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I. Yoy. Gazette des Beata-Aru, t* période, t. XXX, p. 34S

comique; Foulquibi, pour le Marcel de Félicien HaleGIle; LoiUTZ, pour la Bévue comique à Vusage de* gens sérieux} Eo. Fiêre, pour les Veil~ lies littérairet itlustréeij Célestin Manteuu, pour les Œuvres de Walter Scott.

Quelques années plus tard, Nadar, avec cette verre de bon aloi, avec cette humeur honnête et joyeuse qu'on lui connaît, annonce l'apparition de l'Almana^ de Jean Raisin et la mise en vente des Rêveries d'un itameur. 11 produit ûosi deux aflScbes charmantes, qui resteront parmi ses meilleures créations ; mais définitivement la couleur prend dans l'affichage une place décisive et qu'elle n'abandonnera plus.

Dès 1847, ce goût bien français s'est singulièrement répandu. C'est une joie pour l'œil, en effet, de trouver, sur les murailles abandonnées, ces dessins multicolores où l'artiste s'est préoccupé de laisser la trace d'un talent qui n'est pas toujours sans valeur et où l'haimonie des couleurs joue un rôle qui n'est jamais négligeable.

Si, guidé par la connaissance du lieu où seront apposées les affiches qu'il a produites, le dessinateur avait pu tenir compte, comme on le fait dans un atelier ou dans une galerie, des effets de Inmière et d'ombre qu'il peut attendre ou redouter, les murs noirs et désolés de nos villes prendraioit sans peine une physionomie riante et pleine de vie, où se retrouverait, fidèlement retracée, la marque du caractère de notre nation.

RoDCHON est le premier qui, à l'aide des procédés mis eu usage pour la fabricaticm des papiers peints, ait compris Timportance qu'il était possible de donner à celte industrie de création nouvelle. C'est lui qui a fait exécuter, pour le magasin de nouveautés A Satnt-Augustinf ce superbe évéque grand comme nature, signé P. Baudry ; c'est à lui aussi qu'oa doit ces affiches originales commandées pour la Ville de Saint-Denis^ pour le Fermoir Pradel; également celles qui prennent pour titres: Aux fumeurs; Nouvelle pipe Gtunbier; A la Bastille; A COEil; etc.

H. Vak Gbleyn succède à Bouchon vers 186A, mais il abandonoe bientôt les procédés de son prédécesseur pour adopter ceux qui avaient été essayés vingt ans avant par Paonaoïiue : les couleurs au patron et à la brosse. H donne ainsi les affiches fort curieuses et de toute rareté des Pipes duprogr^s, des Pipes Aristoplume J. Gambier, du magasin de vétements^u Conquérant, an Tliiâtrede la Porte Saint-Martin, da Bal d'Enfatos, etc. Quelquesannées plus tard, ila recours à la chromolithographie.

Cependant les affiches en noir font un retour offensif, mais sauf pour les éditeurs de musique, au nom desquels Cklestoi Nanicdo. dessine un majestueux Don César de Bazan, la Aomie, etc., CHATunÈu, la Marie- Madeleine, CaxMxr, UiGrande-DuchessefhVie Parisienne, elc, A.oeNeu-

TILLE, Hamlet, Edw. Ahcourt, Barbizbt, Victu Goindrb, Fe&ipomt, A. LAir, Le Ray, les scènes les plus remarquables des opéras ou des opéras-comiques qui passionneot Paris, ce n'est plus la lithographie qui domine.

N. Cbaix, Glaye, Simon Bacon, Morris, Haulde et Renou impriment à l'aide de clichés sur rioc ou sur boia, comme Wiltersheim le faisait déji vers 1860 pour le Général Tom Pouce en grandeur naturelle, les afiidies destinées aux théâtres. Viennent alors les dessins de Hosteb, pour les

HW. — V PBRIODB. 68

Débuts du gymtuaiarque Léotard, \ Homme-chien, les Arènes nationales, la Grande fête du réalisme, la Dernière soirée d'été dans l'atelier du maître peintre Courbet, etc., etc.

Halbeureusemeat, et c'est toujours ùasi que se g&teat les cboaes les meilleures et dont on aurait le plus i cœur d'assurer la perpétuité, si l'art était absent des premières affiches imprimées en 1715, il semble s'éloigner de celtes qui vont paraître.

