‹ Gazette des beaux-artsChapitre 16 sur 148 · XXI. — t* PÉRIUDB · texte numérisé non relu

XXI. — t* PÉRIUDB

niwn) à certaines parties de l'écriture ou du livre *, et, si elle a constitué primitivement la base de leur décoration, elle en est devenue bienldl le cimntA .i.^ao»„ire On prend donc la partie pour le tout en :ette expression, et l'on commet une double 9, par un étrange revirement, on attribue à lure une signification plus étroite, celle de ent colorié. Dans quelques textes, à la vérité, s sont distinguées des hittoirei, c'est-à-dire înes ou des figures peintes formant tableau ; lans d'autres, nous trouvons les locutions «nà hittoiret, hirtorif et marges de haut en Jt plusieurs semblables, qui détruisent cette :ion, ou du moins nous en montrent le carac- •entiellement arbitraire, ta tout cas, elle n'a u'à une époque où l'on avait d^à perdu de ginel des mots. Pour ne pas l'adopter, nous raison étymologique, un motif péremptoire : I la pratique, le sujet historié n'est presque dessin d'ornement auquel on veut restreindre 1 d'enluminure, et qu'il n'est pas facile de renient avec l'esprit ce que l'on perçoit simules yeux. En elTet, la soi-disant miniature est u de la lettrine, elle a fait longtemps corps . pris place en dehors du texte que par suite «ment successif. Si quelques manuscrits très n offrent des spécimens indépendants, formant une page k part, c'est là une exception remarquable; elle ne devient un système, une habitude générale que lorsque le cadre des initiales ne siifTit plus à l'inspiration de l'artiste. D'ailleurs ces sujets hors texte sont dans le même goût et passent par les mêmes vicissitudes que les dessins d'ornement; ils en comportent le plus souvent. En revanche, les lettrines renferment de très bonne heure des figures ou de petites scènes, et les conservent, même lorsque la mode amène les histoire» séparées ; les deux formes d'illustration coexistent pendant une bonne partie du moyen jtge. Il est par conséquent impossible d'isoler, dans une

1. Miniator, qui minio scribit vet prœparal minium {eicrivetir de vermUtoH). Miniographia, ncriptura cum minio facta. Da Cange, au mot Miniabi. S. Delisle, Le Cabinet de» manuscrits, I, 31.

LA MINIATURE EN FRANCE DU XIIT AU XVl' SIÈCLE. 67

élude d'ensemble, des éléments aussi étroitement unis par le fait, et, tout en subissant la tyrannie de l'usage quant à l'emploi du mot de miniature, nous devions dénoncer une confusion et une séparation également illogiques.

Ce n'est donc pas la nature du dessin, ce n'est pas l'espèce des sujets

Uiniatare du PuuUet da ulDt Louli (Bibl. niUoiula).

tnùtés par le pinceau, ni la place qu'ils occupent, qui peuvent fournir la base d'un classement rationnel et commode des manuscrits à peintures. La division par pays ou par écoles nationales est plus séduisante, et, en effet, il est facile de constater des différences entre les miniatures françaises et les miniatures italiennes, par exemple. Ces différences, toutelois, ne sont pas radicales; ce sont plutôt des nuances, et des nuances souvent assez légères. L'art de l'enluminure s'est développé parallèle-

ment chez les divers peuples de l'Rurope, en subissant plus ou moins l'inHuencc du goût national et local, mais après avoir pris son point de départ dans une source unique, qui est la source latine : c'est exactement le phénomène observé dans l'histoire des autres arts, dans celle de la langue, dans celle de l'écriture; il se reproduit en tout et pour tout, à tel point que les nations occidentales peuvent passer, au moral, pour des rameaux différents d'une seule et même famille. Mais, où l'arbitraire commence, où les distinctions deviennent subtiles et ne reposent plus, pour ainsi dire, que sur des pointes d'aiguille, c'est lorsqu'on prétend reconnaître de province à province, de monastère à monastère, des diiïérences assez tranchées pour former des sous-écoles ou des sous-genres en nombre indéfmi, ayant leurs centres, un à Metz, un autre à Beims, un autre k Saioi-Martin de Tours, un autre dans le centre de la France, etc. Pour certain amateur, qui a voulu résumer la doctrine de plusieurs critiques et ne compte pas moins de huit manières différentes, un manuscrit constitue une école à lui tout seul'. Dans l'état actuel de la science, il est prudent de ne pas se lancer sur cette pente aventureuse.

