‹ Gazette des beaux-artsChapitre 122 sur 148 · Huilard-BréoUe, ouvrage cité · texte numérisé non relu

Huilard-BréoUe, ouvrage cité

plus beaux morceaux de sculpture d'ornement que tes Normands aient laissés en Italie. Cette fenêtre cintrée a son chambranle -et son tableau décorés de rinceaux continus, entremêlés d'animaux et de figures bumaînes. Sauf les rinceaux des deux voussoîrs supérieurs, qui rappellent un peu trop les feuillages de la décadence de l'art romain, toute cette

(Dnrin de H. H. SaUdiu.)

sculpture est d'accent absolument français ; elle est grasse, enroulée, od y voit à cbaque instant l'interprétation variée de la lleur d'iris, qui a fourni de si belles inspirations à nos artistes du xii" siècle; l'archivolte, qui repose sur deux colonnes dégagées, estdécoréedefeuillagesrobustesettrës grassement creusés. Sur la clef de l'arc est posé un sphinx ailé et accroupi. La partie inférieure de l' archivolte se termine par deux figures ailées, dont les têtes assez fortes font saillie devant l'arc ; elles posent sur le tailloir du chapiteau. Les chapiteaux sont en forme de corbeille, l'une oruée de feuillages (iuspiration byzantine) , l'autre décorée d'animaux, de

têtes hDinaÎDes et de nervures très él^antes ; les colonnes prismatiques qui les supportent sont posées sur deux éléphants au-dessous desquels se dessinent deux consoles très décorées d'entrelacs, reliées par une sorte d'appui haut de près de 50 centimètres; cet appui, dont la moulure snp^ rieure est décorée de beaux entrelacs, porte dans sa partie plate un panneau représentant deux oiseaux au milieu de rinceaux enchevêtrés avec la complication savante des entrelacs des manuscrits saxons et des monuments romans de la Norvège. Nous sommes ici en présence d'une œuvre absolument normande, d'un travail très soigné et très riche. Si quelque inspiration orientale transparaît, il nous faut plutôt rechercher l'inQu^ce des ivoires hindous ou des étoffes de même provenance : l'éléphant, les rinceaux touffus, les pointillés sur les parties plates, les galons gravés, tout éloigne le souvenir de l'art arabe, plus précis, plus net et plus sec. Nous dterons aussi, à la cathédrale, de curieuses fenêtres fermées par une clôture en pierre ajourée.

Ce type de fenêtre, nous le retrouverons encore dans une petite église (SaiHGregorio), à côté de Saint-Nicolas. Cette petite église, d'une architecture très simple, mais très vigoureuse, est sur un plan bien connu :U nef couverte en charpente, les collatéraux voûtés; on lui rendrait k pea de fr»s sa physionomie primitive, maïs actuellement le badigeon qui li recouvre à l'intérieur lui donne un aspect absolument misérable.

Nous regrettons de ne pas pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs de plus nombreux exemples de cet art italo-normand, si ferme, à élégant et si curieux. Toute l'Italie du sud est parsemée de monuments od se retrouve cette influence française mêlée aux inspirations orientales; ces monuments sont peu connus, et pourtant ils forment dons l'histoire de l'art le véritable trait d'union entre i'art arabe et l'art français, qui influèrent tant l'un sur l'autre à l'époque des croisades.

Il serait très intéressant de comparer entre eux les monuments mu* sulmans et chrétiens de la Syrie et de la Palestine, les monuments italoet siculo-normands, ceux du moyen fige français, en se maintenantdans les limites des croisades, c'est-à-dire du xi* siècle à la fm du xui*. Bien souvent nous avons été frappé de l'analogie que présentent entre eux les produits des arts industriels de ces époques (bronzes, ivoires, étoffes, armes, mobilier, bijoux). En Palestine, combien de détails d'églises où se mélangent le style arabe et l'inspiration française; à Damas, quelles formes françaises dans la mouluraiion d'édifices purement arabes; et enfin, au Caire, quel est l'artiste qui n'a pas été frappé par la vue do portul d'une église de Saint-Jean d'Acre, apporté jusqu'au Caire par les soins du sultan Qualaoîta et accolé aux construcUons qui comprennent le

Moristan, te tombeau et la mosquée du sultan Qualaoùn... tandis qu'en Sicile et dans l'Italie méridionale nous voyons l'architecture arabe laisser de ravissants chefs-d'œuvre à Palerme, et étendre jusqu'à Bavello son influence artistique.

