‹ Gazette des beaux-artsChapitre 25 sur 148 · EXPOSITION D'OEUVRES DE MAITRES ANCIENS · texte numérisé non relu

EXPOSITION D'OEUVRES DE MAITRES ANCIENS

oa pluiàl de proportions, ud pied d'bommo Irop pelit, une jambe de femme trop Iodgue, l'uDiformîté du premier plan allestent la rapidité du travail. Mais tout le reste est peint ccm amore, très soigné, d'une franche coulée et d'un pinceau calme; les plis des étoffes sont plus simples et plus écrits qu'à l'ordinaire; les Ggures ont un libre et vif mouveroenl, les charmantes lèles, au Walleau a mis touie sa grâce, semblent autant de portraits. Par-dessus tout, le fond avec ses tableaux et ses glaces est, su point de vue pictural, la production la plus étonnante du maître, d'une pâte solide qui a déOé les noircissures et les craquelures, d'un loa général gris clair, froid, comme l'orient d'une perle, que les Comédiens français laissaieot déjà pressentir, mais avec beaucoup moins de bonheur et de distinction et sans cette limpide clarté dans une tonalité pâle et presque décolorée.

Watteau mourut le 18 Juillet 17St. Quelque temps après la publication de soq œuvre gravé, le marquis d'Argeos écrivait : i Dans vingt ans d'ici on troquera en France deui tableaux de Raphaël contre un éventail de Watteau. > Le goât français n'alla pas jusqu'à cette hérésie. Bien plus, il tomba dans l'excès contraire, et, vers la Gn du xviii* siècle, les Watteau ne trouvaicDl acquéreur à aucun prix. Il y a trois ans, un agent parisien offrait de l'Embar<iuemenl de Cgthère berlinois deui cent cinquante mille marcs.

De Watteau îi Laocret et à Paler la distance est grande, bien que Lancrat soit un imitateur contemporain et Paler un élève direct du maître de Valeocieones. Plus soigné dans les détails, plus appliqué, plus travailleur, Lancret n'a pas la même vie que son modèle, il reste casanier, bourgeois et souvent lourd; son paysage, dans une tonalité bleu verdâlre, n'est que conventionnel, sans fantaisie, fade et banal. II emprunte ses types au monde du théâtre dont l'élégance, toute d'apparence et d'extérieur, remplace chei lui les modèles Sus et distingués de Watteau. Ses visages ont ordinairement une expression triviale et le même moule de tête, à l'occiput plat, au front bombé, reparaît avec une monotonie faliganle. Le gesie est emprunté, gêné, sans grice réelle. Quoique ses motifs soient Eemblables ii ceux de Watteau, comme la poésie manque, ils ne dépassent pas le terre i terre d'une scène de théâtre bien ordonnée, à peine relevée par une élégance factice. Les étoffes qui se plissent avec lani de vive souplesse et de Gne aisance chez Walleau, devienuent ici lourdes, ballonnées, molles et longues.

Tel qu'il est, ce petit maître Bgure dans les châteaux royaux de Prusse avec vingtsix toiles d'inégale valeur, dont douze ont pris place Ji l'Exposition'. U. Dobme a écrit un catalogue raisonné de ces vingt-six œuvres. Dix appartiennent à la première période de Lancret; la science pratique est encore défectueuse, le dessin indécis; le brun de la préparation transparaît sous les pâtes et alourdit les ombres ; les têtes sont de proportions exagérées, les mains mal venues. Le peintre, d'ailleurs, met en scène des garçons et des filles de quinze ou seize ans, chez lesquels des passe-temps amoureux peuvent sembler un peu prématurés. Peu à peu la coloration d'un jaune chaud avec des ombres énergiques acquiert plus de profondeur; le dessin devient plus libre, plus précis, les types plus variés, les figures plus élancées. Do celte période, la meilleure de Lancret, une douzaine de morceaux, parmi lesquels quatre de ses chefed'œuvre : le Bal champêtre, justement vanté par d'Argenville, et oiJ l'on voit le portrait de Laocret lui-même ; le Moulinet, la Danse dans le pavillon et les Amours du

10b GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

bocage, gravés par Larmessia et souvent reprodnîu en lapîuerie aui Gobelios, mais oh un ton an peu lourd annonce dëjii la décadsQce, visib's et complète dans les sept dernières composiiions, dont (rois sont de« peintures essentiellement décoratives.

