‹ Gazette de ChampfleuryChapitre 6 sur 7 · PETITE · texte numérisé non relu

PETITE

1'' novembre. -Qualrc jeunes Allemandes viennent de jouer un quatuor dans un concert donné à Saint- Germain par le colonel Jomard ; elles ont tiré au sort quelle partie elles feraient dans le quatuor. Le hasard a désigné Hélène Katow pour jouer le violoncelle ; j'ignore malheureusement le nom du premier violon, du second violon et de l'alto.

La plus jeune de ces jolies Allemandes, celle que le sort avait désigné pour l'emploi modeste de second violon, portait des lunettes, et son regard n'en était ni moins vif ni moins charmant ; l'alto , le grave alto, ce sévère personnage, une sorte de misanthrope qui parle rarement et qui ne dit que des choses rai sonnables , était entre les fines mains d'une jeune fille mutine, aux cheveux blonds, épais, séparés par une raie sur le côté.

P8 CAZKTTE DE CHAMPFLEDUY.

Toulos lovs qualro svMil oxooUonlo.'^ n\nsioionnos, ;?i on juger par la ocM-^iiliulc oilo jou èlt^AUl du premier violon par hasard ; touics les quairc suivaieul la mcsuiY dans les regaixls Tune de Taulre. Ce n\Haieni pas quatre hommes fix)nçanl le sourcil, clignoianl des yeux , pinçant les lO'vres. sappliquani à lexcSHition d'une œuvre compliqu<>e,mais quatre tôles souriantes, roses el enjouées, que seul pourrait rendre le pinceau de Lawrence. HcHène Kalow a joué du violoncelle en sainte Cécile.

Kntendrons nous jamais à Tans ce ravissant quatuor? Pour moi ces jeunes Allemandes peuvent jouer co qui leur plaira : toute musique jouée par elles prendra le charme des plus aimables mélodies, même la musique de M. Berlioz.

^novnnhr. — Deptiis longtemps M. Oouluixî était retiré du théâtre, il ne donnait plus signe de vie. Aussi ses admirateurs se sont-ils empressés d'assister à ses débuts à Téglise Saint-Kusiache. où railendaieni de non\brcux bravos. Avec M. Couture ne faut-il pas se servir du langai^-e dramatique habituel des feuilletonistes? Je ne le regarde pas comme un peintre, mais comme un décorateur d'opéra ; cette dernière qualité apparaît d'autant |>lus sous le^ voûtes sévères i4\ine église.

PRTITK CA'/KTÏK UU MOIS. m>

Dan» la chapf;llo de. la Virîrjfrj, M. Couture a rlMftin/; trcth jgfandfiA compo<iitirjn.«», flont. l'urift rr:pr/;.'H<:riU; flft» nanfra$ç/;<i d op/sra corr»K|ijft, et TaiUrf; (U:ftafHij(/:ft en eOAtume brrilon qui auraient heaiiccxjp rie t.der:/;!»'. au (iynrifia.«»e. Au milieu, la Vierj^e pr«':Menle Tenfanl i/:ftu<» à l'arloralion de» anfçes. C'e^it une »f>rlft ri'apolh/:o<ie féerique avee feux de Bengale un peu hlafard.s.

M. Coulure nV;.<tt pa,«i le plu» eoupabic en eelte affaire, rnai.H bien le eonseil d'adminiraration de lY;gli»fi Saini-f'lustaehe, (Jn'i ne eonnaît le talent de M. Coulure cl Aon incapaeit/î religieuse! Peintre de brillanle$( étoffe», admirateur des partie» déeoratives dû l'aul Véronése , eonnainnant k fond le hea,u tel qu'on le eemprend dans la rue Notre -l)a me de Lorelte, pineeau «en.Huel et brillant au premier abord, froid et creux quand on l'examine de préj<, ne manquant pan d'un certain art dan» la di.<4tribulion de nùfi personnage», Aan.H e.Hprit dan-H TexprehJiion, moitié de5i5iinateur et moitié coloriste uan» être réellement ni l'un ni Tautrejest ce juger trop 5',évérementi auteur de l'Orgie romaine 'i