Au point de vue chronologique, une classification plus simple s'impose à première vue et peut être établie dans les produits de toutes les ér:Oles que nous venons de nommer. Sans doute, il faut distinguer ici, comme dans toutes les branches do l'art, les périodes romaine, mérovingienne, carlovingienne, romane, gothique, et celle de la Renaissance. Sans doute, le style artistique propre à chacune de ces époques a dû nécessairement se refléter dans l'ornementation des livres : il a bien déteint sur l'écriture, à plus forte raison sur un genre d'ouvrage qui rentre directement dans les appartenances du dessin. Aussi tiendrons-nous compte des formes variées correspondant aux périodes en question. Mais, au-dessus de ces divisions d'un ordre un peu secondaire, se dessine une ligne de démarcation fondamentale. L'histoire de l'enluminure peut se diviser en deux grandes phases : 1° la phase hiératique; 2" la phase naturaliste. Expliquons ces deux termes.

Dans les premiers temps, le peintre sur vélin travaille exclusivement pour les clercs. Les livres qu'il décore sont des livres d'église, et, d'ailleurs, le clergé est presque seul à se livrer à la lecture. De plus, l'artiste est lui-même un ecclésiastique, et le plus souvent un moine. II parlera donc aux yeux de ses confrères le langage que parlent à leur intelligence la théologie et la littérature sacrée, celui qui est le plus familier à sa

1. Curmer, Évangile», appead. Cf. de Viel-Castel, StaluU de l'ordre du Sainl- Espril, p, 15 etsuiv.

boucbe et à son oreille, c'est-à-dire le langage symbolique. Hëme dans le dessin, il s'adressera encore plus à l'esprit qu'au sens de la vue^ il reproduira des types conventionnels, des emblèmes séculaires qu'il sera sûr de voir appréciés et compris ; en un mot, il suivra la tradition, non la nature. La nature, qu'a-t-il besoin de l'étudier? Les plus beaux modèles ne se trouvent-ils pas dans l'enceinte du cloître et dans les armoires du srriptorium? Ne fera-t-il pas preuve d'un plus grand savoir, ne réussirat-il pas davantage auprès de ses contemporains en groupant avec art les métaphores dessinées qui leur plaisent? Sans doute, il décorera soigneu-

sèment ses iniliales, il tracera des dessins de pur ornement, et la fantaisie lui inspirera quelquefois des idées cbarmantcs ; mais le comble de son talent, le suprême du genre consistera à faire dire aux choses les plus simples ce qu'elles ne disent point aux ignorants. Par exemple, en peignant le Christ sur la croix , il ne se préoccupera pas de faire couler naturellement le sang des blessures, ni de représenter la scène du Calvaire telle qu'elle a dû se passer en réalité. Il songera surtout au sens mystique de la scène ; il fera couler le sang divin dans un calice tenu par une femme ; ce sera l'Église recueillant les fruits de la Passion du Sauveur. Une main signifiera Dieu le Père, un poisson le chrétien baptisé. Les couleurs elles-mêmes prendront parfois sous »on pinceau une signiRcation symbolique. Il arrivera par ce système à des compositions ingénieuses, grandioses ou touchantes, mais un peu trop compliquées et trop obscures pour nous. Malgré cela, ou plutôt à cause de cela, tout le monde s'écriera autour de

lui, et noD sans quelque raison : <t Gomme c'est beau 1 » Tel est, eu effet, le goûl général de son temps, et ce temps est celui du triomphe de la convention dans les arts ; c'est la période que nous avons qualilîée d'hiératique, parce que le symbolisme sacré domine alors absolument dans l'enluminure et qu'elle est réservée en quelque sorte aux initiés. Le règne de cette première manière a eu à peu près la même durée chez les divers peuples d'Occident : il s'étend chez nous depuis l'époque mérovingienne jusque vers le milieu du xiii* siècle.

