‹ Gazette des beaux-artsChapitre 103 sur 148 · LOUIS GONSE · texte numérisé non relu

LOUIS GONSE

Les colIectioDaeiirs sont gens Tort respectables.

C'est à leur douce et innocente manie, à leur patience que rien ne lasse que l'on doit la conservation de nombre de documents importants, qui seraient à tout jamais perdus pour l'histoire, si, avec la persévérance qui les distingue, ils ne prenaient le soin de les recueillir, de ies classer pieusement, et chacun dans la spécialité qui lui est chère, de constituer les éléments les plus précieux, les plus indiscutables et les plus nécessaires à la connaissance de l'art.

On parle beaucoup en ce moment des affiches illustrées. Jules Chéret, leur prêtant l'éclat de son talent, les a mises k la mode. Les aimezvous?

Pour nous, nous ne faisons pas difficulté de confesser notre faiblesse, et nous reconnaissons bien volontiers que les quelques mots qui prôcë-

dent nous sont inspirés par une collection fort curieuse que nous avons sous les yeux et dont nous voulons faire, ici même, une étude qui présentera, croyons-nous, quelque inlérët.

Notre excellent maître et ami M. Champlleury dit, au début de ses Études sur l'art, la littérature, la mutique, â après les romûtitiques, que u l'époque qui suivra celle-ci témoignera peut-être quelque étonnement de l'excessive importance attachée actuellement au petit art. »

Nous ne partageons pas ces craintes ; à notre avis, l'avenir sera plus équitable et nous rendra bonne justice. Il dira que nous avons cherché la perfection dans toutes les branches de l'art et il ajoutera qu'aucun des moyens mÎG en notre pouvoir pour y atteindre n'a été négligé par nous.

Nous n'avons pas sensiblement faibli, d'ailleurs, en étendant notre domaine artistique et nous lui avons, au contraire, assuré la conquête et la libre possession d'un champ nouveau, dans lequel les étrangers qui nous entourent et nous jalousent ne se sont pas distingués autant que nous-mêmes.

Il s'agit donc ici d'une collection d'affiches iUusU-ées.

Elle n'est point unique, nous en connaissons deux de même nature et peut-être de semblable valeur, mais elle a été créée et poursuivie avec un esprit de suite qui mérite qu'on s'y arrête avec quelque complaisance, puisqu'il permet l'examen de tous les procédés mis successivement au service de la publicité depuis le commencement du xnii* siècle.

Si on se reporte à cette époque déjà lointaine, on constate sans peine que l'art industriel, spécialement pour ce qui nous occupe, a iait de grands pas, et qu'au temps où nous vivons, dans ses applications les plus diverses, il a pris une place sérieuse et qui ne peut pas être négligée.

N'est-il pasviai, d'ailleurs, que chacune des manifestations de l'art en France a son importance et que, sous quelque forme qu'elle se |h\)duise, elle est destinée à laisser une trace lumineuse de son passage?

Nous en sommes convaincu, pour notre part, et c'est là ce qui nous détermine à entreprendre cette notice.

Tout d'abord, qu'on veuille bien nous pardonner quelques lignes sur l'origine des affiches :

« Les Grecs, dit M. Leroux de Lincy, les écrivaient sur des rouleaux en bois qui se trouvaient dans des tableaux plus longs que larges, et les exposaient à tous les regards au milieu de la place publique. C'est aina que lea lois de Solon furent exposées dans Athènes en treize rouleaux séparés. Chez lesBomaios, quand une loi avait été admise par les Comices, elle était gravée, suivant l'importance de la matière, sur des tables ou sur des

colonnes d'airain, et restait exposée à tous les regards pendant quelques jours avant d'être enfeimée dans le Trésor public. »

PARAPLUYES

Page 1