monde, et, par l'adjonction d'un système plutôt giio s tique d'émanation, allant presque à confondre le monde dans Dieu ; l'ébauche d'une théorie des noms divius dans le goût de la
i, p. 2r,i. ParaplirE
I iiilerpréUlion
MVSTiyrEs Aa,^DiiS postérikibs
kabbale; des interprétations des livres saints dans le goût Ismaélien.
Comme exemple d'influence gnostique dans cet ouvrage, nous signalerons un curieux chapitre de christologie, qu'il nous répugnerait d'analyser ici et qui d'aillcui'S n'est qu'à demi philosophique, où l'auteur explique comment Jésus est la vue de Dieu (page 270), comment il descend de Marie et de Gabriel, par quelle puissance il ressuscitait les morts. A ce propos parait cette formule d'un aspect tout gnostiquc (p. 257) : " Tous les êtres sont des paroles de Dieu qui ne s'évanouissent pas, car ils dérivent tous de la parole : sois. » Il faut admettre, remarque Ibn Arabi (p. 258), ou bien que Dieu est au-dessus de sa parole et des quiddités qu'elle produit et qu'il les ignore, ou bien qu'il descend dans la forme de l'être qui dit : sois ; alor» cette parole : sois, n'est que l'essence de cette forme en laquelle Dieu est descendu. Les « connaisseurs (di-if) n, prétend Ibn Arabi, ont soutenu l'une et l'autre opuiion. — L'une et l'autre nous semblent décidément hétérodoxes. La première est l'exagération de celle des philosophes touchant nu Dieu qui créerait le monde sans le connaître ; la seconde est l'opinion gnostique de la création par un intermédiaire ou démiurge avec lequel, d'une certaine manière, Dieu lui-même se confondrait. Que nous sommes loin ici du Dieu volontaire et pensant de (iazali et de l'islam!
Ce système, qui n'accorde au monde sa complète réalité que daua la pensée de l'homme, ne peut man-
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quoi' de doDiier lieu à certaines considérations subjectivistcs dignes d'être remarf|uées. L'on en rencontrera dans le passage que nous allons citer, où il semble bien enseigné que c'est l'esprit qui produit la diversité apparente des choses. Ces thèses sur la procession de la multiplicité par voie subjective sont, ctiez notre auteur, connexes des thèses relatives fi la réunion des antinomies en Dieu, à la synthèse des contradictoires s' opérant dans le mystère divin, Mohyi cd-I)ln ibn Arabi s'exprime a peu près de la sorte :
Dieu ne peut être connu (p. 9i) que par hi réunitin des jugeuients contraires portés sur lui; pour le connaître il faut grouper des antinomies : il est le premier et le dernier, lintérieur et l'extérieur, l'entendant et le parlant. Les choses, dit notre docteur (p. 95-96), faisant intervenir ici la théorie pythagoricienne des nombres, ont été composées, et les nombres ont paru à partir do l'unité selon leur ordre; l'Un a fait exister le nombre, ce qui signifie : Dieu a fait exister le monde ; et le nombre a séparé l'Un, ce qui veut dire : le monde a fait discerner en Dieu la lUversité des noms di\'ins. Le concept du nombre n'est apparu que par le dénombré; dans toute chose dénoinbrable, il y a de l'être et du non-être; la chose est manquante en tant qu'elle tient des sens, existante en tant qu'elle tient de l'intelligence.
Quiconque comprend ce que noua avons dit des nombres, poursuit l'auteur (p. 97) qui va s'entbnçant dans les obscurités mêlées du panthéisme et du subjecti-
[YSTIQUES ARABES POSTKBIF.UHS i
visme, sait que les nier est la même chose que les aflirmer, tle même que Dieu couiiu par voie négative est identique à Dieu connu par voie d'analogie; quoiqu'il y ait une distinction entre le créateur et la créature, puisque l'un est nécessaire et l'autre possible, la chose créante est la môme que la chose créée; la chose créée est la même que la chose créante. La création ne résulte pas précisément d'une îpséité une; elle est plutôt ellemême cette ipséité une, ft en même temps elle est les ipséités multiples. Regardez et cherchez à comprendre. {P. 98) Le fils d'Abraham a dit : ô mon Père, fais ce qui t'a été ordonné; or ie fils est le même que le père ; et le père ne comptait pas immoler autre chose que lui-même, et c'est lui-même qu'il donnait en rançon à lui-même dans un grand sacrifice. Alors apparut sous la figure du bouc dans le monde des sens celui qui était apparu dans le monde de la vision sous la forme d'un enfant, à savoir le fils d'Abraham; encore était-il apparu sous la forme d'un enfant? non pas; mais plutôt dans le concept de l'enfant était Tipséité du père... Adam n'épousa que lui-même. — Cette dernière formule me parait être le chef-d'œuvre d'expression de cet étrange système.
