‹ Gazette des beaux-artsChapitre 50 sur 148 · ET SA NOUVELLE POBCELAINB · texte numérisé non relu

ET SA NOUVELLE POBCELAINB

le Serres, et ce n'est pas II vit des cAt^ hsa moies

»Q histoire, eut, à plusionra reprises, le privilège

les conToitiies, de faire naître bien des jalousies

léme des aaimoaités que rien ne justifiait. Vingt

Ibis son existence a été menacée, et si elle a

résisté, ce n'est certes pas la hnte de cens qui,

dans les circonstances critiques qu'elle ont ii

traTerser, s'offraient à lai porter secours. Les

uns, ponssée par un intérêt personnel habile*

linimolé, ont voulu la taire mettre en régie, os-

proBter pendant quelques années de l'immense

ion qne ers produits araient acqoise dans le

es, consciemment ou sans s'en rendre nn compte

IB son administration on dans sa réorgaoiaalion

que leur résultat le plus clair eAt été de la tuer

»«. » .... ,..^....» «jfin, beaucoup plus francs, ne demandaient pas

moins que sa suppression radicale.

A la rigueur, cette sorte d'animosilé eât été excusable à l'époque oiï la maisfectare, protégée par des pririlôges exorbitants et fermée à tous, créait an commerce une concurrence redoutable ; oH, par un singulier abus de pouvoir, des arrMés — presque toujours éludés, du reste — lui réservaient le droit exclusif de dorer tes porcelaines et d*emplofer dans leur ornementation une décoration poljcbreme ; et cependant, il Taut bien reconnaître que c'est ii ce syslftme émiaemmeat prolecteur que la vieille manufacture, à ses débuts, est redevable de l'immense supériorité qu'elle atteignit si rapidement, supériorité qui devait bientôt rejaillir sur tonte ta porcelaine française.

Aussi ses détracteurs tronvëreot-ils peu d'édio lorsque, au moment où craquait de tontes parts le vieil édifice de la monarctiie, ils [m>posèrent, ainsi qne le fit Marat, dans Mffti du peuple (17 août 4790), de supprimer les manufactures royales de Sèvres et des Gobelins, « dont la première coûte au public plus de tOO.OOO franca annudlement pour quelques services de porcelaine dont le roi bit des piésenla sux ambas-

sadenre, et dont ti dernier» coûte 400,000 écuB, on ne aoit trop poarqitoi, Bi ce n'est pour enrichir des fripons et des intrigants i.

Heureusement, l'Assemblée nationale en jugea autrainent, et, malgré l'opinion de Harat, décida (décret du S6 mai 1791) que ces manufactures ne devaient être ni confonduet ni lUiinéet avec les biens dits nad'onotKTjeL qu'elles seraient comprises parmi les domaines laissés k la disposition du roi Louis XVI et à la charge de sa liste civile.

Loraqne, plus tard, la proposition de les supprimer fut présentée de nouveau à la ConvenUon, cette assemblée, mue par un sentiment de patriotisme véritablement français, la repoussa presque à l'unanimité, sur le rapport que lui fit, le 6 janvier 4793, le ministre de l'intérieur Roland. • 11 ne faut pas, tisons-nous dans ce rapport, que les étrangers perdeat l'habitude d'estimer et de rechercher l'industrie française. Il suffit que Sèvres, les Gobelins et la Savonnerie soient en état d'ajouter quelque chose à la réputation de cette industrie, pour qu'il devienne sage de les entretenir, même gvand ce serait à perle. ■

Ce caractère d'otilltë, pour aiosi dire nationale, s'accentua davantage dès le début de la direction de Brongniart; àtaasal9ol»adreuéê attministre [9 vendémiaire an IX), cet illustre savant, combattant l'idée qui semblait prévaloir alors de concéder l'établissement à une compagnie particulière, iusifata tout spécialement sur l'immense intérêt qu'il y aurait pour l'iudustrie à faire de la maaubciure de Sèvres « un lieu où tous lee hommes instruits dans la pratique des aria céramiques viendraient bire des expériences ailles à la prospérité de celte partie importante du commerce de la France >. 11 proposait en même temps la création d'une école d'éUres, composée de < douze enauts choisis parmi les plus intelligeats dans les hospices civils de Paris, et qui, pendant quatre ans, seraient logés et nourris h la maniiftcture aux frais de l'Ëtat ■.

