‹ Gazette des beaux-artsChapitre 15 sur 148 · DU XIII* AU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU XIII* AU XVI* SIÈCLE

'. y a un demi-siècle que les vieilles peintures sur rëlm jouissent, chez nous, d'une grande faveur. Malgré cela, elles n'ont pas été, à beaucoup près, l'objet e aussi approfondie que les autres genres de l'art

science de l'enluminure est encore une science à I ne sera pas une des branches les moins fécondes de e lorsqu'elle sera cultivée avec l'attention qu'elle isloîre des mœurs, du costume, du mobilier, de )a en général, y' puisera, non moins que l'histoire du

ressources d'une richesse étonnante. Un homme de lition et de loisir (trois conditions indispensables pour

pareille) avait entrepris cette création, il y a une ! d'années. Il avait commencé à publier un immense planches qui devaient servir de pièces justificatives à isonné formant comme une vaste synthèse de l'art'. ., en effet, la vraie manière d'opérer : comparer des 1 He formuler des principes, aller de l'exemple à la

Malheureusement, les événements politiques entrat l'œuvre si intelligente de M. de Bastard, et la mort

ainturei el omemmtt de» manutcriu du iv au xvi* iiicU, comte de BaBtard ; ï la Bibliolhèqae nationalo.

LA MINIATURE EN FRANCE DU Xlll* AU XVI* SIÈCLE. 65

vint ensuite l'arrêter défimtivemeDt. A part les quelques volumes parus de son grand album, devenus à peu près introuvables, et deux ou trois notices où il a résumé d'avance ses principales idées , nous en sommes réduits à des aperçus généraux, d'un caractère assez vague, et à des monographies trop peu nombreuses. Un de nos grands archéologues, Jules Quicherat, signalait naguère l'insuflisance de ces travaux et proclamait la u nécessité d'en venir & une exposition dogmatique par une suite d'éludés particulières, de créer une langue pour dénommer toutes choses, de classer les types ïnHnis de cet art varié et fécond '. u Un pareil programme, sans doute, ne sera pas réalisé de sitôt : il faudrait une vie d'homme. Mais peut-être n'est-il pas impossible de poser dès aujourd'hui quelques jalons. Nous nous bornerons ici à établir dans les produits de l'enluminure un essai de classification, à indiquer les types les plus remarquables de chaque espèce et à dégager de leur rapide examen les traits qui la distinguent.

Lu souci de la belle écriture devait naturellement amener l'application du dessin à la décoration des pages : l'idée de la calligraphie éveille l'idée de l' ornement. On a commencé par tracer des initiales un peu plus fortes, un peu plus soignées que les autres lettres ; on a fîni par faire de véritables tableaux. Cet art charmant, qui a peuplé de chefs-d'ŒUvre nos bibliothèques et nos musées, se confond, à sa naissance, avec l'écriture et s'identifie, en disparaissant, à la grande peinture, comme ces longs fleuves qui, partis d'une modesle source, viennent se perdre dans l'Océan et régénérer ses eaux. Nos pères en ont exprimé le but et l'objet par un mot tout à fait pittoresque : sous l'empire de cet amour passionné de la couleur, qui éclate dans leurs monuments, dans leurs vitraux, dans leurs costumes, ils se sont représenté les feuillets couverts d'encre noire comme autant de champs sombres, demandant impérieusement à être éclairés ; y semer l'or, l'argent, les couleurs vives, c'était, pour eux, Mre le jour, c'était allumer {illumijiare). Et ne nous servons-nous pas d'une métaphore analogue, lorsque nous disons « illustrer un livre»?

L'ornementation des pianuscrils devint donc renluminure {tltitminatio), et les artistes qui s'en occupèrent devinrent les enlumineurs. C'est là le sens propre de ces différents termes, et c'est là le nom traditionnel, le vrai nom de l'art dont il s'agit. Dans l'usage, et sur le tard, le mot de miniature semble avoir prévalu ; c'est un abus de langage manifeste, car la miniature n'est, en réalité, que l'application de la couleur rouge {mi-

t. Bibl. de l'Éct^e de» Chartes, anaée 185S, p. 393.

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