‹ Gazette des beaux-artsChapitre 42 sur 148 · XXX. — V piUODB · texte numérisé non relu

XXX. — V piUODB

livres tournois », citée daas l'Inventaire des biens de Pierre Mignard

(1660), le célèbre peintre, ainsi que le a grand chauderon pour couler la lessive, cuivre rouge », et la grande fontaine, cuivre ronge, tenant six voy d'eau », du Testament et Inventaire des biens de Claudine-Bouzonnet Stella (1693-1697), femme artiste de ce temps; mais on peut parfaitement leur attribuer les deux grands bustes en cuivre repoussé d'Adrien et d'Antooin, décrits dans les Inventaires de Bellavoine et de Leroy, bourgeois de Paris, en 1667.

Actuellement, dit avec raison M. Demmin, u on a essayé et réussi de remplacer le repoussage au marteau du cuivre, toujours long et coûteux, par l'estampage mécanique, qui donne des dessins bien plus réguliers que le travail individuel, mais, par contre, d'un aspect aussi manufacturier que celui des productions de ce genre en zinc. C'est au moyen de parties d'abord modelées en plâtre, et servant i produire les moules dans le sable, que l'on fait couler en fonte de fer les creux et tes reliefs ou contreparties avec lesquelles les différents morceaux sont estampés par la macbine à vapeur et qui, soudés ensemble, ciselés, les creux mattit en pointillé et les reliefs polis, donnent des modèles fort beaux, mais trop réguliers et absolument pareils les uns aux autres n.

En d'autres termes, la mécanique industrielle a fait son oeuvre; mais, dans cette œuvre, tout intéressante qu'elle soit, on cbercberait vainement la libre originalité du style et la fantaisie capricieuse de la composition ; il y manque, en un mot, ce quelque chose d'indéfinissable que peuvent seuls produire ta main et le génie de l'artisle.

SPIB£ SLOKDEL.

E>DANT le moyea Age, la renomma àfs brodeurs anglais s'étendait d'un bout b l'autre de l'Europe. Chroniqueurs et poètes se plaisent à doqb montrer les grandes dames et jusqu'aux souveraines s'essaj^nt dans ces peintures minutieuses, dans lesquelles le crochet ou la navette remplaçait le pinceau et des Gis coloriés les couleurs liquides. Le terme à'opus angtieanum ne désignait pas seulement un genre particulier de travail, il était encore synonyme de haute perfection technique. Mais il suffit souvent d'un simple changement de procédé pour ouvrir des centres de production absolument nouveaux, comme pour ruiner irrévocablement ceux qui jouissent de la réputation la mieux assise. La haute lisse entre en lutte, vers le xiii* siècle, avec la broderie proprement dite : il n'en faut pas davantage pour déplacer te foyer de la peinture en matières textiles. Autant les brodeurs anglais étaient célèbres, autant les tapissiers anglais seront obscurs, s'il y a eu toutefois, avant la Renaissance, des tapissiers originaires de l'Angleterre, car la plupart des ateliers établis dans ce pays semblent avoir eu des Flamands pour directeurs. Le nom même d'Arras, donné par les Anglais aux tapisseries Taîles â l'aide de lisses (les Italiens, on s'en souvient, disent Arazzi, les Espagnols Paiioi de raz), montre que nous avons affaire b une importation étrangère. C'est ainsi que, lorsque la gloire des tapissiers parisiens éclipsa celle des tapissiers Bamends, le nom de >Gobelini, devint en Allemagne, synonyme de tenture historiée; il est aujourd'hui encore couramment employé dans cette acception.

A quelle époque la haute lisse, le ■ high-warp ■, s'introduisit-elle dans les Iles britanoiqueBrOna invoqué parfois un texte datant du règne d'Edouard l"(1i7S-t 307)

pour établir que dès cette époque l'asage du nouveau genre de tentures était fort répanda. Le devoir de cbambelian, Itl-oo dans le recueil des lois de ce prince, est de veiller à ce que tes appartemenls soient ornés de tapis el de bancquiers : « ut camer» tapelis et banqueriis ornentur' ». Hais s'sgissait-il de simples étoffes brochées, ou de tapiaserieB proprement dites ? Le doute est pennis.

Nous trouvons une iodicalion plus précise dans un document, malbeureusement fort mutilé, du temps d'Edouard III (13S7-1377). La dix-builiérae année de son règne, ce prince donna l'ordre de faire une enquête sur la fabrication dee tapisseries ï Londres : * de inquirendo mislera (tic) tapiciariorum Lond* ». A la même époque, lors de l'entrée triomphale à Londres du Prince Noir, traînant 'a sa suite son prisonnier le roi Jean, les maisons de Londres furent tendues de tapisseries représentant des batailles'. Vers la fin du même siècle, nous trouvons à Warwick-Caatle une snila jugée tellement précieuse que le roi Ricbard II (-j- 1399) en fit une mention spéciale dans la cbarte accordant au comte de Kent des propriétés confisquées sur la famille de Warwick. De même, en 1399, dans la restitution faite i son premier possesseur, le roi Henri IV visa particulièrement cette tenture, qui représentait YHitloire de Guy dt Warwick*.