UBNBI SALADIN.

txx. — r p^iiobB.

A BDDAPBST

Lbs ei^MBitioiis se snireDt, mais De se ressemblent pas, oe fQt-ce que par le succès. L'exposition qui vient d'avoir lieu à Pesth en est un exemple. Il n'est guère d'exhibition étrangère qui ait eu, en France du moins, aussi peu de retentissement. On compte les heureux qui y sont allés et y ajouterail-on le nombre de ceux qui ont eu l'intention d'y aller, le toUl ne serait pas fort imposant. Ce n'est pourtant pas une expédition bien lointaine qu'un voyage en Hongrie, et ceux qui l'ont fait ne demandent pas mieux que de le recoomiencer; ils n'y ont point perdu leur temps.

Ajoutez que la vie est singulièrement facilitée là-bas par l'accueil que font les Hongrois aux étrangers, ce qui ne gâte rien et fait du voyage un passe-temps et non udq corvée, comme cela arrive parfois. Peut-être le titre d'exposition rétrospective est-il pour quelque chose dans cet insuccès. On en a tant et tant vu depuis fort longtemps déjà, que le visiteur finit par se lasser et passe sans entrer. II a tort; on ne saurait trop voir ou

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revoir de belles choses, à supposer qu'on les connaisse déjà ; un objet d'art ne se livre pas toujours facilement et au premier venu ; il en est auxquels il faut longtemps fiùre la cour pour qu'ils vous révèlent tous leurs secrets. D'ailleurs, ce n'était pas ici le cas de se dispenser d'une visite à de vieilles connaissances : la plupart des objets étaient absolument vierges de toute exhibition, presque tous inédits enfin, et réservaient à tout amateur de bibelots — et Dieu sait s'ils sont nombreux aujourd'hui !— d'agréables surprises. Mais, puisqu'ils ne sont pas venus à la montagne, it faut bien que la montagne se décide à les aller trouver.

Il existe un catalogue de l'exposition de Budapest. Ceci est déjà uu avantage que n'offrent pas toutes les expositions ; mais, hélas ! c'est absolument comme s'il n'existait pas. C'est un gros volume à couverture polychrome qui sent son Orientd'une iieue ; on l'achèterait rien que pour posséder cette couverture ; mais c'est là rout ce qui est lisible. Ne l'ouvrez pas, c'est inutile : vous y trouverez un grand nombre de voyelles s'entrecboquant avec un nombre non moins grand deconsonnes, mais vous n'y entendrez rien. Bref, il est en hongrois. N'en déplaise aux Hongrois, pour lesquels nous professons beaucoup de sympathie, — qu'ils nous rendMil, du resie, largement, — c'est une singulière idée que de faire un catalogue en magyar. Les Hongrois d'autrefois écrivaient en latin, et ils avaient mille fois raison. Pourquoi se départir de cette antique coutume? Gela eflt été un peu pédant, peut-être, mais n'eût pas manqué d'un certain charme. Au surplus, on avait le choix entre plusieurs langues vivantes ; et, si l'une d'entre elles était écartée dès l'abord en raison de susceptibilités fort respectables, il n'en restait qu'une : le français. Je prêche pour mon saint, en ce moment, mais je crois que ce saint a de très nombreux fidèles, et je gage que bien des Allemands seront de mon avis, peut-être aussi pas mal de Hongrois.

