‹ Gazette des beaux-artsChapitre 108 sur 148 · XXX. — !■ PKB.UDIt · texte numérisé non relu

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Jacques noie sonvent le Bujet principal au milieu des épisodes : la Flagellation du Christ ou la Mort de la Vierge seront ponr lui le préteite d'ingénieuses variations architecturales; ailleurs il traitera avec autant d'amour les léopards ou l'ours, enchaînés au premier plan, que les figures des acteurs des saintes Écritures. La tendance à la ûivolité, qui caractérisera l'école vénitienne du xvr siècle, se révèle déjà dans bon nombre de ses compositions; bâtons-nous d'ajouter que l'on y découvre également l'habileté du groupement et le sentiment pittoresque ; il n'est guère de composition parmi les dessins du recueil du Louvre qui ne ■ fasse tableau n. Nous mettrons enfin sur le compte de son éducation vénitienne la tendance de Jacopo à surcharger les monuments d'ornements hétéroclites : i tout instant, un balcon de forme bizarre, des consoles recroquevillées, voire des motifs moresques, viennent troubler la belle ordonnance d'un palais imité de l'antique '.

Jacques Bellin vivait en 1&60 encore & Padoue, avec ses deux fils et son gendre : un retable du Santo, aujourd'hui perdu, portait l'inscription : Jacobi Bellini Veneti patrie ac Gentilis et Joannis natorum opus MCCCCLX, œuvre de Jacques Bellin père et de ses fils Gentil et Jean. On ignore la date de sa moit, arrivée probablement entre 1&60 et 1&70.

L'étude de l'antique, d'une part, et de l'autre celle des sciences perfectionnées par les réalistes du xv* siècle, la perspective, l'an&tomie, la physionomie, têts sont les traits distinctifs du style de Jacques Bellin. Cette double tendance forme également le fond de l'art de Mantegna. Nul, parmi les artistes de la Renaissance, — et je n'en excepte même pas les maîtres du xvi' siècle, — n'a poussé aussi loin U connaissance de l'antiquité sous toutes ses faces; nul, non plus, ne s'est attaché avec autant de succès à la solution des problèmes techniques ; le désir d'étonner le spectateur par la difficulté vaincue l'emporte même parfois dans ses œuvres sur le développement régulier et normal de l'action. Hais il y a plus, entre le maître et le disciple, le beau-père et le gendre, que des analogies générales ; partout on découvre la trace d'imitations

1 . L'étade du recueil du Louvre me permet de reveodiqner, en bvear de Jacopo Bellini, un dessin de la coilaclion Hia de la Salle, repi^senlant le Dit des trou morU el des Iroit vifi, et exposé sous le nom de Benozzo Gozzoli. Les cavaliers s'arrêtsnl i la vue dea trois tombeaux ouverts, les chevaui, les chiens, le paysage, tout rappelle trop la manière du maître vénitien pour que nous no soyons pas eu droit de lui (aire honneur de celte très intéressante composition. J'ai été heureux, en communiquant mon observation i H. de Tauzia et & H. Ephrussi, d'apprendre de mes savants codfrëres qu'ils étaient, de leur côiè, arrivés i la même conviction. Je ne pouTsis souhaiter de m'appuyer sur l'autorité de juges plus compétents.

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directes, conscientes. Tantôt Mantegna introduit dans une de ses fresques des Eremitani l'inscription romaine que Jacopo avait, probablement depuis longtemps, consignée sur son album*; tantôt il lui emprunte l'idée de placer des personnages microscopiques sur les montagnes formant le fond de ses tableaux, afin de produire un effet de perspective plus saisissant. Les proportions des figures de Hantegna, toujours sveltes et élégantes, procèdent également de celles de Jacopo : que l'on compare, par exemple, sa Flagtllatïon du Chritt à tel ou tel dessin de son beaupère, on sera frappé de leur ressemblance. L'influence de Donatello a fait le reste chez l'immortel peintre des Eremitani.

Un mattre tel qu'Andréa Mantegna peut impunément contracter de pareilles dettes : vis-à-vis de lui, on est certain qu'elles seront toujours payées avec usure. Si nous nous sommes plu & rappeler ce qu'il a pris à Jacopo Betlini, c'est afin de mieux montrer ce qu'il a légué à la postérité : l'intelligence du modelé, la science du dessin, l'ordonnance, portées à leur perfection, les problèmes techniques les plus ardus résolus avec une incomparable sûreté, les motirs les plus pittoresques semés à pleines mains, avec une profusion telle que des générations entières ont pu vivre sur ses restes, tout cela n'est rien encore en comparùson de la force de la caractéristique, du sentiment dramatique, de l'éloquence, qui éclatent dans toutes ses cx>mpositions. De même que le génie du grand Donatello, celui de Mantegna embrasse deux mondes; il est l'interprète de l'antiquité classique au même titre que celui du christianisme ; mais, comme Donatello aussi, il sait se donner tout entier, tour à tour, à l'un ou à l'autre. Après avoir déployé dans ses Bacchanales, ses Combats de Tritons, son Triomphe de César, toute son érudition archéologique, toute son imagination, toute sa puissance d'évocation, il se montre vrai, simple, sublime, vis-à-vis d'une scène de l'Évangile. I^, plus aucun appareil d'archéologie ; le drame humain apparaît dégagé de

1. Communîcalion de H. de Villetosse à la Sociélé nationale des Antiquaires de France (séance du 30 juillet l83().CeUe iDscripUon a été publiée par M. Heuzey dans le Butleli» de la mâme aociété (ises, p. SB, B9). Dans le recueil du Louvre, elle est reproduite comme suit :

T- PVLLIO T- L- LINO UIUI VIRO AVG ALBIALL MYR INB SIfil-ET-VIRO V F

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tout ornement dans ces grandes pages si graves si émouvantes, la Crucifixion, la Mise au tombeau. Même panni les Ombriens, il n'en est aucun qui ait mis dans une composition sacrée tant de sérieox, d'éléravation, de conviction. — C'est où le gendre de Jacopo se sépare le plos nettement des tendances vénitiennes.

Une dernière question s'impose à nous avant que nous prenions congé de l'inappréciable recoeil du Louvre. Jacopo Bellini a-t-il subi l'influence du Squarcione ou le Squarcioae a-t-il subi la sienne? Le doute est permis; les deux artistes avaient à peu près le même âge (le Squarcione, né en 139A, mourut en 1&7A), et ils ont formé des élèves également célèbres. Mais ou n'hésitera plus, après l'élude des dessins de Jacopo, à trancher le problème en sa faveur : tout nous autorise à placer le peintre vénitien infiniment au-dessus de son rival véronais; le premier a notamment sur le second l'avantage d'avoir accordé une place & la nature à côté de l'antique, et, par là, de s'être maintenu dans la tradition féconde de la première Renaissance.

EUGÈNE hOntz.

S' EXPOSITION DE L'UNION CENTRALE DES ARTS DÉœRATIFS

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