Quoi qu'il en soit des rapports de Pat«r avec Watlean très diversement racontés, il est certain que le premier reçut des legons directes du second et qu'il en tira grand profit, comme il le reconnaît loi même et comme le prouvent ses premièree œuvres. La Danse dans le pavillon offre, en effet, des types ouvertement empruntés b Watteau, entre autres la dame qni m dérobe aux caresses du cavalier. Les personnages principaux, dans ces premiers temps de Pater, sont peints avec soin et d'un modelé énergique comme si, dit H. Dohroe, Watteau, debout derrière la cbaiae de son élève, le forçait, pour racheter son manque de conscience ordinaire, k peindre enfin quelque tète d'une exécution soignée. Hais l'ombre de Watteau ne fut pas araei souvent derrière la chaire de Pater. La négligence augmente, les tons deviennent pins plais, le pinceau dessine plutôt qu'il ne peint, les modelés disparaistent; les groupée sont mal composés. Cependant, çà et li, on retrouve le Pater du bon lemp^ avec ses Snes qualités de miniaturiste, surtout dans une Fête en plein atV signée Pater i733, et dans quelques petits tableaux tirés du Roman comique de Scarron, dont quatorze au nonveau palais de Polsdam, étonnent par leur étrange inégalité. FauMI dire que lee cblteaux royaux de Prusse possèdent des douzaines de Pater qui sont moins des œuvres d'art que des articles iTexpor talion T

Après avoir mentionné rapidement un portrait de maréchal de France par Rigaud, un Hanrice de Saxe par Latour, l'un et l'autre tristement conservés, et quelques peintures assez indifférentes de de Pesne, dont les meilleures œuvres garnissent 1rs châteaux royaux de Prusse, il faut a'arréler à un bon Boucher, Vénus, Mercure et l'Amour portés sur des nuages [signé Boucher, i7i3, au-dessus d'un cœur transpercé}, supérieur b la moyenne ordinaire du peintre et à son faire conventionnel de décorateur, inlérieur cependant au délicieux petit portrait en pied de la Pompadour, chezlabaronne Willyde Bottiachild à Francfort, un des joyaux de Boucher. La Déclaration et la Jarretière détachée, de de Trof, accusent une grande connaissance lechnique avec quelque chose de dur et de vitreux dans un ton peu approprié à la galanterie du sujet.

Chardin aurait été très bien représenté à l'Exposition si les quatre tableaux qu'elle avait de lui n'eussent été plus que compromis par de barbares restaurations. Le plus important des quatre. Une femme occupée à cacheter une lettre (gravé par Pessard), avec deux figures grandes comme nature, est d'une coloration proronde et vigoureuse, d'un empilement nourri, rare chez le maître. Signé /. S. Chardin f. 1732. Ce beau morceau, exposé au Salon de 173S, en même lemps que le jeune homme coiffé d'un chapeau, parent du Château de cartes de la collection Lacaze, fut acquis avec lui, cette même année, pour le prince royal, le futur Frédéric H. Ces deux œuvres se trouvaietit encore fraternellement réunies à l'Académie, avec une Femme revenant du marché, signée et daiée 1738, c'est-à-dire antérienre d'un an à l'édition du Louvre, et une Raiissettse de carottes si cruellement défigurée qu'on l'a prise souvent pour une copie, bien que les accessoires soient du meilleur pinceau de Chardin.

CHAHLBS EPHRUSSI.

La R«ilacuiu « ch«t, B«rul : LOUIS GONSB. Pull. — Tjp. A. QuOtiB, t, nu Salnt-SawK. — |3S31j

Page 1