Ou De prétendra pas cepeudaut que les moyens d'exécution font défaut. Les illustrateurs sont plus nombreiu, mieux instruits, plus expérimentés qu'ils ne l'ont jamais été.

Sont-ce donc les petiis journaux illustrés qui ont perverti le goût du public, ou le public qui a inconsciemment g&té celui des illustrateurs? Nous l'ignorons ; mais il faut bien reconnaître, quoi qu'il en coûte, qu'ici l'art a tristemeot perdu eu dignité et eo grandeur beaucoup de ce qu'il a gagné en diffusion.

Les libraires semblent avoir renoncé aux afficbes artistiques. Aidés des procédés Lefnian, Yves et Barret, Gillot, etc., ils se cootenteot de faire reproduire, sans grands frais, les clicfaés qui ont place dans les ouvrages qu'ib mettent au jour. Quelques-uns d'entre eux, dans un esprit d'économie peu patriotique, ont recours aux imprimeurs étrangers ; d'autres font coller sur leurs affiches tirées typographiquament quelques planches imprimées eo taille*douce. Ils créent ainsi une publicité nouvelle qui leur co&te peu, inais qui reste sans valeur, sans intérêt et surtout sans originalité.

Ce n'était pas cependant un mince mérite pour l'industrie française que d'avoir amené à soi, même à l'aide de gros sacrifices, toutes les personnalités remarquables que nous avons déjà citées et dont les noms resteront sûrement attachés à l'histoire artistique du pays; d'autant plus que bien d'autres, et non des moins célèbres, pourraient encore figurer dans cotte nomenclature dont on voudra bien nous pardonner la sécheresse et la longueur.

Dauioeb, le pauvre et grand Daumier, qui n'aimait guère les affiches pourtant, n'en a-t-il point fait une pour son ami M. Desouches, directeur de l'entrepôt de charbon d'Ivry et excellent statuaire à ses heures 1

Hahet n'a-t-il pas dessiné, pour les Chats de Champlleury, une affiche devenue introuvable?

Fhédéric Régahbt n'a-t-il pas donné, pour le Paris à l'eau-forte, plusieurs affiches d'uo excellent effet?

GnéviN n'a-t-il pas crayonné avec son esprit habituel quelques petites compositions pour ['Oracle des demoiselles, la Cuisinière modèle, la

Petite potle des amoureux, le Traité de la chaste et de la pêche, le Jardinier des dames, Ce que l'on voit dans la main, la Vraie Clef des songes, le Guide Conty, etc., etc.?

GosTATB Dosé n'a-t-îl pas lithographie, pour London, une grande aSiche d'un effet saisissant, dans laquelle on retrouve toutes les qualités de l'artiste consciencieux et de l'illustrateur fécond?

ViBERT n'a-t-il pas donné, pour la Toile d'araignée de Poupart-Davyl et pour le Concert parisien de M"" Léa d'\sco, deux dessins remarquablement exécutés?

Hadol n'a-t-il pas fourni au Cercle fantastique et au Théâtre du Châtelet des compositions d'un grand intér£t?

André Gill, enRa, n'a-t-il point annoncé l'apparition de la Lime, de la Lune rousse, de la Petite-Lune, de son spirituel journal La Parodie, par des œuvres pleines de saveur?

Ne convieniril pas également de rappeler que Devébia a autrefois dessiné, sur les indications de Delacroix, une affiche pour le Faust de Goethe ; que Théophilk Gautibr en a donné une autre pour le Capitaine Fracasse; que Méungde a fourni au directeur de son ihé&tre la Tigure de son Benvenuio Cellini; que ConRBBT enfin a illustré l'aflicbe de la pantomime de Fernand Desnoyers, le Brta noir?

Hais qu'on se rassure : si beaucoup de ceux dont les noms précèdent ont été frappés par la mort ou ont abandonné la lutte, il existe aujourd'hui quelques dessinateurs intelligents et bien doués qui, à leur tour, sont entrés dans l'arène et n'ont pas désespéré de rendre à l'art de l'af- Hchage la place élevée qu'il occupait il y a quarante ans.

