‹ Gazette des beaux-artsChapitre 107 sur 148 · Voy. GaxetU des Beaax-Aris, V période, t. XXX, p · texte numérisé non relu

Voy. GaxetU des Beaax-Aris, V période, t. XXX, p

ment familiftrisé arec les proportions du corps humain, et, dans une eettaine mesure aussi, avec le jeu des muscles; la précision des détails n'exclut d'ailleurs pas l'élégance de l'ensemble (voy. ci-contre la planche l'eprésentant le Dévouement de Curtius). Il y a plus de puissance dans

FtïgmeDt d'uDa dw lanUIn do Recueil ds J. Bellini (llai^ du Loutid),

le desan à la fois admirable et horrible représentant un cadavre en décomposition (fol. 13], Cette page magistrale est digne de prendre place à cbté d'un des chefs-d'œuvre de Holhein, le Chriatmon, du musée de B&le. Citons aussi les différentes compositions où le Christ apparaît cloué sur la croix ou étendu sur un linceul ; le corps du divin supplicié y est pa^ tout traité avec une parfaite entente de l'anatomie.

L'étude des animaux a presque autant préoccupé Jacopo Bellini que

celle de l'homme ; il s'y rapproche de ses compatriotes lombards, Pis»nello et Hicbelino de Besozzo. Gomme daos le recueil de Londres, l'utiste s'attache tout particuliëremeut à la représentation des lions (ff. 65 v°, TTy", 78 V", 87, etc.) : il n'est pas impossible que le Serraglio de Florence, gui contenait parfois jusqu'à trente de ces fauves, lui ait fourni les modèles dont il avait besoin. Les chevaux lui tiennent autant à cœur. La « plus noble conquête de t'bomme » reparaît dans une foule de dessins, tantôt seule, tantôt encadrée dans quelque composition sacrée, par exemple. Saint Georges combattant le dragon (ff. 70, 75, 81, etc.)- On ne peut que louer l'extrême liberté des mouvements; ces superbes cour^ers. dont l'un rappelle le groupe de Monte-Gavallo, hennissent, se cabrent, s'élancent avec une fougue presque inconnue chez un primitif. Malheureusement, les détails de l'anatomie chevaline sont moins familiers à Jacopo; notre savant collaborateur, M. le colonel Duhousset, trouverait certainement à critiquer l'extrême lourdeur des extrémités, les jarrets et les sabots. Plusieurs de ces études semblent se rattacher à des projets de statues équestres. C'est là un point que M. Courajod, qui a si bien mérité du recueil de Jacopo, éclaircira prochainement.

Les quadrupèdes de toute sorte, chiens, ours, léopards, singes, cerfs et biches (fol. 18), les oiseaux et jusqu'aux animaux fabuleux, tels que dragons et hippocampes, témoignent des investigations de l'artiste vénitien. Sa curiosité s'étendait même aux plantes; le folio 62 contient ud iris lavé à l'aquarelle avec une rare perfection.

L'animalier, comme on dirait aujourd'hui, est doublé d'un paysagiste à la fois très personnel et très habile. Jacopo affectionne les paysages d'automne ou d'hiver, tes arbres dénudés, la nature qui sommeille. Il j a un charme tout particulier dans ces plaines soigneusement cultivées, avec leurs rangées de plates-bandes, leurs sillons parallèles, leurs chemins sinueux s'étendant au pied de montagnes à pic ou de villes aux tours crénelées; chaque détail y est loyalement conquis sur la réalité et l'effet général est obtenu sans le moindre artifice. L'artiste n'a même pas besoin, pour nous intéresser, de ces mouvements de terrains, de ces cours d'eau, de ces montagnes ondulées, sans lesquels il n'y avait pas de paysage aux yeux de certains maîtres du genre, tels que les Ombriens. Les motifs les plus simples sont ceux dont il tire le parti le plus brillant.

Il est moins facile d'analyser les rares facultés d'observateur et de poète dont Bellini a fait preuve d'un bout à l'autre de son recueil, ces attitudes et ces gestes pris sur le vif, ces contrastes piquants et fnttoresques (par exemple l'aigle au repos et l'aigle se préparant à prendre son essor, dans la Vierge adorant l'Enfant Jésus), la grâce de ses enfants.

- (Uiu4« du Lonrn.l

l'uD jouant de la flûte, l'autre teoant un papegai (la De$cente de croix), l'imprévo de certains motifs, tels que cet arrière-train de cheval paraissant au bas do l'escalier sur lequel Hôrode prend réception de la t*te de saint Jean-Baptiste (voy. la gravure de la page 351, dans la Itvnùson d'octobre). C'est à des traits pareils que l'on reconnaît le peintre de race.

Jscopo, cependant, n'avait pas négligé, lors de son séjour à Florence, d'étudier les œuvres des maîtres. Il semble s'f être inspiré de Fra Angelico. Trois compositions se faisant suite (folios 58, 50, 60), la Mi'k au tombeau et le Christ en croix, oDrent la plus grande analogie avec le style du tendre peintre de Fiesole; ce sont les mêmes têtes ua peu rondes, les mêmes regards extatiques; c'est la même expression de douleur dans la mère baisant les mains de son fils mort * . L'Adoration des Mages, par contre, témoigne de l'influence de Gentilè da Fabriano, qiû, dans son chef-d'œuvre, peint pour Palla Slrozzt en ih2i, et aujourd'hDÏ conservé à l'Académie des Beaux-Arts de Florence, avait traité le même sujet. Chez Jacopo, la composition est loin d'être aussi toulTue que chez son maître; on ne reti'ouve pas non plus ces types d'adolescents d'une élégance achevée, le jeune roi mage rattachant ses éperons, l'écuyer aui bottes molles tenant en respect un cheval fougueux. Hais le vieux roi prosterné devant l'Enfant Jésus est emprunté presque textuellement à cette page merveilleuse, où Gentile s'est véritablement surpassé.

L'influence des réalistes florentins, et tout particulièrement de Paolo Cccello, perce, d'autre part, dans des effets de perspective et des raccourcis très hardis, par exemple, les gardiens du tombeau du Christ (fol. 27), les apdtres rangés aux câtés de la Vierge (fol. 28).

Soumis à tant d'influences étrangères, il semble que Jacques Bellio dut rompre complètement avec les traditions de ses compatriotes. Le Vénitien cependant n'a pas abdiqué en lui ; il se reconnaît à l'amour de la mise en scène, à la profusion des ornements et aussi à des fautes de goût assez nombreuses. Comme son fils Gentil, comme Carpacdo,

I. En parlant de l'influence de Fra Angelico sur Jacopo Bellin], je dois loularois pla* cer S0U8 les yeux du lecteur une très inléressanle observation que ma commaDiqu^ mon vénéré ami, H. le baron de Liphart : de pense, m'ëcrit-il, qn'avaot U30 Fn Angelico n'avait guère une haute répulation a Florenc«. Il était encore dans sa première phase de miniaturiste et tout à bil sous l'inQuence de Gentile da Fabriaaa. comme il se montre à moi dans son Adoration de» roi$, dans nn des trois rpriiaili' vement quatre) reliquaires de Santa-Haria-Novelta (aujourd'hui i San-Harco), où il ■ copié la pose dn roi agenouillé que Gentile nous fait voir dans son grand tablein da l'Académie (HI3]. Dans uns des cellules (qui servaient à Cosme,' Pore de la falHe, lorsqu'il passait la nuit à San-Marco), donc après 1434, il nous montre no roi bim différent. >

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