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ET DE SÈVRES

E toutes les salles dsns lesquelles se trouveDt exposées en ce moment, au palais des Champs-Elysées, la suite si intéressante des plus beaux produits de la céramique et de la verrerie anciennes et modernes, une de celles qui attirent et retiennent le plus grand nombre de visiteurs est certainement la salle qui renferme les porcelaines, fabriquées à Yincennes et à Sèvres au siècle dernier.

Jamais, jusqu'à présent, on n'avait pu réunir dans une exposition française une aussi grande quantité de ces porcelaines, qui ont iaît la réputation de la vieille manufacture de Louis XV et l'ont placée, d'une façon incontestée , au premier rang des manufactures européennes ; et cependant, il faut bien le dire, & part quelques très rares pièces de premier ordre que nous signalerons plus loin, l'exposition actuelle ne peut donner qu'une idée fort incomplète de cette fabrication sans rivale. Malgré leur nombre relativement considérable, malgré tout l'intérêt qu'elles présentent et les services que.Ieur étude peut rendre — et rendra certainement — k notre industrie, les porcelaines exposées ne justifient que d'une façon fort imparfaite la célébrité dont jouissait autrefois la manufacture de Sèvres, pas plus qu'elles ne peuvent expliquer les prix si

élevés que quelques-uns de ses produits ont atteints daos les dernières ventes.

Cette absence si regrettable de pièces véritablement remarquables tient à deux causes : la première, il faut malheureusement le constata, est l'extrême rareté, en France, des anciennes pâtes tendres de Sèvres. Esclaves des caprices et des exigences si souvent absurdes de la mode, nous avons pendant trop longtemps, et avec une trop grande facilité. dédaigné le lendemain et répudié sans appel ce que nous admirions la veille; depuis quelque temps, il est vrai, nous avons su comprendre quel immense intérêt il y aurait pour nos fabricants et nos artistes à consei'ver, à mettre en lumière et à livrer à l'étude les quelques beani spécimens qui subsistent encore, dans notre pays, des industries qui ont fait autrefois notre gloire et notre richesse, mais il était trop tard. Aujourd'hui, c'est à l'étranger qu'il nous faut aller, si nous voulons revoir et admirer les cbels-d'œuvre de tout genre conçus et exécutés par nos habiles artisans des xvii' et xviii' siècles, et c'est plus particulièrement en Angleterre que nous rencontrerons les porcelaines d'apparat, les beaux vases décoraliis et les riches services sortis des fours de Vincennes et de Sèvres, et qui, seuls, peuvent montrer d'une façon vraie le mérite réel et la supériorité indiscutable de ces porcelaines si justement renommées et maintenant encore, nous ne craignons pas de le dire, sans rivales. C'est seulement dans les deux vitrines de la grande salle des fêtes, à Buckingham-Palace, dans les salons et les appartements particuliers de Sa Majesté la Beine au château de Windsor, dans les riches collections de sir Richard Wallace et de lord Dudiay, ou, au Kensington, dans le legs Jones, que l'on peut retrouver ces merveilles de gotlt, d'élégance et d'exécution dont l'Angleterre nous débarrassait à l'époque où tout ce qui n'était pas classique — et quel classique 1 — devait être impitoyablement banni, et que nous avons laissé partir pour ne jamais les revoir.

Il y aurait un bien curieux chapitre à écrire sur cette sorte d'émigration de nos plus belles porcelaines tendres en Angleterre; le prince de Galles, plus tard Georges IV, les recherchait avec avidité et ce fut lui qui rassembla la plus grande partie de celles qui composent aujourd'hui l'incomparable collection de la Reine. On nous a raconté à Londres qu'un Français nommé Benoit, qui remplissait dans la maison du prince l'emploi de confiseur, avait organisé, grâce aux relations qu'il avait conservées parmi ses anciens camarades de service, un véritable commerce dans lequel il fit rapidement une très belle fortune; il achetait lui-même dans ses voyages en France, ou faisait acheter pour son compte, el pour presque rien, des porcelaines qui, même dans la période la plus

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