Nous ne ferons que signaler les objets antiques que contenaient les vitrines de l'exposition de Budapest. Les bijoux de la collection David Egger sont bien connus, et leur propriétaire leur a, ce me semble, fait faire plusieurs fois le voyage de Paris; le Musée National hongrois, le Musée de Vienne , avaient, eux ausà, tenu à montrer leurs richesses, et, en première ligne, les vases d'or du trésor de Nagy-Szent-Miklos. Pour en finir tout de suite avec l'antiquité, ou du moins, avec ce qui procède directement de l'art anUque, disons un mot d'un objet byzantin qui est venu à Paris il y a bien longtemps — en 1867 — et que beaucoup de personnes ont sans doute oublié. Nous voulons parier de huit plaques d'émaux cloisonnés , de tout point semblables à xelles qui ornent la fameuse couronne de Hongrie.

En 1860, on trouva, en Isbourant ud champ, à Nvitra-IvankA, huit plaqnes d'or éœatllâes qui furent aussitôt acquises par le Musée de Pesth. Sept de ces plaques sont des rectangles arrondis à leur sommet. Elles représentent, d'après les inscriptions qui y sont gravées, l'empereur Constantin Monomaque, les impératrices Zoé et Théodora, TBomilité, la Vérité, et enfin deux danseuses. D'après la forme de ces plaques, et surtout en les comparant avec la couronne de Hongrie, il n'a pas été bien difficile de reconnaître qu'elles ont appartenu, elles aussi, à Qoe couronne : c'est une conclusion à laquelle tous les archéologues ontsooscrit. On sait que la couronne de Hongrie fut envoyée, en 107A, annH Geysa 1" par l'empereur Michel Dukas. De la présence des images de l'empereur Constantin Monomaque et des deux impératrices sur les plaqnes d'or de Nyitra-Ivanka, on peut conclure que cette couronne fut remise au roi André I" entre les années 10i2 et 1050; c'est, en effet, le buste de saint André, patron du roi, qui est figuré sur la huitième plaque, de forme circulaire, et gui servait probablement de fermoir à la couronne. Comment cette couronne fut-elle enfouie? C'est ce (]ue l'on ne s'expliqtM pas facilement ; il est vraisemblable toutefois que ce fut à l'époque oii André I" fut vaincu et détrôné par son frère Béla. Quoi qu'il en sût, cette couronne est intéressante à plus d'un titre ; si elle prouve l'habitude qu'avaient les empereurs de Constantiaqple d'envoyer un signe d'investiture aux rois de Hongrie, elle nous fait aussi connaître ce qu'était l'émaitlerie à Byzance au milieu du xi* siècle. Les monuments de cette époque ne font point défaut, assurément, mais les œuvres bjui> tines à date certaine sont si rares qu'on ne saurait trop les signaler.

Parmi les objets du moyen &ge et de la renaissance, une bonne moitié était d'origine allemande, l'autre moitié hongroise. D'objets étranger i ces deux pays, peu ou point. On peut s'étonner à bon droit que dans b patrie de Hatbias Corvin il ne subsiste pas davantage de monuments de la renaissance italienne, mais il ne faut pas oublier que le trésor de Grau n'avait pas été envoyé à l'Exposition. Nous ne voyons guère à signaler, parmi les œuvres italiennes, qu'une superbe croix en argent doré, de la collection Géza Karazs. Ce n'est qu'à Florence qu'on en peut trouïer l'équivalent, et c'est aussi un artiste florentin qui a dû l'exécuter. 11 nous faut franchir près de deux siècles pour rencontrer un objet italieo de quelqueimportance; et encore cet objet est-il important, surtout pwsi masse : c'est un buste, un chef, comme on disait au moyen âge, en argent en partie doré, destiné à renfermer la tête de saint Etienne. D'après l'inscription gravée sur le pied, il fut donné, en 1635, à l'église d'Agrai"' pour renfermer la relique du saint patron de Hongrie, par le cardii»'

(tlatés DatiDDil bOD|iaii.)

Fraoceseo Barberinî, le propre oncle du pspe Crbain Vlll. Le saint est représenté en habits royaux, coiffé d'une éuomie couronne qui a presque la forme de la tiare de saint Kerre, et excessiTement barbu. L'œuvre ne manque pas d'une certaine grandeur, mais on y sent trop la mise en scène, le goût passablement théâtral des Italiens du irif siècle. U ne serait peut-être pas téméraire de mettre le nom de Bemin sous ce buste. Il est maniéré et vient des Barberiai : double titre pour le croire modelé par le o Hicbel-Ange modone n.