Au temps de saint Louis, et notamment à la fin de son règne, la société tout entière commence à changer d'aspect. Les arts, les lettres se sécularisent, et le livre aussi ; il est déjà dans les mains des nobles, des bourgeois. Le peuple lui-même ne s'instruit plus seulement par la parole : il y a des (illes de paysans qui savent lire. En même temps, les laïques apprennent à peindre, et l'on voit se réunir en corporation les caltigraphes, qui sont aussi des enlumineurs. Grâce à la protection de leurs nouveaux Uécènes, les princes et les seigneurs, ^ràce aussi aux avantages que procure l'exercice d'une profession unique et spéciale, avantages qui manquaient aux moines, occupés de beaucoup d'autres soins, ils agrandissent presque aussitôt le domaine de la miniature : elle pénètre dans les ouvrages profanes, d'abord dans les livres de droit, de science ou d'histoire, puis dans les poèmes et les romans. Dès lors, elle s'adresse à une classe toute différente, beaucoup plus nombreuse et beaucoup moins raflînée. Il ne s'agit plus de se servir de la langue énigmatique des clercs : bien qu'une partie des fidèles soit familiarieée avec les symboles, it faut autre chose à ces esprits plus réalistes : le peintre est obligé de parler avant tout aux yeux. Est-ce pour mieux se faire comprendre? Est-ce par suite de sa propre ignorance? 11 renonce aux types et aux costumes traditionnels ; il représente tous les personnages sous les trùis et l'habit de ses contemporains; il place toutes les scènes dans le pays qu'il habite, au milieu des monuments ou des meubles qui l'entourent. Ce n'est plus la convention, et pourtant c'est toujours la même absence de couleur locale. Ne nous en plaignons pas ; ce nouveau procédé servira à nous initier mieux que tous les documents écrits & la vie intime de nos pères. La transformation ne s'opère pas d'un seul coup, tant s'en faut. Le symbolisme existe encore et ne cède la place que peu à peu. Néanmoins l'artiste a commencé à regarder autour de lui ; il s'est mis à copier la nature. Il ne dessine plus de ces figures majestueuses, mais figées dans leur inmiobilité séculaire : il fait des portraits, grossiers d'abord, mais bientôt extraordinairement fins. Le pas est décisif, et la rénovation com-; plète de l'art s'ensuivra. Le trait caractéristique de cette seconde phase

est la recherche du réel ; c'est pourquoi nous l'avons appelée la phase naturaliste, en prenant ce terme dans sa meilleure acception. Elle s'ouvre au xiir siècle, bien que des essais isolés puissent parfaitement se rencontrer plus tôt; elle atteint son apogée au xv et se prolonge [H-esque dans le xvi', époque où, à force de se développer dans le sens que nous indiquons, la miniature deviendra la grande peinture.

La première de ces deux grandes phases mériterait certes une étude détaillée. Ce n'est pas sans un vif intérêt cpie l'on voit, à l'époque mérovingienne, un art nouveau segreiïersur les débris de l'art ancien, et la lettre initiale, seul ornement qui eût survécu au désastre des invasions, se parer peu à peu de dessins rudimentaires, de figures de poissons, d'animaux fantastiques et même d'informes essais de figure humaine; pots, sous le souffle fécond de Charlemagne et d'Alcuîn, cet art primitif s'épanouir subitement, le dessin et la peinture entrer non plus seulement dans la composition des traits de l'initiale, mais dans l'intérieur de sa panse, entre ses jambages, et y former de véritables histoire», c'est-à-dire de petites scènes traduisant pour les yeux le texte placé en regard, scènes qui bientôt s'agrandissent et s'émancipent au point de rejeter le cadre

de la tellre et de remplir la plus grande partie de la page; enfin, k l'art carlovingien, étouffé par de nouveaux envahisseurs et par les dissensions intestines du royaume, succéder l'enlumiDure romane, déjà plus raffinée, avec ses lettrines à rinceaux ou à filigranes courant sur les marges, ses ornements empruntés aux verrières et à l'&rchiteclure du temps, ses tendances visibles, quoique timides encore, à imiter la nature. Mais ces trois périodes, par suite de la domination & peu près exclusive du symbolisme, échappent en grande partie à la critique profane; leurs produits appartiennent moins au domaine de l'art qu'à celui de la science sacrée; leurs procédés sont moins du ressort de la vraie peinture que de celui du coloriage : il suffira donc d'en avoir signalé ici les caractères généraux. Nous nous arrêterons de préférence à celles qui peuvent être justement considérées comme l'âge d'or de la miniature.