La libéralité des ducs de Bourgogne, souverains de la patrie par eicellence de la tapisserie, ne contribua pas peu à remplir de tentures brillamment bistoriées les gard»meubles de la couronne ou de la noblesse. C'est ainsi qu'eu 4395 le duc Philippe le Hardi comn>anda au célèbre tapissier parisien Jacques Dourdin, pour l'o^ir au roi Richard II, une Cruci/ixion, un Calvaire et une ifort de la Vierge*. L'année précédente, en 1394, il avait Tait don au mSme monarque d'une Hiitoir» de Clinthe. Vers la même époque, les ducs de Lancasler, de Glocester et d'York reçurent de lui une suite de tapisseries précieuses parmi lesquelles on remarquait l'Uialoire de Clovit, VHitloiTe de Noire-Dame, VHitloire de Déduit el Plaiiance*. Dn peu plus tard, l'héritier de Philippe le Hardi, Jean sans Peur, gratifia le comte de Perobroke, l'an des ambassadeurs de Henri IV, de trois tentures importantes dont l'une se distinguait par plusieurs ■ imaiges de bellea QUes ». En l&li, autre don fait à Robert, duc d'Albanie, qui gouvernait alors l'Ecosse : la chambre de tapisserie qui lui tut offerte renfermait des images I de femmes grandes et de petits entants >. En <it6, le comte de Warwick, ambassadeur de Henri V, reçoit k son tour une riche tenture chargée de divers personnages et de beaucoup d'oiseaux. Et que de séries ineslimablee durent s'engouffrer dans les cbAleanx anglaisa la suite des vicuireedela guerre de Cent ansl

Bientôt, frappés de ce déploiement de luie, éblouis par ces figures de rois, de héros, de dieux, »e mouvant sur des surfaces souples et ondulées, resplendissant des plus riches couleurs, les poètes célébrèrent à l'envi les conquêtes de l'art nouveau, ou plutôt de l'art ancien, si heureusement ressuscité, tout comme l'avaient fait naguère les Catulle, les Ovide, les Qaudien. Cbaucer (133S-U00) déjà revient à différentes reprises sur la tapisserie et ses représentants. Mais c'est surtout dans la vie de sainte Werburghe, de Henry Bradsbaw (f 1513) que la Upisserie intervient comme élément décoratif important. L'abbaye d'Ely, à l'occasion de la prise de voile de la sainte, est

1, Vojci 1« RHhtnhei d» U. Pnodiqu Ulchal, t. H, p. 84I-84S.

S. CoJnuIaHiuii rMuJonm palmliuin te turri Lotuliaeral; LondrM, ISDl, p. 14S.

8, ComtMW da WilMD, Tht arl ef nmUc-uwrt; Loadni, 184S, p. lOS.

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ornée de ■ clotbea oT gold and ams ■, rafM^eMtant toute VBUloire de FAmeien et du Nomeau Teâlamenl. Pais Tieoiwnt des • DOblee anncyeat Horiee », c'est-ft-dtre VBittoirede Samion, d'Hector de Troie, du Rot Arthur.

Qnelqnes leotstives iso'ées pouiraieDt biea avoir M fsilea dès km pour introduire dans les Des britaniiiqaes le secret de la haute ou de la basse lisse. On sait qoe ce deroJer procédé o'est pas d'invention récente, comme on l'a soalenu récemment, maiâ qu'il était conoa dès le moyen Age sons le nom de Tapùterie à la ntarche. Ce qui autorise dans une certaine mesure k émettre celte hypothèse, c'est qu'en 1 39S le comte d'Arundel disposa par leetameot de ses tentures bleuss, )i fleurs ronges, « récemment lailes à Londres *. La question serait tranchée déGoitivement dans le sens de l'affirroative, s'il était prouvé qu'il s'agit de véritables tapisseries, et non de broderies ou d'étoffes brochées.

Quoi qu'il en soit, l'importation Oamaode ne discoolinoait pas. Citons notamment la cotnmaDde bit» en UTT par Jean Pasmer, marchand de Londres, à Gilles van de Putte, de Bruxelles, d'une tapisserie de SI annes de long sur 5 t/i de bant, représentant an centre les Qoatre Docteurs de l'f.glise et d'autres docteurs ou évéquee, ainsi qu'un tabernacle richement décoré '.

Cne recrudescence de luxe marque les premières années dn xvi* siècle. En 4503, lors du mariage de la BUe de Henri VII avec Jacques d'Ecosse, Uoly-Bood-House fut tendu des plos riches lapisseries. Oo admirait surtout parmi elles I'fitit4>trs de Troie et VHittoir* dBercute. Quelques années plus lard, à la mort de Henri VII (1&04), le garde-meuble de la reine renfennail les teolures suivantes : ï'Hùtoire de fi'abucho- (/(HHUor (i pièces], VUUtoired'Heratte Hf.),\'BUtoiredePdTi$ etd'UéléM{3f.), ï'Hùtoire du roi SaiU [4 p.), VBitloire de Samton et de SatomoK (K p.), et, en ottlre, trois tapisseries et an tapis ■ du roi Robert de Sicile' ■.