Le trésor de Gran, de l'église primatiale de Hongrie, manquait, avons-nous dit, à l'appel. C'est fort dommage, car il eût pu envoyer une des plus belles pièces d' orfèvrerie italienne que l'on puisse rêver. L'exposition de Budapest va être l'objet d'une luxueuse publication, — on nous pardonnera cette indiscrétion, car la première livraison de l'ouTrage vient de paraître'; — poussons l'indiscrétion jusqu'au bout, etdisons que le trésor de Gran y figurera bon gré mal gré. Et de fait une publication qui reproduit la fleur de l'orfèvrerie que possède la Hongrie ne pouvait omettre le Calvaire de Gran. Figurez-vous une croix d'or, haute de plus d'un mètre, reponssée, ciselée, ornée d'émaux et de pierreries. Cette œuvre magnifique se divise en trois parties bien distinctes : le pied, la tige, la croix. H ne faudrait pas jurer que ces trois morceaux n'aient été primitivement réunis. On remarque entre le pied, flanqué de trois chimères soutenant des écussons, la tige qui renferme un Christ & la colonne, et la croix accompagnée de ta Vierge et de saint Jean, de grandes différences de style; la croix est encore gothique, le pied est de la plus pure renaissance. Quoi qu'il en soit, le tout fait bon ménage ensemble, et c'est bien un des plus somptueux joyaux fabriqués dans le nord de l'Italie que Ton puisse voir.

Hais en voilà assez sur l'Italie ; la Hongrie mérite bien qu'on parle d'elle. Comme toujours, c'est parmi les objets religieux qu'on a le plus de chance de rencontrer les œuvres de fabrication locale, et aussi les œuvres les plus anciennes. Ces objets sont moins sujets aux fluctuations

I . Ckefs'd'œuore d'orfèvrerie ayant figvré à l'Exposition de Budapest de f884, texte par Charles Pulazky et Emile Holinier. Paris, librairie centrale des Beaux-Arts. L'ouvrage, pour rillualratlon et l'impressioD duquel l'ôdiieor n'a rien épargné, formera deux valûmes petit in-folio. Il renfermera plus de 170 planchée en noir et en couleurs et de nombreux dessins dans le texte, soit en béliogravure, soit en chromolilfaograpbie. M. Guérard, l'artiste distingué dont les lecteurs de la Gazette ont é\é plus d'une fois i même d'apprécier le talent si peraonnel, a traduit à l'eau-forte avec un rare bonheur les pièces les plus remarquables de l'Exposition ; nombre de croquis, eiéculés d'après les objets mêmes, sont aussi de sa main. On peut ainsi être assuré de l'exactitude des reproductions.

VA'.-,>: >.N'CKI3TA]. DK ROCHE

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EXPOSITION RÉTROSPECTIVE A RUDAPEST. 527

de la mode que l'orfèvreriâ domestique ou la bijouterie. Protégés par la vénération qui s'y attache, ils ont subsisté en grand nombre. Et pourtant, que d'églises ont été pillées en Hongrie, au xvi', au ivii* siècle, et aussi plus anciennement I Ce que les guerres civiles ontEut ailleurs, ici, ce sont les Turcs qui l'ont fait. C'est vraiment miracle que nous possédions encore tant de belles choses.

