EXPOSITION D'OEUVRES DE MAITRES ANCIENS
venir des croquis pris au jardin du Luxembourg, mêlés i l'élude des Rubens de la galerie de Médicis, et où l'on voit poindre ces effets lumiDeui qui bientôt seront an des triomphes de Watteau.
A côté de l'Amour paitible se place la Leçon d'Amour, gravée par Dopais en 1734, probablement acquise pour Frédéric II à la vente de H" de Pompadour (tS avril 4766], qui comptait dix-sept Watieau; peinture aujourd'hui craquelée et dont la pAte rétrécie forme d'innombrables petites rides, mais d'un ton clair Irëa séduisant par son charme lamineni. L'heure du soir approche, les premiers plans et les groupes d'arbres, qui occupent la moitié droite, se noient déjji dans des ombres obscures ; des lointains de la partie gauche baignés d'une chaude clarté se détache vigoureusement l'éléganle silhouette d'un joueur de luth debout, auquel Tait race un groupe de quatre personnages étendus sur le gazon et éclairés, en avant d'un fond de parc sombre, par les rayons d'une lumière oblique. La svelte et mignonne figure du joueur de luth aux contours délicatement estompés attire par son caractère sentimental. Witleau sait donner i ses personnages même de pure lantaisie une individualité intéressante, et l'on sent que ces gracieux héros, élancés et nerveux, rompus h l'art de la galanterie raffinée, et ses femmes dont la coquetterie nonchalante exclut tout sentiment passionné, sont copiés d'après des originaux déterminés, qui n'ont rien de commun avec les modèles payés des classes iorérieures. La poésie du motif se joint aux qualités picturales, heureuse alliance qu'on ne retrouve point chez les Lancret, les Pater et autres imitateurs de Watteau; ils restent dans le domaine de l'anecdote piquante; lui, s'élève b la conception idéale; ils ne lui prennent que l'extérieur, l'apparence, l'enveloppe, il garde le sentiment intime et le charme pénétrant.
Le Concert est dû à la même inspiration, quoique le groupe principal ne soit qu'une répétition libre du tableau Pour nous prouver que celle belle, gravé en 1719, par Surugue (chez sir Richard Wallacn). Inégalement achevé dans ses diverses parties, il n'est qu'une Improvisation géniale et rapide; le Ion général est produit par la couleur même qui a servi de préparation; un pinceau savoureux et empâté y a jeté avec une rare précision des lumières d'un blanc rompu; mais celte virtuosité n'est point exempte de maniérisme, surtout dans les petits plis de soie faits d'un trait uniforme et de mémoire. Ce tableau, très noirci et repeint, appartient à cette série d'œuvref qu'une exécution trop hâtée et trop négligée a vouées ï une prompte détérioration. La afariée de Village, gravée par Cochin (à Sans-Sonci), est si mal conservée qu'elle n'a pu être, nous l'avons dit, admise b l'exposition. Cependant M. Dohme constate avec raison i que cette ruine est un vrai trésor ». Dans un espace de St centimètres sur 76 se pressent plus d'une centaine de petits personnages, les têtes des 6gures principales étant, malgré leur exiguïté, d'une grâce exquise et peintes avec un soin minutieux dans cette pâle émaillée qui dislingue Watteau de ses imitateurs, pâte si solide que seule elle a résbtè aux lamentables atteintes de la craquelure et de la noircissure.
VAtiemblëe daru un parc est une répétition libre de VAisemblée galante, gravée par Le Bas. Dans l'une et l'autre, Watteau nous montre, en un fond de parc près d'une fontaine, des figures et des groupesempruniéeb ses feuilles d'études ou à ses souvenirs, sans les condenser en une composition homogène dont les diverses parties convergeraient vers un centre déterminé. Tel personnage est pris b la Gomme d'Amour, gravée par Le fias; tel antre ti des feuilles d'études du Louvre*; d'autres ii l'œuvre 1. Voir la eiUlogne Brann, n» PIS st 914.