H. Éhile Lévy signait autrefois un grand nombre des affiches qu'il imprimait. Les premières qu'il ait publiées remontent à plus de dix années. C'est à lui qu'on doit le mouvement extraordinaire qui s'est produit alors autour des concerts ou spectacles de Paris et qui se maintient encore.

Mentionnons particulièrement \aConcert des ambassadeurs, l'Alcazar d'hiver, Valentino, X Elysée Montmartre, le Cirque d'hiver, les Porcheroni, l'Harmonie, etc.

M. LÉON GnoDBRAC, qui insérait naguère dans un petit journal illustré, le Titi, et qui publie aujourd'hui dans le Chat noir des dessins fort appréciés, est, lui aussi, vraiment soucieux de son art; il donne actuellement des affiches bien composées, très habilement exécutées, et qui sont d'une couleur extrêmement harmonieuse; beaucoup de ces dernières productions sont signées de son pseudonyme Hope. H faut spécialement .remarquer, parmi ses œuvres déjà nombreuses : Fan fan la Tulipe, la

fi&O GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Tour de NeiUf X- Thérèse, VAlcazar d'hiver ^ Kléber, Michel Strof^, la Famille Codât, les Martinetti, Claude Gueux, le duc de Kmiat, les Pavilloru noirs, Madame Bonîfaee, Quatrevingt-treize, Moka, le Ménéirier de Meudon, le Beau Nicolas, la Petite Fée, les Pommes Sot, le hroxt du Seigneur, etc., etc.

H. Alfsed Gboiibbac, son fi^re, est on jeone peintre de grand avei^ et dont le nooi mérite l'attentioD. Outre ses expositions, dont l'aoe fit quelque bruit, nous avons tu de lui des panneaux décoratifs d'Ane sérieuse valeur et d'un talent très personnel. Il a publié dd nomlH« «w considérable d'aSîcfaes hardiment dessinées, d'une composition séduisante, et qui dénotent une entente parfaite de la décoraUon.

On se rappelle de lui : la Fête de la jeunesse, les Poupées électriqm, la Mouche d'or,. Notre-Dame de Paris, Madame le Diable, le Ctdmflre du Docteur, Peau tTâne, Nouma-Hma, Qui qu'a nu Coco, les Cinghalaii, les Peaux rouges, les Kalmouk», Roland à Boncevaux, la Bible amu- ' tante. Ohé! Brique-Douille, les Chantons de Darder, le Tour du Mondt et nombre d'afficbes des Folies-Bergère et de VHippodrome.

H. Appel, H. A. GuAn, H. Clabey, M. Danel, de Lille, H. Dcm, M. Fbanc, h. Laas imprimeDt des afliches qui doivrat être particaliÊfOment mentionnées; elles ne sont généralement pas signées de leurs loteors. C'est là une remarque que nous avons souvent faite et un regrd que noua avons maintes fois exprimé. Bien des imprimeurs, en eSet, préfirent que ce qui sort de leurs presses soit considéré comme leur œuvre personnelle. Ils bénéficient ainu, et c'est très régulier d'ailleurs, des succès qu'ils doivent aux collaborateurs qu'ils ont eu l'intelligence et le bou goût de s'adjoindre.

H. LÉON Sadlt fait paraître et signe des affiches qui sont coloriées su patron. Mentionnons YAisommoir, Nana, Panurge, Tureime, les ^'ctimes des tzars, Mirabeau, etc.

Auteur d'un mode de report sur pierre, il a publié à l'aide de ce procédé plusieurs affiches destinées au journal le Petit Bouennais, eaOe autres la Maîtresse de Duramé; ce moyen d'exécution diminuerait seosiblement la main-d'œuvre, s'il était poussé plus loio, mais il n'a ^ encore donné de résultats aussi complets qu'on pourrait le désirer.

M. Gh&bleb Léty signe et fait imprimer une grande quantité d'alficbes destinées aux concerta et aux théâtres de Paris et de la province. £U^ sont, il faut bien l'avouer, sans grande valeur «listique, mais leur auteur est en progrès et sa collection sera certainement recherchée plus «'■'> qpédalement pour l'éclat du coloris.