Il serait trop long de reproduire ici, même sommairement, les eilaques auxquelles la manufacture fat en butte pendant les quarante-sept années de la direction de Brongniart. Nous nous bomerona à rappeler qu'en 1830 deux écrivains qui jouissaient d'une certaine notoriété, Gault de Saiol-GermainetGuyot de Père, entreprirent contre elle une campagne, heureusement infructueuse, dans laquelle ils s'efforçaient, tout en rendant justice « aux progrès immenses qu'elle avait réalisés et anx aervicea qu'elle avait rendus i, de démontrer que < son existence était nuisible aux intérêts du commerce et à l'industrie, et qu'il n'y avait plus rien à attendre d'elle ■■

La même thèse fut reprise en 1848 par Emile de Girardin; elle n'eut pas pins de succès que les précédentes et souleva même une protestation portant lee signatures de plusieurs décoraleurset fabricants de Puris, qui considéraient ■ la disparition ou même l'amoindrissement de la manufocture comme un acte anfinaftonaj ■.

En <8S0, elle eut un combat plus redoutable à soutenir. Dans la séance de l'Assemblée législative du I juillet 1 850, à propos d'un rapport de H. Belting de Lancastel sur un projet de loi relatif à la concesnon des produitsdes manufactures, H.Schœlcber monta à la tribune et demanda la suppression immédiate des manufactures de Sèvres et des Gobelioa, — qu'il traitait dédaigneusement de fabrique» natioiales, — alléguant qu'elles ■ avaient accompli leur œuvre, qu'elles avaient si bien rempli leur mission qu'il ne leur restait plui rien à faire, qu'il les regardait comme n'étant plus utiles, comme étant nuisibles. . . » Avec l'autorité que lui donnait son grand savoir et se haute compétence en matière d'art, le duc de Lnynes les défendit dans un éloquent discours; il fut secondé dans une dessésnces suivantes par U. Ferdinand de Lasteyrie, et la proposition fut reponssée à une immense majorité après une troisième délibération.

Des attaques plua discrètes et qoi ont eu moios de reteotissemeot se Huccédérent pendant tODie la durée du second Empire; ne pouvant rieo contre l'existeoc» de la manafacture, qui avait Tait retour à la couronne, ses déU^cleiire s'en prirent b ses produits, dont ils critiquèrent les formes et la d^ coratiOD, toujours plus ou moins discntabies, du reste, ainsi que tout ce qui louche aux œuvres d'art, et, avec une mauvaise foi évidente, se refusèrent à constater et & signaler les progrès et les découvertes relativement Importantes dont Sèvres ne cessait de doter l'industrie française. Moins justes que les étrangers qni avaient proclamé plus d'une fois l'influence considérable qu'avait eiercée partout la manulysture <, ils cherchèrent par tous les moyens possibles à rabaisser un établissement qni avait toujours été considéré, h juste titre, comme un des plus beaux fleurons de notre industrie nationale.

L'exposition qui va ouvrir au palais des Champs-Elysées, et dans laquelle tes produits des manufactures tiendront une place dM plus importantes, va prouver une fois de plus combien étaient peu fondées ces attaques déloyales, en montrant que Sèvres n'avait pas encore, ainsi que l'affirmait H. Schœtcher en 18S0, « accompli son œuvre * et qu'il t lui restait quelque chose k faire >. La nouvelle porcelaine, dont les spécimens vont, pour la première fois, être exposés, peut être considérée ^ comme un des progrès las plus considérables

réalisés depuis longtemps dans le domaine de

(Vlgsevin^; cudalaaiiiMil rubla.) , , ■ ... ...

la céramique, et c est avec un orgueil bien, justifié que nous constatons ici ce résultat, dû aux patientes recherches et aux longs travaux de savants français.

Les porcelaines orientales, importées par l'entremise des Vénitiens au xv* siècle et par les Portugais au xvi*, avaient excité en Europe une admiration bien légitime; il y' avait loin, en effet, des poteries vernissées grossières ou même de la faïence émaillée, si bien décorée qu'elle fût, dont on faisait alors usage, à ces porcelaines blanches, fines, transparentes et solides, qoi arrivaient d'un pays sur lequel on racontait les légendes les plus merveilleuses. Une tentative isolée, faite & Florence au

I. Vulr, aam wlnt, l« Ra/gwl du jvrf anglaU iprti l'BipotltioD d* ISil.

XVI' siècle, ne donna aucun résullst, au moios au point de vue pralique, et ta vieille

Europe dut renoncer à poursuivre la fabrication d'une poterie dont la matière lui était

inconnue. On se borna, d'une part, k faire venir autant de porcelaines chinoises qu'il

fut possible des'eo procurer; d'autre pari,

k imiter sur la faïence des décoraiions qui

cbannaient par leur étrange!^ et par leur

nouveauté.

