‹ GazaliChapitre 67 sur 102 · SLR LES POETES MYSTIQUES PERSANS · texte numérisé non relu

SLR LES POETES MYSTIQUES PERSANS

Il ne conviendrait pas de clore cette étude sur la morale et la mystique de l'islam, sans évoquer devant l'esprit du lecteur la brillante et glorieuse phalange des poètes mystiques persans. Ce serait commettre une omission grave au point de vue de l'histoire de la littérature et de l'histoire de la pensée , que de ne pas mentionner et louer au moins en quelques mots les cliantrcs de génie qui empruntèrent leurs inspirations à des doctrines plus ou moins semblables à celles que nous venons de rapporter, les Saadi, les Férid ed-Dln Attâr, les Djélal ed-Dln Koumi. Ceux-ci sans doute ne furent pas des docteurs explicites et sdrs, comme les Gazali et les Suhrawerdi ; mais ils furent les décorateurs qui, avec une magnificence royale, revêtirent d'harmonie et d'images plusieurs des idées auxquelles nous nous sommes intéressés antérieurement. Leur analyse ne fut pas aussi pénétrante, ni leur langage aussi mesuré; mais ils chantèrent ce que ceux-là dirent, ils illuminèrent ce que ceux-là décrivirent, et

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ce que ceux-là avaient cherché à exposer et à démontrer, ils le suggérèrent par la magie des vers.

L'on ne doit pas lire un poète comme un docteur, si merveilleux prosateur que soit ce dernier. Je Décrois pas que jamais l'islam ait commis uno telle inadvertance; mais je ncsuis pas certain que les lecteurs occidentaux ne s'ensoient pas rendus coupables, et qu'ils n*aieDt pas parfois cherché dans tes poètes persans le dogmo précis et ferme de la mystique musulmane ; l'on risque, ce me semble, de s'égarer par cette voie; et c*est le souci d'avertir le lecteur autant que celui de rendre hommage à de très hauts écrivains, qui m'a conduit h consacrer à ceu.\-ci quelques rapides réflexions.

Ne dit-on pas en effet le plus souvent, tsnt parmi les érudits que dans le grand public, que les poètes persans furent au fond panthéistes, et que le souGsme qu'ils célébrèrent, a pour but linal l'absorption et l'anéantissement de l'âme en Dieu, comme le bouddhisme, le nirvana? La poésie mystique pei-sane aurait introduit dans l'islam le panthéisme de l'Inde. Une telle opinion ou un tel préjugé ne saurait nous laisser indifférent. Pour que notre thèse de l'origine principalement chrétienne du .souGsme reste debout, nous devons dire si nous repoussons cette opinion ou comment nons l'interprétons, si nous considérons que les poètes persaoa forment dans la mystique musulmane un t,"roupe distinct de cai'acfère indien, ou si nous croyons pouvoir les faire rentrer dans le groupe dessoufis orthoiloxes. C'est vers cette dernière alternative que nous pencherons,

et c'est elle que nous allons tenter de justifier au moins d'une manière approxiiiialîve.

Mais avant de faire cette démonstration, arrêtons-uous devant l'un de ces poètes, qui ne saurait en aucun cas représenter le panthéisme, mais plutôt le scepticisme : le Tameux auteur de quatrains Omar Kheyyam '. Lorsque des docteurs comme Gazali et Teftazâni nous ont parlé d'écoles sceptiques, nous avons mal discerné s'ils en parlaient d'une façon théorique d'après des classifications grecques ou s'ils faisaient allusion à des pei-sonnalités ayant eu vie. En face d'Omar Kheyyam, il ne subsiste plus de doute : nous avons bien affaire à un auteur, et de quel talent, qui vécut par le cœur et par l'esprit la vie sceptique, Je le rapprocherai d'Abou 'l-'Alâ de Ma'arrah, ce poète aveugle de langue arabe, qui, avec moins de liberté cependant que Kheyyam, mieux défendu par la langue persane, avait voulu être, lui aussi, un type d'intcllecluel scepti([ue et discrètement anarchiste-; rûle difficile à jouer dans l'islam et

1. Les Quatrains de Hhêi/am ontétévdités et traduiu en fran(;als par J.-B. Nicolaa, Paris, 1867. Vae adaptalion en ver» anglais par Fftz tierald a obtenu an auccËs énorme en Angleterre; V. Edward Ueron-AUcn, Ed- ^DarJ Fitigeratd'i Bubd'iyâl of Omar Khayyûm loitA tlieir orisinal persian sources. Londres, 1HB9. — Ktieyyam fut condisciple de Nizini et' Molk et de Uaçan ibn Sabbah,

2. Sor ce curieji personnage, nagm^re signalé par Hammer et par Von Krenier, V, Mai^oliouth, The leUers of Abu'L-'Ala dans Anecdola Oxonientia. i89H. onvrage con tenant une importante biographie. Abu'l-'Ala lécut de 363 à 4)0.

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qu'avait en un siècle anU-rieur cs<îuissé A peine le granit poète Molénebhi ',

Savants, KheyyametAboul-'jVlAle furent; le premier, versé dans la science grecque, fut un astronome de valeur, un algébriste inventif, l'une des gloires de la science musulmane'; le second, malgré sa cécité et gMcc à sa prodigieuse mémoire, connut les traditions des Arabes, la légende, l'bistoire; il fut comme styliste un technicien, comme poète un virtuose, en toutes ses œuvres un érudil; Kbeyyam, plus lyrique, sut disjoindre son génie mathématique de son génie littéraire. Tous deux mirent évidemment leur première jouissance dans l'exercice désintéressé des facultés de Tesprit, dans les recherches de la science pure, dans le jeu distingué des mots. Chez tous deux le goût intellectuel atténua le goût moral. Le Coran ne parut point à Ahou'i-AIà le plus parfait chef-d'œuvre littéraire; il fit un écrit qui devait le dépasser, ce qui constituait un défi d'une impiétéetd' une audace inouïes aux ycuxdes Musulmans; les Orientaux ont retenu d'Abou'I-Alâ des vers tels que peux-ci : H J'admire ChoBrocs et les gens de sa religion qui se lavent le visage avec l'urine des bœufs; les Juifs dont le Dieu aime l'odeur des victimes et les aspersions faites avec le sang ; les chrétiens dont le Dieu

1. MoUnebbi mourut en 354. Ses poésies ont élé édilées par Dielerici, Hlvtanabbii carmina, Berlin, 18GI.

ï. V. L'Algèbre d'Otnar el-Khayyaini, éd. cl Irad. Wu'pclie, Piris. ISSi ; avec des renie ignemvnls bibliograptiiiiiicg aux pages iv-tii de la préface.

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