HH. Edw. Ancocbt, H. Gastelli, Febdinandus, Girlibi, H. Hew>

ihi GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Willette, enfin, desmoent d'sutres affiches qui méritent paiement dans cet exposé une mention toute spéciale.

N'oublions pas de signaler aussi les tentatives très intéressantes qu'ont faites M. Lahube, M. Morbis et M. Qoantin , pour l'impression des afliches par les procédés cbromotypograpbiques, si fort en usage à l'étranger et p&rUculièrement en Angleterre et en Amérique. Nous n'aimons pas beaucoup ce mode d'eiécution ; nous lui trouvons un caractère de sécheresse et de lourdeur qui nait à l'effet qu'on en pourrait attendre et qui fait regretter le velouté de la lithographie ; cependant nous voulons citer : chez H. Lahure, l'affiche que M. Adrien Marie a faite pour le Mutée de la Jeunesse, et plus particulièrement celle que M. Riou a dessinée pour YExpoiition internationale de Nice; chez H. Morris, celle de la Ménagerie Bidet, et chez H. Quantin, celle de la Loterie des Arts décoratifs. Noos savons bien qu'à l'aide de la chromotypograpbie on obtient sans difficultés des Urages conûdérables que ne pourrait pas donner la lithographie, mais, en l'état actuel des choses, il ne nous paraît pas que ce moyen d'action ait fourni jusqu'ici, pour la grande publicité, cela s'entend, de bien artistiques applications.

Depuis quelques années d'ailleurs, et c'est un signe des temps, les libraires, pour ne parler que de ceux-là, paraissent négliger les afliches auxquelles ils doivent de si légitimes succès. 11 est à peine besoin de faire appel à des souvenirs lointains pour retrouver la physionomie honnête et calme des librairies de notre enfance.

Placés sur des rayons visibles de l'extérieur, rigoureusement classés, les ouvrages en vente montraient à l'acheteur un habit simple et de bon goût ; si l'on était tenté de parcourir un livre, il fallait pénétrer chez l'éditeur. Là, on était assuré de bttuver l'accueil le plus empressé et la société la meilleure.

A cette époque, seuls, quelques industriels supprimaient les vitrines de leurs étalages et exposaient à l'air libre les aliments, les fruits ou les fleurs dont ils faisaient commerce.

C'est peut-être à leur exemple que nombre de libraires de notre temps, reDon<^t aux affiches, abandonnant la boutique fermée, sollicitent l'attention des oisifs par des moyens dont on pourrait quelquefois réprouver l'emploi.

Autrefois, tous les éditeurs, sans exception, avaient grand souci du contenu des ouvrages qu'ils publiaient; l'influence qu'exerçait la critique littéraire était reconnue et acceptée par tous. Aujourd'hui, on a changé cela, et l'œuvre des critiques s'est trouvée, du coup, considérablement amoindrie.

Ed effet, pour quelques-uns des libraires dont nous nous occupons, — Dieu merci! c'est le peUt nombre, car nous n'aurions garde d'y comprendi-e ceux dont les publications ont un caractère artistique, et nous faisons pour eux des réserves expresses, — tout gtt dans la couverture du livre. Que l'œuvre soit bonne ou mauvaise, que l'auteur occupe une situation respectée ou que la déconsidération l'ait atteint, peu importe!

Si la couverture, qui semble en passe de se substituer à' l'affiche, appelle et fixe le regard, le but est atteint.

Le plus souvent, le livre ne dit rien ou ne dit que peu de chose ; le lecteur a vu sur son enveloppe une jolie petite figure nue, dessinée par quelque artiste qui n'a ni le respect de lui-même, ce qui n'est que juste, ni le respect de l'art, ce qui est triste; il a acheté, peut-être a-t-il lu. Dans tous les cas, il est volé I C'est une simple tromperie, comme on dit au Palais, sur la qualité de la marchandise vendue.

Combien nous umions mieux les affiches et comme nous sommes heureux de rendre eofm l'hommage qui lui est dfk à H. Jules Chéret, un artiste de race, celui-là, convaincu justement de sa valeur, luttant victorieusement et assurant à cette branche de l'industrie française, sinon la certitude d'un avenir glorieux, tout au moins le souvenir d'un pas»é utile et brillant.

