‹ Gazette des beaux-artsChapitre 112 sur 148 · L'ANCIENNE PORCELAINE DE VINCENNES ET DE SÈVRES · texte numérisé non relu

L'ANCIENNE PORCELAINE DE VINCENNES ET DE SÈVRES

cutés, ne sont pas cbatironnés de noir d'une façon aussi lourde et aussi accentuée que dans celles de Mennecy. Quant à la pâte elle-même, ~au blanc, pour nous servir du terme consacré, — rien ne la distingue de celle des autres fabriques; quelquefois même elle leur est inréneure. La décoration peinte, à part celle des reliefs qui n'était à proprement parler qu'un coloriage, n'eiiste pas encore. 11 n'y avait pas à ce moment de peintres sur porcelaine. A Saint-Cloud et à Cbanlîlly, les seules fa-

JiBDiniàRi m viiui aivitia (1760), tosd blcd Tcigaoï^c (Colliclioa de M. Bd. Ajidr«.)

briques qui existassent à cette époque, on ne décorait les porcelaines qu'au moyen d'à plais bleus ou de motifs polychromes au trait reproduisant les décors archaïques japonais; ce n'était pas là de la peinture. La nouvelle manufacture, usant du privilège qui lui avait été concédé à elle seule, de dorer les porcelaines françaises, commença par peindre sur la panse des petits vases et dans le fond des assiettes des ûeurs détachées ou de légers bouquets en plein or, mis en épaisseur et dessiné par brunissage au clou 1, mais il était nécessaire de faire autre chose et on dut,

1. C'est là encore un des signes ca raclé rU tiques qui permotieot de recoonittre les vâritables pâtes toodrfs décorées à Sèvres. Sur les anciennes porcelsioes, l'or mis en épaisseur était dessiné au burin, au moyen de cloui solidemeui ajustée dans uo iSBDcbe en bois. Au coromenceuent du siècle, on a substitué aax clous des brunissoirs en agate qui ont changé ce caractère de dorure et causé une difTérence assez notable

kbit GAZETTE DES BEAUX-ARTS,

pour former un atelier de décoration, s'adresser aux peintres sur éventails, nombreux alors, et aux émailleurs. Les uns et les autres conser* vërent, au moins pendant un certain temps, et employèrent sur la porcelaine les procédés très différents d'exécution qui leur étaient propres, et on peut en voir les applications bien nettement tranchées dans la plupart des pièces de la vitrine qui renferme les premières porcelaines de Vincennes.

Les éventaillistes, généralement peintres de ligures, habitués à ne se servir que de couleurs à la gouache, ont, au début, une exécution lourde et un peu pâteuse ; ils abusent des lumières obtenues au moyen du blanc fixe pur ou légèrement coloré ; peu familiarisés avec leur nouvelle palette, ignorant les effets qui se produisent sous l'influence du feu, ils se servent des mélanges ordinaires, sans se douter que certaines couleurs sont décorées par d'autres qui s'exaltent à la cuisson, et que certains oxydes, au contraire, baissent de telle façon qu'ils ne donnent pas la moitié de la valeur qu'ils avaient avant leur passage au four; de là ces colorations parfois bizarres que l'on remarque dans les cartels d'un grand nombre de pièces datant de cette première époque : les verts trop bruns et surtout trop jaunes, les chairs couleur de brique, etc., etc.

Les seconds, au contraire, presque tous peintres de fleurs, d'oiseaux ou d'ornements, accoutumés à peindre d'une façon un peu précieuse des bijoux ou des objets de petite dimension sur un émail déjà cuit et qui se rapprochait, par sa nature et sa blancheur, de la couverte de la porce* laine, procèdent par traits fins et délicats ; leurs fleurs sont plutôt dessinées en couleur que véritablement peintes, on en peut compter les coups de pinceau. A part uu peu de sécheresse parfois, celte seconde manière convenait bien aux porcelaines élégantes et fines de la manufacture à ses débuts, et beaucoup de pièces ainsi décorées peuvent être classées parmi les œuvres les plus séduisantes de U céramique française.

Malgré leur perfection, les produits de la manufacture de Vincennes avaient cependant trop peu d'importance pour pouvoir lutter contre les porcelaines allemandes dont l'introduction en France continuait à prendre des proportions considérables, et la nouvelle entreprise était loin de répondre au but que s'étaient proposé ses fondateurs et aux espérances que

dans les traits ainsi brunis; dans 1« vieni Sèvres, ils sont secs, très neta, très arrAlés, et parfois assez proronds, la poinle du clou brunissant surtout par compression; dans les imitations, au contraire, aiosi que dans les porcelaines modernes, ils sont plus larges, moins écrits, et surtout moins gravés, pour ainsi dire, l'agate arasant beaucoup plus racilement et seulement au moyen d'un frottis un peu appuyé.

L'ANCIENNE PORCELAINE DE VINCENNES ET DE SÈVRES. i|55

l'on en avait conçues en haut lieu. Au point de vue financier, c'était une oiauvoise alTiiure ; outre les 250,000 livres que les intéressés lui avaient consacrées, le roi avait avaocé des sommes importantes, et les ventes étaient relativement si faibles qu'elles couvraient à peine la moitié des frais, et que le goulTre se creusait chaque amiée davantage.