Les formes danslanature, reprend l'auteur (p. 98-99), ne difl'èrent que par le jugement qu« l'esprit porte sur elles. Chaud, froid, sec et humide, la nature réunit tout; elle réunit tout? Non pas; elle est l'identité de tout. Le monde physique, sont-ce des formes dans un même miroir? Non; c'est une forme unique, à savoir l'essence
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divine, dans des miroirs diflërents. Les êtres et leurs états ne sont que par le lieu; le lieu est identique aux ipséités qui résident en lui ; et Dieu se diversifie par ses manifestations dans le lieu, (P. 100) L'ipséilé est une, et elle est la multiplicité. Le Très-Haut est celui à qui appartient la perfection en laquelle est submergée la totalité des choses existantes au dehors, c'est-à-dire des particuliers, et des rapports non-existants, c'est-à-dire des universaux,
(P. 69) C'est parce qu'il est impossible d'ordonner ensemble toutes les formes du monde qui sont des particuliers sans fin, que l'on ignore la définition de Dieu; on ne connaîtrait sa définition qu'en connaissant celle de chaque forme, ce qui est impossible. La meilleure manière rationnelle que l'on ait de connalti-e Dieu est d'unir pour le décrire le procédé positif qui consiste à se représenter ses qualités par voie d'analogie (le lechàth), et le procédé négatif qui consiste àdter de son concept les défauts des êtres finis [ie tenzîh). Encore cette connaissance n'est-eile qu'approchée et générale, car une définition de Dieu par voie discursive serait sans fin. Pour se connaître soi-même et pour connaître le monde, il convient aussi de réunir ces deux méthodes contraires ; et cette connaissance, de môme que celle de Dieu, n'est jamais parfaite. Celui qui a le plus de science de soi-même en a le plus de Dieu, selon cette parole : Il Qui se connaît soi-même connaît son Seigneur. »
Mais au-dessus de cette science rationnelle, faible et qui remue avec peine des oppositions qu'elle ne peut
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résoudre, s'iSIève la science des mystiques. Celle-là, procédant par intuition directe, saisit immédiatemeut son objet, et ne le connaît pas par des négations; il ne subsiste plus d'antinomies dans cette connaissance positive; en elle s'est accomplie leur synthèse : (P. 116) " La science de ceux qui possèdent la vérité résulte d'une découverte divine et ne re(,'oit pas la contradiction. »
Il convient de faire entrer dans le groupe de mystiques dont nous nous occupons 'Abd er-Kazzàk de Samark'and, auteur d'un très intéressant traité sur la Prédestination et in libre arbitre qui, naguère traduit par Stanislas Guyard-, a été, je crois, remarqué en dehors des milieux orientalistes. Je ne reprocherai pas à Abd er-Razzflk d'avoir interprété d'une manière toute métaphysique des concepts tels que le trône de Dieu, la Kaaltah céleste, la plume et la tablette qui servent  inscrire les destinées du monde; car nous avons vu que Gazali lui-même avait admis de telles interprétations; mais les explications que donne cet auteur touchant le séjour du décret divin et la manière dont il s'accomplit dans les choses, sont conçues dans un sens trop néoplatonicien pour que l'orthodoxie puisse en être bien sûre. Le lieu du décret divin ne sérail autre,
1. Er-Riiaieh fl 'l-i/adâ wa'l- i/adar, texte, Pari», 1879. Traité de ta prédeitination et du libre arbitre par le docteur sou/i Alnl ar-Raz- ::aq. traduction nouvelle, ISlb; première traduction. Journal asiatiqur, 1873, I. Abd er-RauAk e&l mort en 730; il est ajssi l'auteur d un Tocabnlalre ûes IcrmcB soufis édité par Sprengcr en 1H4S : Abd ur-Aassdf 'i Ûicfiiraar!/ of Ihe lerliniciil lurms ofthe aufiu.
poLii' iioti'o philosophe, que le monde des idées, le monde de l'Intelligence; les types universaux gardés dans le monde de l'intelligence, se niiLnifesteraieat en s'individualisaot dans le monde de l'Ame. Ce point de départ soulève tout de suite des doutes sur la façon dont Alïd er-RazzAk distinguera Dieu du monde, et échappera au panthéisme d'ibn Arabi, et sur celle dont il réservera la liberté de Dieu créateur et évitera de conclure à la nécessité du monde, ainsi que l'école de Gazali voulut y contraindre les Philosophes. En outre Abd er-Razzàk se plaît à employer quelques expressions tirées de la philosophie iUuminative, comme lorsqu'il dit que les anges sont des « lumières victorieuses 11 '; cette habitude de s'assimiler ainsi la terminologie de systèmes réprouvés, ne se rencontre pas d'ordinaire chez les auteurs scrupuleusement soucîeus d'orthodoxie.
Je laisse à qui voudra le soiii de poursuivre l'analyse du traité de la prédestination et de faire le départ des idées qu'U renferme enti'e leurs diverses sources, selon les procédés dont nous avons donné plus d'un exemple, et je m'arrête, préoccupé de répondre à un certain doute qui a pu venir dans l'esprit du lecteur, et dont il se peut qu'il soit plus ou moins consciemment gêné. Si, doit-il se dire, l'islam a admis comme orthodoxes des doctrines que nous ne parvenons pas à distinguer des doctrines hétérodoxes, s'il a admis ensemble des