H. Jules Chéret est un maître familiarisé dès longtemps avec toutes les difficultés comme avec toutes les ressources de la chromolithographie. On pourrait dire même qu'il les a multipliées pour avoir le plaisir et l'honneur de les vaincre. L'œuvre de ses devanciers, quelque considérable qu'elle soit, n'obscurcit pas l'éclat de sa réputation légitimement acquise. Tous ceux qui s'intéressent à l'art proprement dit reconnussent à U. Chéret ime valeur qui lui assigne un rang privilégié parmi les lithographes de notre temps.

Compositeur élégant et fin, dessinateur correct, plein de mouvement et de vie, il apporte dans l' exécution de ses œuvres un charme pénétrant, une ^tente de la couleur qui n'ont pas été jusqu'ici dépassés et qui ne le seront probablement pas. Nous ne savons rien, dans cet ordre d'idées, d'aussi parfait, ni qui exâte une sympathie plus vive.

Fixé pendant quelques années à Londres, H. Jules Chéret y a dessiné des affiches excellentes et qui sont aujourd'hui particulièrement recherchées des amateurs. C'est lui qui, dès le commencement de 1806, grice à l'inventioQ des machines permettant l'emploi des pierres lithographiques de grandes dimensions, a introduit en France cette industrie nouvelle, k laquelle il a donné un vigoureux essor.

Mettant à prolit les éminentes qualités artistiques dont il est doué, il

5hlt GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Dous ft soustraits à la tutelle anglaise et a pu doter son pays d'un revenu annuel qui, aujourd'hui, s'ôlève à plusieurs millions.

H. Ghéret a produit plus de mille afiîches.

La librairie, les journaux, les magasins de nouveautés, presque tontes les branches de l'industrie lui doivent de nombreux succès-, mais s'il nous fallait faire un choix parmi ses œuvres si diverses, nous aurions vite accordé nos préférences à ses compositions théâtrales : pleines de verve, de sentiment et de grâce, elles nous paraissent devoir rester onnme les modèles du genre.

Le talent de M. Ghéret, tout aussi parisien, mais plus complet que celui de H. Grévin, avec lequel il a quelques points de ressemblance, ne s'émeut pas des grandes et larges compositions; celles de Fra$catt\ des Alméetj des Tziganes, en particulier celle qu'il vient d'achever récemment pour les Fétet de Stonl-de-Uanan, le prouvent surabondamment. L'action, le mouvement sollicitent, U est vrai, son crayon, mais il doime aussi, aisément et sans recherche apparente, avec une sûreté de main incomparable, une idée nette et précise d'un sujet moins vaste et sur lequel il veut plus spédalement appeler l'attention.

Grâce aux facultés vraiment exceptionnelles de leur auteur, les affiches de H. Jules Ghéret peindront fidèlement une époque unique et fort intéressante au point de vue de la mise en scène au théâtre.

Ce n'est pas sans raison que, parmi les œuvres de l'habile dessinateur, nous avons fait choix des deux affiches que nous reproduisons ici et dont il a bien voulu exécuter lui-même les réductions titbc^i^hi- • ques. Ces deux affiches datent déjà de plusieurs années.

La première, publiée dans la précédente livraison de la Gazette, ayant été exécutée pour le journal anglais Pan, était absolument inconnue à Paris; elle présente l'ensemble d'une composition agréable et d'un aspect particulièrement harmonieux.

La seconde, dessinée pour un établissement parisien bien connu, est oubliée depuis longtemps. Elle est au premier rang des œuvres les plus réussies de H. Ghéret. Elle nous a paru montrer, mieux que ne l'auraient pu faire d'autres affiches de l'auteur, l'originalité et l'esprit bien français qui sont comme la note dominante de son talent. Le dessin en est particiUièrement franc, vif; il exprime bien la verve endiablée de cette troupe de Mimes qui un moment a fait courir tout Paris ; les colorations en sont d'un dioix heureux et hardi. Cest donc avec intention que la Gazeue a choisi pour la reproduire cette affiche des Bozza. L'art spécial de l'affichage en couleurs s'y montre sous sa forme la plus moderne.

Nous ne saurions d'ailleurs trop y insister, H. Ghéret a le mérite

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d'avoir établi d'une façon décisive les principes de cet art qui lui doit une vie nouvelle.