On comprit aloi's qu'il y avait une autre marche à suivre et que le succès ne pouvait venir qu'à la seule condition de tenter un grand eflbrt. Louis XV, d'après les conseils de J,-B. de Hachault, comte d'Arnouville, contrôleur général des linauces et ministre de la guerre de 17i5 h 1757, prit la manufacture sous son patronage, Hua à vingt «us la durée des privilèges qu'il lui avait concédés et lui avança, en l'espace de quatre ans, plus de 100,000 livres. Le savant Hellot, directeur de l'Académie des sciences, fut chargé de surveiller tout ce qui avait rapport à la bbricatiuo et de s'occuper spécialement de ce qui concernait les p&tes. les couleurs et la cuisson ; l'ingénieux et fécond Duptessis, orfèvre de la cour, eut pour mission de fournir les dessins des formes et de donner tous ses soins à la parfaite exécution des pièces, dont la peinture et la dorure étaient faites sous la direction de Mathieu, peintre en émail qui jouissait d'une réputation assez méritée, mais qui fut remplacé bientôt par B^helier, homme d'initiative, de goût et de savoir, dont l'heureuse influence se fit sentir sur tout ce qui avait rapport aux arts industriels de la fm du siècle dernier, et auquel Sèvres doit certainement les œuvres les plus parfaites qui soient sorties de ses ateliers.

Ce fut alors que commença cette époque si brillante de la fabrication qui comprend une période de trente années pendant lesquelles la manufacture, surtout au début, c'est-à-dire de 1750 à 1760, produisit les pièces exceptionnellement belles qui établirent sa réputation et dont l'expoùtion actuelle renferme, entre autres spécimens des plus remarquables, les vases catalogués sous les n** 762, 77h et 825, qui ^partiennent à UH. ÉdouardAndré, le marquis de VogQé*. et Secrétan. Jamais le fameux bleu de Sèvrei n'a atteint un éclat, une pureté et une profondeur comparables, jamais les ors n'ont été plus solides et plus brillants, faisant mieux valoir par opposition le blanc délicatement laiteux de la p&te ; c'est bien là de la véritable céramique dans sa plus belle manifestation, el non de ces produits hybrides comme on en a tant vu dans ces derniers temps et

1 . Les porcelaines prêtées par H. la marquis de VogUé et divers membres de sa iamille proviennent du cabinet de J.-B. de Hachault, qui, ainsi que nous l'avons dit, prit une part active à la création de la msnulacljre de Vincennes, et qui se mit avec Hellot en relations suivies qui eurent pour résultat la plupart des perrectionnemenU apportés â la fabrication.

qui font à l'œil l'effet d'être aussi bien eo culon^kÂte, en bois verni on eo stuc qu'en terre émaillée.

C'est Tépoque où Hellol trouva ce beau rose si franc de ton et si éclatant, qui pouvait être employé en èpusseur pour les fonds et dont le secret semble s'être perdu avec lui ou avec celui qui te préparait sous sa directiiMi, puisque, malgré l'admiration qu'il excita et la grande vogue qu'il obtint, on ne trouve pas 'une seule pièce portant une date postérieure à 1761; c'est ce rose qu'fn Angleterre, et d'après la désignatiou un peu fantaisiste d'un amateur ou d'un marchanda l'imagination active, on appelle depuis longtemps rote Du Barry, bien que la fabrication de la plupart des pièces ainsi décorées remonte à une époque où U** Du Bany était à peine née >. Un remarquable spécimen de ce genre qui figure à l'exposition est un petit pot-pourri (n" 628, à U. Foumier) auquel, malheureusement, il manque le bouton qui devait être formé par tme fleur en relief; cette charmante pièce est de Vincennes, bien que le catalogue l'indique par erreur comme ayant été fabriquée vers 1765. On retrouve également ce beau rose sur une partie de l'écritoire (n* 560) prêtée par H. le baron Gustave de Rothschild. Cette admirable pièce, — en porcelaine tendre, quoique le catalogue la mentionne comme pâte dure, — est certainement une des merveilles de l'exposition actuelle.

Une autre couletu-, souvent employée pour les fonds, et que Hellot, qui l'a trouvée en I7i6, avait empruntée aux porcelaines de l'extrême Orient, était le bleu turquoise, d'un ton doux et d'une suavité harmonieuse, quand il est posé sur une surface imie, mais sur lequel, au moindre relief, la lumière joue en vibrations et en transparences inattendues qui lui donnent l'éclat des pierres les plus précieuses : les deux petits biûle-parfunu (n* 562, à H. le baron Sellière), imités évidemment d'un modèle chinois, peuvent également être rangés parmi les porcelaines les plus remarquables de cette époque.

Dans les fonds verts', aux tonalités variant depuis le vert le plus

t. Sur les trente-cinq pièces Ji fLOd roH qui Ogureient à l'exposition du Sonlb- KensioRton en 186S et qui proveuBJent det colleciions les plus cëlUras de l'Angleterra, dix-huit étaient aDiérieures k 1753 et dix portaient la dite de 4757. Du reste, il faut se déSer généralement, an moins en ce qui concerne las porcelaines de Sèviw, de certaines ^ittributions qui ne reposentsurrien de sérieux; tels sont, par exemple, les vases désignés trop facilement sous le nom de vatet de FotUenoy, tout simplement parce qu'ils portent des cartels représentant de banales scènes militaires comme il en existe tant sur an grand nombre d'autres pièces que nous connaissons, et qui étaient la q>écialilë du peintre Gtnetl, comme lea si^eis de marine furent celle de son élève Morin.

3. Les Tonds jaunes ne paraissent pas avoir été employés sur la plie tendre; noua

Page 1