Nous ne pouvons songer à mentionner ici, même sommairement, tous les objets qui méritent l'attention. Aussi biea serait-ce faire une histoire de l'orfèvrerie en Hongrie du lui* au xriu* siècle. Signalons seulement les séries qui nous ont paru les plus intéressantes. Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de réunir un nombre aussi considérable de croix, de cheÈ de saints, de calices, de tous les objets du culte enfin que nous en ofibe l'Exposition de Budapest. En ce temps où l'on cherche à renouveler les arts dits industriels et à leur infuser un sang nouveau, il y aurait là matière à une étude approfondie. Que de procédés oubliés ou perdus à faire revivre et à remettre en honneur; que de formes élégantes à copier, à adapter I Un des caractères principaux de l'orfôvrerie hongroise, c'est l'emploi du filigrane : tantôt il est employé seul, il recouvre la panse des vases d'un délicat réseau sur lequel font saillie, de place en place, des perles de méul; tantôt il est employé avec l'émail; il se recourbe alors en délicats méandres pour former des fleurs que des émaux translucides ou opaques colorent des plus vives couleurs; c'est ainsi qu'est orné un beau calice du xvi' siècle, qui appartient aux Franciscains de Presbourg. La technique de ce travail est des plus simples, et l'on s'étonne qu'on ne l'ait point pratiquée en dehors de la Hongrie. Faut-il y voir Yopus transyhanîcum mentionné par les inventaires? C'est ce que nous ne nous chargerons pas de décider. Toujours est-il que c'est là un travail tout local, dont nos orfèvres pourraient s'approprier avec profit les procédés.

Les Hongrois n'ont, du reste, pas pratiqué ce seul genre d'émaillerie, dont le plus ancien exemple parait être le chef de saint Ladislas, qui est antérieur à liOô; le vêtement du saint est divisé en compartiments renfermant chacun une fleur émaillée. Sur d'autres pièces, on rencontre et l'émaillerie champlevée et l'émaillerie translucide et l'émaillerie cloisonnée; les artistes hongrois ont, du reste, eu de tout temps trop de rapports avec l'empire d'Orient pour n'avoir pas hérité tant soit peu des jhx>cédés des Byzantins.

Ce qui frappe surtout, dans la construction des pièces d'orfèvrerie religieuse hongroise, c'est la persistance du style gothique : il coudoie en plein xvi* siècle les formes de la renaissance. D'importation étrangère,

ce style D'est arrivé que relativement tard en Hoogrie; il s'y est si solidement implanté qu'il est encore plein de vigueur au milieu du zvi* siècle, et ce n'est que lentement qu'il se transforme sous la double influence de l' Allemagne et de l'Italie. Il en résulte quelquerois de singuliers mélanges. Une paire de burettes du Musée national hongrois en offre un exemple. La forme générale de ces burettes est celle d'une buire orientale ; pied surélevé, panse peu volumineuse, long col, bec recouibé. Le pied, octogone, est orné d'un motif trilobé, découpé à jour, absolument gothique; gothique aussi est le fleuron qui surmonte le couvercle; hongrois est le réseau de filigrane qui enserre le col. Mais, au lieu de faire une panse unie, l'orfèvre a voulu copier un déieslahle modèle allemand, chef-d'œuvre de mauvais goût ; il l'a couverte de grosses poires repoussées avec le plus grand soin, et le pied n'a pas été épargné dans cette distribution de fruits malencontreux. Ces pièces doivent dater de la Cd du xv" siècle ou du commencement du xvi' siècle.

De l'orfèvrerie religieuse , le filigrane est passé dans l'orfèvrerie civile : c'est là qu'il s'est maintenu et a brillé peut-être avec le plus d'éclat. Mais que d'applications diverses n'a-t-il pas reçues? Partout U a été employé et, en plein xyii' siècle, que dis-je? au xviii' siècle, on en couvrait encore les plats des reliures, alors qu'il y avait beau temps qu'en Occident on avait renoncé pour les livres à ce genre de décoration. Le Musée national hongrois exposait plusieurs spécimens de cette sorte de travail, qui avaient vraiment fort bon air.

Nous avons mentionné les chefs, les reliquaires; n'oublions pas non plus un meuble liturgique fort rare aujourd'hui dans les collections : nous voulons parler du flabellum. L'éventail a disparu promptement de la liturgie eu Occident; en Orient, il s'est maintenu, et nous en voyons à Pesth plusieurs échantillons qui sont presque modernes. Signalons aussi une rareté archéologique : c'est le trésor de l'église de Presbourg qui te possède. Elle consiste en une lampe formée de deux défenses d'éléphant, rétmies par des cercles d'argent et surmontées à leur extrémité d'une figurine en ambre. Le tout est maintenu par des chaînes qui permettent de suspendre cet ensemble bizarre. Nous avons là, à n'en pas douter, un exemple de la singulière superstition du moyen fige à l'endroit des cornes de licorne. On connaît toutes les fables que l'on a débitées sur cet animal merveilleux, doué de toutes les vertus : à Stfasbourg, à Saint- Denis et en mainte autre église on conservait une corne de licorne. On en faisait des images pieuses, des coupes qui devaient déceler la présence du poison, des amulettes de tout genre : c'étaient tantôt des défenses de narval, tantôt de l'ivoire. Eo plein xvii* siècle, on en faisait encore usage