Personne avant lui n'avait aussi clairement exprimé que l'affiche illustrée devait s'imposer non seulement par l'aspect général de la coloration, mais encore par l'élégance des lignes et la simplicité de la composition. C'est par ces qualités qu'elle s'élève au rang des choses d'art et qu'elle mérite de fixer l'attention des dilettantes.

Pour la couleur, et c'est le point capital, M. Ghéret arrive toujours à des effets décoratifs d'une grande puissance; il procède par masses, à l'aide de vigoureuses oppositions savamment harmonisées par des fonds gradués d'un coloris délicat. Ces fonds, obtenus par l'apposition de tons différents qui se joignent et se confondent au milieu du dessin, en augmentent la valeur et en assurent l'effet à distance.

Là où les personnages sont nombreux et mouvementés, dans les scènes théâtrales, par exemple, l'auteur évite avec soin la confusion du détail. On sent qu'il attache également une grande importance à la disposition du texte. La forme vive et originale des lettres inUmement liées à l'ensemble du sujet, contribue dans une large mesure, ainsi que cela doit être, à la physionomie générale de la composition.

Toutes ces conditions étant remplies, et elles le sont toujours dans les œuvres de M. Chéret, il est impossible de voir l'une de ses productions sans saisir immédiatement le caractère de l'ouvrage qu'il patronne. Si l'œil est satisfait, l'esprit ne l'est pas moins. Ses affiches sortent du mur et commandent l'attention. C'est là le résultat essentiel.

Bien des dessinateurs se sont inspirés de ses procèdes, mais seuls HM. Léon et Alfred Choubrac en ont compris tous les ftvautages. Ils parlagent avec lui des succès que personne ne songe sérieusement à leur disputer.

Aujourd'hui, nul n'a souci de ces belles affiches sitôt disparnes, mais, dans quelques années, avec quelle sollicitude ne les recherchera-t'on pas 7 Les collectionneurs auront fort à faire alors» et il n'est pas nécessaire d'être prophète pour affirmer qu'ils se préparent de grandes préoccupations et de cruels débours.

Nous ne pouvons pas insérer Ici le catalogue de t'œuvrede U, Chéret; qu'on nous permette seulement de citer quelques-unes de ses affiches, dont nous voudrions, comme une récompense justement méritée, assurer la possession à ceux qui nous ont fait l'honneur de nous suivre jusqu'à l'achèvement de cette trop longue étude.

Les voici : La Fête des Mitrons, — La Salle de Frascati. — Les Mogolig. — Le Chat botté. — Cadet Botusel. — Tertulia. — Paul Lc'

FAC-SIUILB rAdUIT D'USE AFTICKB EN COULEURS DE H. J. CHfiRET

LES AFFICHES ILLUSTBÉBS. 5&7

grand, — L'Athénée comique. — Fantaisie» Music-hall. — La Fée Cocotte. — Les Tziganes. — Les Aimées. — Les Folies-Bergère en voyage. — Spectacles concerts de f Horloge. — Les Magiltons. — Pa» bégueule. — Skaling-Rink. — Les Pilules du diable. — La Chatte blanche. — Le Petit Faust. — La Princesse de Trèbizonde. — La Vie parisienne. — La Quenouille de verre. — Le Droit du Seigneur. — Valentino. — Cendrillon. — Le Dompteur Bidel. — Les Folies Montholon. — Orphée aux Enfers. — Êden-Théâlre. — Aux Paragons. — Tripes à la mode de Caen. — Les Bozza. — Eau Rafaël. — A la Nou~ vette-Héloîse. — A l'Est. — Au Printemps. — A la Place Clichy. — A la Magicieime. — Au Petit-Saint-Thomas. — A la Ville de Saint- Denis. — Au Bot des Halles. — La Domination du Moine. — London- Figaro. — Pan. — Belfort. — Fanfreluche. — Les Fêles de Mont-de- Marsan.

Dans cet art populaire et malheureusement trop fugitif de l'alEche en couleurs, M. Chéret a fait preuve d'une veine prime-sautière et inventive qui le classe parmi les artistes les plus originaux de notre temps.

EBNEST HAINDBON.

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