Ccrte», je ne lui aurai» pa» demandé de chapelle, pas plus que je ne lui aurais commandé le héiparl de» volontaires sous la république. Ce dernier tableau, auquel l'auteur travaille depuis si longtemps, est tout aussi contraire a sa nature qu'un tableau d'église. M. Couture, ceci l'élonnera peut-être beaucoup,

ne saurait avoir un sentiment patriotique très-developpé ; ses œuvres précédentes en font foi. Il lui est interdit de faire crier à un représentant du peuple : la pairie est en danger; ses enrôlés volontaires ne s'élanceront pas avec enthousiasme pour signer leur engagement; le peuple n'aura pas celte fièvre patriotique qui taisait des populations révolutionnaires un peuple capable de se sacrifier pour la patrie.

Autre, sujet d'étonnement pour la jeunesse qui a appris à rire des peintres de l'empire et de la république , de David et de Lethière. Ces maîtres, dont les romantiques se sont tant moqués en 1830, malgré leurs groupes académiques, malgré le manque de vie de leurs compositions , avaient la foi que commandaient ces grandes époques de la république et de l'empire ; ils prolestaient par une forme sérieuse et antique contre le joli qui avait envahi les arts. Ils ont laissé de grandes œuvres dont on ne se moque plus aujourd'hui; ils avaient une science d'exécution correcte qui durera plus que l'école-Couture ; ils ne connaissaient pas l'énervement , l'alanguissement des poses ; ils ne noyaient pas leurs compositions dans un ton argentin séduisant ; ils semblent moins agréables à des yeux corrompus, ils sont plus mâles.

Le pinceau mâle, voilà ce qui manque à M. Coulure , ce qui l'empêchera de rendre YEnrôlemeni des

volontaires^ comme la foi naïve et religieuse lui a manqué pour ses peintures de la chapelle de la Vierge.

3 novembre. — Encore un arlisle pour l'Opéra que M. Clésinger! Une statue pour THippodrome que le François 1" de la cour du Louvre I Car, malgré le sentiment public qui ne s'est jamais prononcé si bautement, le François V^ de M. Clésinger est reçu après de nombreuses corrections.

Tout est plumet dans celte,statuo ! L'œil ne s'arrête que sur des panaches! Le cavalier est sacrifié au cheval, le cheval à des harnachements. Aujourd'hui que la science archéologique a fait tant de progrès, où il est facile en moins d'une journée de connaître, par les richesses de nos musées et de nos bibliothèques, ce que fut réellement un homme d'une autre époque, il s'est trouvé un sculpteur qui semble avoir étudié un François 1er aux cavalcades du Cirque- Olympique. M. Clésinger a sculpté un François I*^'" comme M. Mélingue l'eût représenté à la Porte-Saint- Martin ; c'estla même école, la même vérité. L'homme est sacrifié au costume , aux broderies, aux plumets, aux pompons.

Je ne nierai pas une certaine adresse dans les dé-

tails, mais tout le monde aujourd'hui possède cette malheureuse adresse qui séduit tant de gens. Je veux bien pardonner à M. Clésinger d'avoir fait un François P*" de carton, mais au point de vue du statuaire équestre, est-ce de l'adresse que cet énorme cheval que le sculpteur n'a pas su faire cabrer en l'air, sans lui enfoncer sous le poitrail un gros tronc d'arbre aussi adroitement présenté que les quinquels d'une coulisse aperçus par les spectateurs?

Dans cet ordre de choses, il n'y a plus à rire des champignons de bois qu'on fourre dans les jambes des poupées à 12 fr. la grosse.

4 novembre. — Il y a quelques jours je reçois une carte élégante :

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