{ CoUacbon Zicbjr. ~ Eipoution de BudipaM)

iix- — r rEniODK.

et bien des gens y croyaient. Pomet, &ateur d'une Histoire det drogua, publiée en 1002, y croyait comme les autres ; mais il ne fait pas difficulté d'avouer que l'on vend pour véritables licornes de simples défenses de narval. Où la fraude va-^elle se mcber 1

fin France, l'aocienne vaisselle d'or et d'argent a presque entièrement disparu. Les pièces qui ornaient les dressoirs des princes, comme l'argenterie plus modeste du petit noble ou du bourgeois, ont subi bien des vicissitudes; bref, te creuset a fait presque partout sou office, et les rares objets échappés au désastre se payent aujourd'hui, non en raison de leur poids, mais en nûson de leur valeur artistique. Dans d'autres pays, au contraire, dans les pays du Nord en particulier, on a conservé un véritable culte pour l'orfèvrerie domestique : en Danemark, il n'est pas rare de voir des paysaus aisés posséder des gobelets d'orfèvrerie, soit anciens, soit modernes, dont on se sert dans les grandes occasions, fia Hongrie il semble qu'il en ait été un peu de même.

Sans parler des trésors que peuvent montrer des familles depuis longtemps riches et puissantes, comme la famille Esterhazy, l'exposition de Budapest ofirait une quantité véritablement prodigieuse de coupes, de suTtouts de table, de chopes, de gobelets en orfèvrerie : beaucoup d'auvres allemandes dans tout cela, mais l'art national s'y trouve incontestablemeot en maj{«ité. On peut suivre pas à pas, dans cette réunion, les progrès et la décadence de l'art du xv* au xviu' siècle, depuis les hanaps à la tige délicatement tordue, à la panse godronnée, au couvercle bordé ou surmoDté de feuillages délicatement repoussés ou estampés, jusqu'à la buire à la panse martelée ou au gobelet simplement orné de fines gravures, de quelque sentence pieuse ou bachique, de noms de donateurs, de dates anniversaires. Nous retrouvons à Pesth quelques-unes de ces pièces colossales, dont les anciens inventaires nous ont conservé la description. U y a là beaucoupà apprendre pour l'archéologue ; sans doute, les objets ne sont pas toujours du style le plus pur, quelquefois la forme eu est peu heureuse et fort tourmentée, et nous aimerions mieux avoir sous les yeux quelque belle pièce de la renaissance française. Puisque nous n'avons pas le choix, admirons la grande coupe en chrysoprase de la collection Esterhazy : montée stu: une tige noueuse, terminée par un couvercle surmonté d'un bouton feuillage, elle n'a pas moins de cinquantesix centimètres de haut. Mentionnons encore des coupes en pierre dure, en forme de coquilles, montées en or émaillé, telles qu'on peut en voir plusieurs dans la galerie d'Apollon, au Louvre. Les collections Zichy et Erdôdy nous offi-ent encore de beaux exemples d'aiguières du xvi* siècle ; un pied élevé, une panse godronnée, une anse eu forme de sirène,

m Bilahuj. — Hipotliion ds Bndapnt)

Ml GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

an goulot en forme de dragon. Il n'y a là, du reste, rien de particulier à la Hongrie ou & l'Allemagne, et nous pourrions citer telle œuvre française ou italienne de forme et de style très analogue.