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gravé ilu mattro. Comme Uwt virluoM, Wattoan a ses resaourcM usuellee, ses eipédienla qui allègent la besogne, ses truci, plus faciles îi découvrir dans ce tableau qui, n'étant point achevé, fournil d'autant mieux de sûres indications sur sa manière de préparer et d'ébaucher sa toile. Avant tout, il couvre d'un ton local défini un morceau de la surrace, sans se préoccuper des contours; puis vivement et hardiment, d'un plein pinceau trempé dans une codeur liquide, il dessine les lumières; en:iuite viennent les ambres, traitées par le même procédé en un Ion plus foncé; eoBn, quelques traits verts et quelques empâtements dans les plis principavi pour caractériser les chatoiements de l'étoffe (Rangeante, et le vêtement est achevé sauf quelques glacis. Ceux-ci, qui manquent dans notre tableau, sont en général rendus à l'aide d'une matière liquéfiée et transparente, grdce à laquelle il obtient cette puissance de lumière et cette légèreté de demi-teintes qu'où admire dans ses bonnes productions. Pour les carnations, il préfère une préparation de tons épais et consistants; il y appose de petites touches hardies et > galantes > qui forment autant de points lumineux sur les saillies du vifage, comme le nez, les pommettes, les bouta d'oreille, reliés eulre eui par de légères demi-pàies. Pour les contours des chairs il emprunte à Rubensson trait de puissant rose ou rouge brun, luisant sous la couche de pAte mince qui la couvre sans te cacher. Quoiqu'il y manque la dernière main, \'A»iemblé« dans un parc appartient à la période médiane de la vie de Wuiteau et non h ses dernières annéss, où les figures deviennent plus élancées.
Walttau était admis ë l'Académie royale de peinture et de sculpture depuis 1712, mais il ne pouvait se réMudre I présenter le tableau réglementaire qui rendait l'admission définitive. Ce ne fut qu'en ^^^^ qu'il consentit à s'exécuter, intimidé par une mtiaace d'eiclusion, et cette menace nous a valu ï Embarquement pour Cjflhèrt. l'œuvre capitale du maître, celle où il a mis au service de sa magie poétique tous les enchantements de sa palette.
f ... Le paradis de Watteau fi*ouvre, dit M. Edmond de Goncourl'; c'est Cylhère. Sous un ciel peint des couleurs de l'été, la galère de Cléopdtre se balance à la rive. L'onde est morte. Le bois se tait, Del'berbe au firmament, baltaoU'airsaoB haleine de leurs ailes de papillon, un essaim de Cupidona vole, vole, qui se joue et danse, nouant ici avec des roses les couples nondialante, nouant là-haut la ronde des baisers de la terre montés au ciel. Ici est le temple, ici est la fin de ce monde : > l'Amour paisible» du pefotre, l'amour désarmé, assis à l'ombre, que le poète de Théos voulait graver sur une douce coupe du printemps; une Arcadie soarieuse; un Décaméron de sentiment; un recueillement tendre; des attentions au regard vague; des paroles qui bercent l'âme; une galanterie platonique, un loisir occupé du cœur; une oisiveté de jeune compagnie; une cour d'amoureuses pensées; la courtoisie émue et badine de Jeunes mariés penchés sur le bras qu'ils se donnent; des yeux sans flèvre, des enlacements sans impatience, des désirs sans appétits, des voluptés sans désire, des audaces de gestes réglées ponr le spectacle comme un ballet, et des défenses tranquilles et dédaigneuses de hâte en leur sécurité; le roman du corps et de la tète apaisé, pacifié, ressuscité, bienheureux; une paresse de passion dont rient d'un rire de bouc les satyres de pierre embusqués dans lej coulisses verteâ... Adieu les bacchanales que menait Gillot, ce dernier païen de la Benaissance, né des libations de ta pléiade aux dieux agrestes d'Arcueill Adieu l'Olympe du lo Pœan, les chalumeaux eorouésetles
1. L'Art au iviii* tlicle, 1" ftucitiile, Watltau. Fini, <JuuiUn, ISBO.