‹ GazaliChapitre 68 sur 102 · SUR LKS POÈTES MYSTIQUES PERSANS · texte numérisé non relu

SUR LKS POÈTES MYSTIQUES PERSANS

subit l'injure et fut crucîtié vivant sans qu'il se défendit; et ces pèlerins venus des contrées éloignées pour jeter des cailloux et baiser la pierre noire. Nous courons de ci, de là, et nous vivons sans savoir comment ; tous les hommes sont aveugles. ■> Klieyyam jugea qu'il était plus digne de la part do l'âme de demeurer libre au milieu de la nature que do se plier sous un dogme défini. Il eut l'idée d'une relij^ion naturelle à laquelle il ne porta encore qu'un intérêt médiocre. Il laissa, non sans indifférence, « les Mahométans aller à la Kaabab, les chrétiens à l'Eglise, chacun chercher la vérité par son propre chemin' )i. On cite de lui ce mot : « D'abord je prononcerai le divorce de la raison et de la foi, ensuite je prendrai pour épouse la tille de la •signe (le vin) 2, »

Le scepticisme ne fut point pour ces hommes une doctrine, mais plutôt un instinct; U ne résulta pas d'une critique de nos moyens de connaître, mais du sentiment de leur peu de puissance; la pratique de la science et de l'érudition avaient pu d'ailleurs fortifier en eux ce sentiment, que l'effort moral n'avait point combattu. Ce scepticisme n'eut donc rien d'agressif ni de volontaire; nulle poésie n'est au contraire plus capable que celle de Kheyyam de débiliter la volonté; aucune n'a dit avec une plus pénétrante tristesse le vide de la vie, celui de la science et celui de la vertu;

1. Cili^ par le D' llorn, Geschic/tte lier pertisehen llUeratur, Leipzig, 1901, pai^e 147.

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