En Autriche, en Hongrie, on a, du zvi< au xrni' siècle, travaillé avec art le cristal de roche. Le trésor impérial de Vienne* renferme de nombreux spécimens du savoir-faire des graveurs allemands, et c'est sans doute des muns des mêmes artistes que sont sorties bon nombre des pièces de notre Musée du Louvre. Le vase du Musée national bongrois, que la pointe ai fidèle de H. Guérard a représenta ici, est un exemple de cet art délicat, qui ne s'est jamais bien acclimaté en France. Entre les graveurs en pierre dure établis au xvi* siècle au Petitr-Nesle, sous la protection des rois de France, et la manufacture royale de cristal de roche établie au xviu* àëcle à Briançon, il y a un abîme ; et l'on sait que cette dernière tentative ne fnt pas des plus heureuses.

fie quittons pas la série des vases & boire sans mentionner une coupe du commencement du xvi* siècle, qui nous a tout l'air d'être française. La panse est entourée d'un véritable réseau enchâssant des monnaies romaines. Le Musée national hongrois possède cette pièce unique.

Nous ne dirons que peu de mots des pièces attribuées aux Jamnitzer, on particulier, et aux orfèvres de Nuremberg en général. On sait quelle finesse ces artistes ont déployée dans leurs repoussés et dans leurs ciselures ; mais peut-être a-t'on un peu surfait leur talent. Leur goût n'est pas exempt de beaucoup de maniérisme, et ils n'ont point su le grand art d'être simple. Quoi qu'il en soit, la coupe oQraut les images des arts libéraux, datée de 1580, de la collection de M" la comtesse Livia Zichy, me paraît un spécimen fort achevé de cet art élégant.

J'allais oublier une des pièces les plus curieuses de rExpoàtion : aussi bien est-elle peut-être déjà connue, car elle a été reproduite plusieurs fois. C'est l'aquamanile du Musée de Pesth. Ce n'est point de l'orfèvrerie, mais de la dinanderie ; mais soit qu'on y voie, comme quelques archéologues, un vase d'un usage liturgique, soit qu'on y reconnwsse un de ces vases dont on se servait pour donner à laver avant le repas, suivant un usage constant au moyen ftge, on ne nous en voudra pas de le considérer, quoique de cuivre, comme aussi précieux que s'il était d'or ou d'argent. Ces vases en forme de tête n'abondent pas dans les collections : un à Aix-la-Chapelle, un à Oberwesel, un chez M. Gréau, un autre au Musée de Gluny ; voilà les principaux. Nous croyons que la tète de femme du Musée de Pesth date du xii' siècle, bien que l'on ait voulu lui assigner un âge bien plus respectable encore.

1 . Vof. l'étude de H. Clament de Ris, Gazelle, V période, t. XI, p. 309.

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Nous ne dirons rien des couronnes, parmi lesquelles qaelques couronnes itinéraires dn xn* siècle très intéressantes, ni des armes, des selles brodées que renfermait l'Exposition. On y trouve un certain nombre de pèces bistoriques, quelques beaux spécimens de lames espagnoles, mais rien, en somme, qui sorte tout à fait de l'ordinaire. Ces pièces, du reste, ne se rattachent qu'indirectement à l'orfèvrerie. Il en serait de même d'un certain nombre de jolies pendules du xYn* et du xtiii* siècle, qui figurairat à l'Exposition, ainsi que d'un charmant clavecin, si les émaux ne veniûent prêter leur éclat à ces objets.

