‹ GazaliChapitre 74 sur 102 · SVR LES POÈTES UVSTIQCES PERSANS · texte numérisé non relu

SVR LES POÈTES UVSTIQCES PERSANS

d'une branche à l'autre, taiitût enlralné par la concupiscence vers des lieux mauvais, tantôt, par l'esprit, porté à la prière. — Tout le monde est ainsi, réplique la huppe. Si tout était purcf6. Dieu n'aurait poiut envoyé ses prophètes ; appUque-toi à la bienfaisance, tu parviendras au bonheur, — Je porte le mal en moi ; des instincts vils, bestiaux emplissent mon âme ; comment pourraitelle s' orner des qualités spirituelles? — Dieu la puritiera. — Je suis tenté par le diable. — Une résolution ferme le rend impuissant. — Je suis sensible à la beauté du monde. — Tu n'es alors qu'un nyctalope. — J'ai du bien, un château, où je me plais, et où je mène une vie agréable; comment pourraîs-je m'en détacher? — La mort t'en détachera. — J'aime... — J'ai peur de la mort...

Et les oiseaux cnti-eprenuent le voyage. Il y a sept vallées énormes à franchir jusqu'à la demeure du Simorgh. Ces vallées, pleines de difficultés et d'angoisses, ce sont naturellement les demeures mystiques successives, ce sont i( les châteaux de l'âme ». J'ignore si la théologie catholique est arrivée à une doctrine vraiment fixe, touchant la succession de ces châteaux mystiques; et je veux m'altstenir de rechercher dans les auteurs chrétiens aucun texte déterminé pouvant être rapproché du poème d'Attar. 11 suffit qu'en nous aidant du sentiment chrétien nous nous trouvions capable d'interpréter au moius une partie des étapes de ce voyage, et que nous percevions qu'aucune analogie tirée du brahmanisme ou du bouddhisme ne serait capable de nous fournir une interprétation meilleure. Les trois premières

vallées, qui s'appellent la i-ocherche, l'amour et Im naissance, correspondent évidemment à une péno! préparatoire de purfralion des vices, à un premier clan de zèle qui emporte l'àme débutante dans la voie mystique, et à une période de premières découvertes où les vérités antérieurement connues par la foi s'éclairent et se développent dans l'apparition de la lumière intérieure. La quatrième vallée, celle dite de l'indépendance, a une interpi-étation moins certaine ; j'y verrais un état où, après un premier cycle de faveurs sensibles. Dîi'u semble se retirer et laisse l'âme avancer en apparence d'elle-même, comme avec ses seules forces et avec beaucoup de peine. Dans la cinquième vallée, celle de l'unité, Dieu se découvre de nouveau et l'âme, devenue adulte, commence à vivre de la vie unitive. Ici Attar, au cours de ses méditations sur l'unité, émet quelques propositions d'aspect étrangement panthéiste dont nous reparlerons tout à l'heure. La sixième vallée est dite de la <• stupéfaction n; c'est la préface de l'union délinitive; cette vallée est très douloureuse; je ne crois pas pouvoir mieux faire que de la comparer h ce que saint Jean de la Croi\ a appelé " la nuit obscure n. Il faut, pour la traverser, être fermement attaché à l'unité'; celui qui est dans l'unité oublie fout et s'oublie lui-même. Est-il ou n'est-il pas? H n'en sait rien. Je suis amoureux, se dit-il, maïs je ne sais de qui; j'ai le cœur à la fois plein et vide d'amour; j'ignore mon amour môme. La dernière vallée est celle de l'anéantissement {fana).

I, Manlic ut-laii\ Iiaduclion Ourrin deTass;, ]i. ■'13.

SCR LES POCTES MYSTIQUES PERSAXS. 287

Disons donc quelque chose de cet anéantissement mystique, de cette mort qui précède inimêdiatement la découverte finale de Dieu et qui est le terme do l'etfort spirituel. Quoique le mot même semble nous y engager, nous devons, cela n'est pas douteux, éviter de le confondre avec le nirvana. Sidi Djlldni a défini ainsi l'anéantissement ' : " il consiste en ce que Dieu lève le secret de dessus son ami (le saint, le ivéli) par la plus minime illmnination, et que l'être s'évanouit et que le wéli s'anéantit sous cette indication de Dieu; cet anéantissement est sa subsistance; il subsiste sous l'indication du Permanent; si l'indication de Dieu l'anéantit, son illumination le fait subsister ; Dieu le fait mourir, puis il le fait vivre à jamais en lui », Cela n'est pas autre chose que l'idée chrétienne de la naissance à la vie la plus parfaite de la grflce par la mort complète au monde ; l'Ame pour qui le monde n'est plus rien, ne vit plus que par Dieu, et est attentive au moindre de ses signes.

Nous n'avons pas de raison pour croire que Férid ed- Jln Attar ait autrement conçu l'anéantissement mysti- {ue. Cet anéantissement arrivant chez lui au terme d'une lérie d'états dont l'interprétation par la tliéologie chréienue est très probable, doit selon toute vraisenihlauce orrespondre lui-même à une idée chrétienne. Le poète, !ans l'invocation par laquelle débute son œuvre, dit en «•mes nets- : anéantis-toi; telle est la perfection, et 'est tout. Kcnonce à toi-même, c'est le gage de ton

1, mab QamdDjaiii<lhir,p. iil,

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