I. p. de la traduction nouvctlc
MYSTIQUES ARABES POSTElllEUaS
systèmes aussi divergents que ceux d'un Gazali et d'un Ibn Arabi, que faut-il en définitive penser de l'islam lui-même? Est-ce donc une religion qui n'aurait jamais eu de dogme assuré, ce niahométisme que l'on nous montrait figé dans un enseignement immuable? estce un réceptacle de toutes les philosophîes et de toutes les hypotbèses, cette croyance dont ou disait que ses quelques dogmes tenaient dans les limites étroites du plus strict monothéisme? est-ce une religion d'une extrême largeur intellectuelle, cette doctrine que l'on accusait d'atrophier à sa racine la vie de l'esprit? — Je ne croîs pas qu'il faille s'abandonner longtemps & un tel trouhle. Oui, il y a eu, dans quelques régions spéciales de l'islam, des mouvements curieux d'idées, et, par quelques individus, l'islam a fait preuve d'une grande réceptivité ; cela est un fait historique incontestable, qui a été mieux établi dans ces dernières années, et que des ouvrages tels que celui même que nous écrivons peuvent mettre davantage en lumière. La constatation de ce fait doit d'ailleurs faire accorder à l'étude du niahométisme une grande importance pour l'histoire générale de la pensée; et c'est pourtpioi nous avons signalé, toutes les fois que nous l'avons pu, cette intrusion d'idées étrangères dans l'islam. Mais cela n'atteint en rien le fond de la religion musulmane ; cela ne dérange pas dans sa masse le monde mahométan. Il n'y a aucune comparaison à établir entre l'influence qu'ont pu avoir dans ce monde Gazali et Ibn Arabi. La véritable doctrine mystique qui s'y est répandue avec les
caractères d'une franche orthodoxie, nous ne ces»o»de !e répéter, c'est la doctrine issue du christianisme^ énoncée par Gazali. Comment un auteur de genre néo* platonicien te! qu'Ihn Aralù a-t-il pu élre pris pour orthodoxe? L'explication en est probablement aosa humble que simple : il n'aura pas été compris; on aun vu qu'il était écrivain fécond et profond écrivain, et on l'aura admiré de bonne foi. Apparemment la vie d'Ibn Arabi avait été édifiante et il avait acquis du prestige aux yeux du peuple ; c'est bien plus pour leur caractère que pour leurs écrits que certains penseurs hardis avaient été condamnés, ilellâdj et Suhrawerdi Mekttuil furent des agressifs et des violents. Ibn Arabi dut ftre un politique et un prudent. Quel mal d'ailleurs ses ouvrages pouvaient-ils faire aux foules? Le fond leur en était inaccessible; elles ne pouvaient y prendre, dans la pratique, que quelques usages kabbalisliques, tels tjue le culte des noms divins, qui étaient dans le goût de l'époque. De la part des docteurs, l'accoptation il*" ces écrits témoïgne-t-il d'un élargissement intellectuel? Non pas. Un dogme qui est fondamentalement monothéiste ne peut en aucun cas être élargi jusqu'au panthéisme. Bien plutôt cette acceptation témoigne diinf profonde indifl'érence . Kn réalité la phîlosopliie que professait IbnArabin'était plus dangereuse alors : c'étsil une philosophie morte; c'était une traînée suivant un système passé; c'était un archaïsme. L'islam, d'autK part, était achevé; il avait eu ses grands docteurs: les jurisconsultes avaient fixé sa vie extérieure et so-
ciale; Gazali et Suhrawerdi, sa vie intérieure et mystique. Qu'avait-il à attendre encore et qu avait-il à craindre? L'esprit de la Bible, amendé par celui du christianisme, avait définitivement triomphé en lui de Tesprit païen; quelques écrits obscurs n'avaient plus 'le pouvoir de transformer sa nature. Il était un corps adulte, il était mûr; sans plus avoir besoin de se défendre, il se reposait sur lui-môme et il s'assoupissait.