Du mot sur la bijouterie, et nous terminons. C'est encore le Musée national qui nous fournit, parmi les objets du moyen âge, le bijou le plus intéressant : une belle plaque de ceinturon en bronze doré et niellé. Sur ce morceau, de quelques centimètres, est représenté, avec une grande fînesse, un combat de cavalerie. C'est un spécimen fort rare de l'art du xni' siècle, allemand probablement. Il nous faut descendre ensnile presque jusqu'au xvi* siècle pour trouver de véritables bijoux : ce sont d'abord des chaînes, des ceintures ornées de plaques de filigrane, enrichies d'émaux, une série de bagues très intéressantes, parmi lesquelles U faut mentionner une curieuse bague du xr siècle, une pierre antique montée au xnr siècle, des anneaux cardinalices, enfin une fort jolie bague du xvi* siècle, fendue comme nos modernes alliances, et sur laquelle on lit la devise : Sol dn- Mensch was Goi su. Mais la série la plus intéressante et la plus artistique est certainement celle des pendants de col du xvi* et du xyii" siècle. 11 y eu avait là un nombre véritablement incroyable, depuis les plus simples, d'or émaillé, ornés de perles et de pierreries, jusqu'aux plus riches et aux plus compliqués, dans lesquels de petites figurines, délicatement émaillées, sont encadrées de motifs d'architecture parsemés de rubis. U n'y a pas d'exemple d'une réunion aussi nombreuse de ces délicats bijoux, qu'il faudrait tous citer, depuis le triomphe d'Amphitrite, de la collection Esterbazy, jusqu'au pendant orné de lettres capitales et de mains entrelacées, de la collection Burian, jusqu'au perroquet de la collection Horak. Ce sont l des œuvres pour U plupart allemandes, du goût le plus délicat, bien composées, et que nos orfèvres étudieraient certainement avec profit.

Nous ne saurions ranger ailleurs que parmi les bijoux un délideux objet daté de 1556, dont la destination nous échappe. Est-ce le chefd'œuvre de quelque candidat au grade de maître, est-ce un insigne de corporation d'orfèvre ? Nous ne le savons pas au juste. Sur une plaque d'argent en forme d'écusson, munie d'une élégante béliére, nous voyons un orfèvre dans sa forge, en train de marteler une pièce. Cette scène

est représmtée en haut relief. Le revers, simplement griTé. nous offre na atelier d'orfôyre; l'un cisèle, od autre emboatit, tandis ({n'an Ttrisin, accondé sur la fenËtre, leur raconte les cancans de la ville, bien intéressaDts sans doute, car les apprentis profitent de la distraction du patron pour se prendre aux cheveux et s'administrer des coups de -pincettes. Dans un coin, sur un carloucbe, on Gt la data de 1&&6. Ce petit tableau d'intérieur est traité avec infiniment d'esprit, et a d'autant plus d'intérêt qu'il est bien rare de rencontrer des scènes semblables en orfèvrerie. On nous pardonnera cette causerie, un peu longue peut-être, sur une Ei{>osition que presque personne n'a vue; il nous en reste beaucoup à dire, mais nous ne voulons pas abuser de la patience des lecteurs de la Gazette. Aussi bien, ceux qui auront l'envie de voir toutes ces belles choses peuvent se consoler de n'avoir pn faire le voyage de Pesdi en feuilletant le livre qui en sera le souvenir le plus durable. Ils y verront de leurs yeux les merveilles que notre plume ne saurait que bien impars foitement décrire, et conviendront que les organisateurs de l'Exposition de Budapest méritent qu'on ne leur mu^ande pas les éloges.

KICtLB HOLINIER.

fNoos sommes en 18A5, les Almanacla parussent depuis peu d'années et déjà, pour ce qui concerne la publicité, le seatimeut artistique semble s'affaiblir. Chau, Gu. Veknigk, Bbnjahin Roub&ud, Henry £itY, £d. Hobin, dessinent des affiches fort intéressantes pour les Almauactis Prophétique, Comique, Pittoretque, Pour rire, Liigeoii, Attrologique, des Dame$ et dei demoi$elU$, etc., etc.

Ces dernières afûcbes présentent cet intérêt particulier que la lithographie en couleur, jusque-tà réservée aux œuvres de haute valeur et de difTicile facture, vient leur prêter son appui. Les reports n'y sont pas toujours parfaits, les teintes rouges, bleues et noires qui les composent j sont quelquefois confondues, mais pourtant l'harmonie n'y est point trop maltraitée. Cette cotlectioa spédale aurait aujourd'hui une réelle valeur.

Deces premiers essais, nécessairement incomplets, presque informes, si on les compare aux résultats remarquables qu'on obtient aujourd'hui, date l'entrée en ligne de lachromolithograplûe. Gravement atteinte, la lithografriiie lutte encore, mais faiblement et sans grand espoir de succès. Chah dessine une fort belle affidie pour FÂMtemblée Jtatiotude

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