Henri Vllt, Wolsey et la plupart des seigneurs anglais du xvi* siècle tiraient de l'étranger, nous pouvons l'affirmer hautement, ces tentures dont ils se montraient si Gers. Cependant, dès cette époque, l'Angleterre fit quelques efforis sérieux, je ne dirai pas pour disputer aux Flandres leur suprématie, mais du moins pour traduire sur le métier, sans être forcée de passer par l'iulermédiaire des étrangers, les essais des peintres indigènes. Due petite tapiss^ie or et soie, de la collection de H. le baron de Schicider, a été attribuée avec beaucoup de vraisemblsnce kun ateUer d'outre-Handte (il était si belle, on le sait, d'improviser des méiiMS de haute lifse!]; elle semble dater de cet flge charmant où l'Europe septentrionale béailail Mitre les traditions médiévales, si intimement liées aux senlimeola religieux, et les séductions pins probnes de la Renaissance. Dans la tapisserie de H. de Schickler, le motif est emprunté aux croyances du passé ; nous y voyons le patron de l'Angleterre, saint Georges, emporté par son cheval fougueux el enfonçant au passage sa lance dans la gorge d'un dngon monstmeni. Mais l'architecture, les ornements resfHrent déjà le souffle du temps nonveati : l'arc surbaissé, les cidonnes incrustées de gemmes montrent que nous toocbons k une autre ère. L'atlribulion du Saint Georges à l'Angleterre ne repose, nous le répétons, que sur des présomptions — caractère des tètes et de l'architecture, — mais ces présomptions ne sont pas à dédaigner.

Vers la Gn du règne de Henri VIII, nous voyons se produire one tentative plus

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sérieuse. William SheldOD mit è la disposition dn Upisgier Robert Hicks sod manoir de BurcheitOD, dans le Warwickshire, et lui fît exécuter sur une grande échelle les cartes des comtés d'Oxford, de Worcester, de Warwick et de Gloucester'. Trois de ces cartes figurent encore parmi les curiosités du musée de la Société philosophique d'York*. Dans son testament, daté de <S70, Sheldon appelle Hicks l'introducteur, dans le royaume, de l'art de la lapisserie : n The only auler and beginner of tapestry ind arras witbîD this realm * ».

De temps en temps aussi'des tapissiers Qamands cherchaient fortune en Anglelerre, En tS67-IS68, à la suite des persécutions du duc d'Albe, des colonies plus ou moins considérables s'établirent ï Canterbury , à Norwich, à Sandwich, à Colcheater, à Maid- Stonp. Plus tard, nous trouvons dans les Iles britanniques un certain Planck, que les autorités db Bruges déclarèrent, eu 46S1, « ëlre parti vers ledit royaulme, il y a quinze ans Ou environ s, et Jacques Lyms, de la même ville, parti « il y a huit ans* >>t ou encore de Haegt, de Hiddelbout^, fixé en Angleterre, de 4647 à 46SI '.

Le Rév. Rock* est disposé i considérer comme un ouvrage anglais la fameuse suite aujourd'hui conservée à Aix, en Provence, les Scénet de ta vie du Chritt. Cette tenture, donnée en 4595 à la cathédrale de Canterbury, aurait été, d'après lui, tissée en Angleterre. Hais la date inscrite sur une pièce (4544} et le style de l'ensemble (les cartons ont probablement pour aul«ur Quentin Helsys) contredisent absolument cette manière de voir^.

Il est souvent question, à cett« époque, d'imitations de tapisseries : « count«rraU ■rrss* >. Étaient-ce là des toiles peintes ou un genre particulier de broderie? J'avoue ne pas être en mesurede traucher le problème.

Elisabeth ne semble pas avoir fait d'efforts particuliers pour développer dans ses États une industrie d'art doat rimporlaoce économique avait depuis longtemps frappé tant de souverains étrangers, les rois de France, les ducs de Toscane, de Ferrare et de Hantoue, les ducs de Bavière. Hais son régne est du moins signalé par l'exécution d'une tenture rappelant l'événement capital de la fin du xvt* siècle, la Destruction de l^ Armada.

Cette suite considérable, véritable page d'histoire, fut commandée par l'amiral Howard au peintre H. Comelis de Yroom, d'Harlem, et au tapissier Frençois Spierinck. Plus préoccupé de l'exactitude historique que des exigences de la décoration, l'amiral y fit représenter la flotte espagnole luttant contre la fureur des flots ou contre l'enDemi acharné à sa poursuite : la slructure des vaisseaux, leur nombre, leur rang de bataille, tout témoigne des plus scrupuleux efforts. Hais l'élément humain, qui plus que tout autre donne à une composition de la vie et de l'intérêt, n'est-il pas trop complètement sacrifié à ces énormes machines de guerre qui ne montrent aux spectateurs que leurs flancs garnis de canons? Exclue, ou & peu près, de la scène principale, la figure humaine reparaît dans la bordure; on l'a ornée des portraits en médaillon des prin-

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