Bic
passé, « quand il praiîquait les cours n. Le sujet de sou Bicordo lui fournit l'occasion de dire un mot sur les artistes qu'il a connus jadis et, par le fait, son livre, dont il prèparait'les matériaux depuis longtemps, nous reporte aux premières années du xti' siècle.
Sabba n'est pas un écrivain, il le sait et ne s'en cache pas. « Je suis Lombard, dit-il dans sa préface, et je parle lombard. Ha langue n'a ni la légèreté, ni la grâce, ni la délicatesse du toscan; mais, telle qu'elle est, je m'en contente* n. Son style est lourd, diffus, plein de répétitions ; l'orthographe incorrecte, les phrases interminables, mal ponauées, sans alinéas, d'une lecture laborieuse. Avec cela beaucoup de bonhomie, de Vhumùur à l'occasion, une saveur particulière, parfois de l'émotion, une chaleur communicative qui touche à l'éloquence. Écoutez cette tirade sur l'Italie : « Je parle de l'ancienne Italie, dont le nom fameux est encore xm objet d'amour, de respect et de terreur; je ne parle pas de la misérable Italie moderne qui n'est que l'ombre de l'autre, qui n'a gardé de l'Italie que le nom, qui n'est qu'une proie jetée à l'univers, une vile chouette plumée par le premier oiseau venu, une fille effrontée, une îofôme courtisane, l'opprobre des nations, jadis la reine du monde par ses vertus, aujourd'hui l'esclave des plus vils par ses vices. 0 puissance, t force, ô violence de la sainte vérité, que d'infamies tu m'obliges à dire à ma chère patrie, mon doux nid, où je suis né, où j'ai reposé, où j'ai grandi I Pardonne-moi, douce patrie, sois patiente; la vérité est plus forte que l'affection, n'importe! Je veux maintenant, comme ton fils ému de tendresse, panser un peu tes blessures profondes et consoler tes ruines* «. Il y a là, si je ne me trompe, une émotion naïve et sincère, un accent sympathique ; Sabba n'est pas le premier venu, seulement il parte trop et s'écoute trop parler; il ne met pas en pratique sa maxime u qu'il faut savoir chasser le sommeil de ceux qui seraient tentés de s'endormir en lisant son livre' ».
Obligé de traduire avec précision, j'ai préféré le mol à mot, malgré les redites de l'auteur, aux à peu près d'une traduction classique, et le français contemporain au langage moderne. Notre vieille langue serre le texte de plus près et se prête davantage aux tournures italiennes du xvi* siècle.
Mon édition porte la date de 158&, à Venise, chez Domenico Farri ; c'est, je crois, la dernière.