Les enluminures de la seconde phase ne ressemblent plus à celles de la première. Au lieu de simples dessins au trait et de teintes plates, elles comportent le modelé. Le pinceau remplace tout à fait la plume; la gouache se substitue' à l'aquarelle. Voilà déjà une double transformation et UQ double prc^rès. Ajoutons que la miniature est complètement émancipée du joug de la lettre initiale, c'est-àr-dire que, si cette dernière sert encore de cadre à des figures et à des scènes plus ou moins développées, les sujets indépendants prennent désonnais la première place au point de vue du nombre et de l'importance. Enfin, l'illustration s' étendant peu à peu aux livres profanes, les artistes étant plus connus et leurs œuvres plus personnelles, leur pinceau reproduisant plus volontiers la réalité, les faits de l'histoire ou de la vie journalière, la peinture des manuscrits emprunte à ces modifications profondes une animation, un air de vie qu'elle ne connaissait pas. Elle devient plus humaine, plus accessible à l'intelligence des masses, plus conforme aux go&ts modernes. C'est un art, en un mol, et non plus une science. Le symbolisme, auparavant si compliqué, si hérissé de mystères, se réduit aux proportions d'un noble idéalisme, et l'on ne sait quel degré de perfection eût atteint la miniature si elle se fût contentée de joindre à cet élément fécond et nécessaire la recherche raisonnable du naturel, au lieu d'abandonner sa voie propre pour aller se perdre dans le courant de la grande peinture.

Malgré la difficulté qu'on éprouve à poser, en pareille matière, des bornes précises, on peut placer, comme nous l'avons fait, l'ouverture de cette phase nouvelle, chez nous du moins, sous le règne de saint Louis. Sans établir la même division, les critiques se sont accordés jusqu'ici à reconnaître un changement frappant dans les manuscrits de la seconde partie du moyen âge. Seulement, les uns ont cru le voir se produire dès

le 10* siècle, les autres l'ont reculé jusque daus le cours du xiv*. (In des Dieilleurs connaisseurs, M. de Viel-Caslel, a cependant fîxé la date de 1260 comme celle de l'éclosiou d'un mouvement préparé de longue main, et dont il n'a pas autrement déterminé la nature'. On serait bien embarrassé s'il fallait justifier par des exemples une délimitation aussi absolue : l'art n'est pas sujet, comme la politique, à des révolutions subites ; il procède par transitions lentes et insensibles. Mais le fait est que les causes déterminantes de sa transformation se produisirent simul-

tanément vers cette époque, et qu'en réalité il existe une différence marquée entre les illustrations contemporaines des premières années de saint Louis et celles de la lin de son règne. Ainsi le psautier qui porte son nom, à la bibliothèque de l'Arsenal, et qui était plutôt celui de la reine Blanche, sa mère, ou d'une contemporaine de cette dernière, est encore empreint du caractère hîéraUque ; au contraire, les miniatures du Credo exécuté sous la direction du sire de Joinville après son retour de la croisade d'Egypte, en 12S7, appartiennent manifestement au régime naturaliste par les souvenirs personnels et les portraits qu'elles renferment. Le portrait, voilà certainement une des caractéristiques les plus sûres de cette période. Or la figure du saint roi fut reproduite plusieurs fois, sinon de son vivant, du moins fort peu de temps après sa mort. Le savant mar-

\. SuibU* de fordre du SaiHi-Eipril, latrod., p. tO et suiv.

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quis de Laborde, signalant de son côté la grande renaîs-oance française du xiii* siècle, originale dans sa conception, nationale dans son origine,

dit nettement qu'elle ;réa le portrait'. Il va même jusqu'à formuler cette règle, un peu trop absolue aussi : au xii", a ; au xiii*, rien que des ■oduction du visage ou ie la nature inanimée, lignes équivalents de la de l'art; et tous deux i;ne de saint Louis. La usqu'aux derniers jours )dîvîser en deux âges :

l'époque indiquée (bien fût inauguré dans les et finissant vers lASO; nbrassant le déclin du

IX périodes, tout est en i; la miniature, encore e peu à peu à une délicatesse, à un fini véritablement admirables, surtout dans l'expression des figures, etelle atteint, vers 1&50, son apogée. C'est alors que l'école française , en lëte de laquelle brille le nom de Jean Fouquet, jette son plus vif éclat. Moins idéaliste peutêtre que l'école italienne, moins recherchée que l'école anglaise, moins sentimentale que l'école allemande, elle manque peut^tre un peu d'imagination ; mais elle est supérieure par l'entente de la composition, par le boa goût, en un mot, par les deux qualités qui sont l'apanage de notre nation en toute chose : le raisonnement et la clarté. Comment résister à. la tentation d'emprunter, ici encore, le langage plein de verve de Tauteur

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