A la fin du xvii* siècle cependant, on vit apparaître en France une porcelaine dont les origines sont encore eaveloppéea d'ombres assez épaisses, mais dont l'invention, gelon toute probabilité, est due à Poterat, de Bonen, et, peu d'annéee après, le hasard Bt découvrir en Allemagne une terre qui paraissait être semblable à celle qui entrait dans la composition des porcelaines cbinoiges, et qui, en effet, était la mèrae. la porcelaine européenne était créée.

Des deux côtés la fabrication prit un rapide essor : an France, à Saint-Cloud, à Lille, b Chantilly; en Allemagne, i Heissen, puis à Vienne, à Hbscht, etc. Hais les fabriques françaises, abandonnées à leurs seules forces ou patronnées d'une façon inefficace, ne pouvaient lutter contre les manufactures allemandes, surtout contre celle de HeieseD, qui jouissait d'immenses privilèges et dont les porcelaines inondaient les marchés européens. C'est alors

qne pour empêcher cet envahissement ai ^*'" ^''^"^■■' ^*" "■ =*<•" iaubkt. si préjudiciable à Tindustrie française, (Mention en ém.M pDlTchtom...)

Louis XV et ses ministres encouragèrent par tous les moyens possibles, au prix de sacrifices d'argent considérables et à l'aide de privilèges qui peuvent nous paraître .excessifs aujourd'hui, mais qui étaient alors commandés par les circoostances, l'établissement d'une manufacture k la tète de laquelle furent placés les savants et lee artistes les plus éminents, et dont les produits ne tardèrent pas à acquérir une réputation telle que la France n'eut plus aucune concurrence sérieuse h redouter.

Ce rapide succès était mérité. La porcelaine de la nouvelle manufacture, celle que nous appelons aujourd'hui porcelame tendre et qui avait stora reçu partout, comme un bommage rendu à sa supériorité incontestable, le nom de porcelaine de France, justifiait bien l'engouement qu'elle excitait dans toute l'Europe, non pas seulement par son mérite an point de vue artistique, par la délicatesse et l'élégance de ses formes on la perfectioQ de sa décoration, mais aussi, et surtout, parla beauté de sa pâte et la limpidité de la glacore qui la recouvrait. Sous ce rapport, aucune autre porcelaine ne pouvait lui être comparée; aucune glicure n'était plus propre que ta sienne h recevoir les couleurs qui prenaient, en se fondant dans l'émail avec lequel elles faisaient co^ XXX. — V r£aioDK. 54

pour ainsi dire, des doncears de tons inconnues jusqu'alors et des profondenrs intenses daoa lesquelles vibrait bannonieDeemeot ta lumière. Halbearensement elle avait un défaut : le peu de plasticité de n pite la rendait diTficile à travailler et plus difficile eocore i cuire; il se produisait, soit pendant le façonnage, soit à la cuisson, de nombreux accidents, e>, par sa nature même, elle ne ae prêtait qu'à la fabrication de pièces d'une dimensioD relatirenient petite. Cétait là, si on la comparait aux porcelaines de Chine, une infériorité usez grande relativement au rôle qu'elle était appelée à jouer dans un ensemble décoratif.

La découverte des gisements du kaolin de Saint-Yrieii vint combler celte lacune. Désormais la manufocture de Sèvres pouvait défier louiee les autrea fabriques, celles de l'Orient aussi bien que celles de l'Allemagne, et ses artistes, débarrassés des liens dans lesquels ils avaient été euchalriés pendant trop longtemps, conçurent et exécutèrent des vases gigantesques qui laissaient loin derrière eux les grandes potiche» chinoises si admirées autrefois, et qui entrèrent alors pour one large part dans la décoration intérieure des palais et des musées. La porcelaine kaolinîque ou porcelaine dure était également de beaucoup supérieure ï l'ancienne, pour tout ce qui concernait les services de table; son émail, beaucoup plus résistant que celui de la porcelaine tendre, convenait mieux à un usage journalier; il ne se rayait pas sous le couteau, ne s'usait pas et ne s'encrassait pas. Aussi devint.elle si rapidement en faveur que, moins de vingt ans après la découverte du kaolin, la manufacture de Sèvres avait abandonné tout à lait la rabrlcalion à laquelle elle avait dd son antique renommée.

Cependant, au point de vue exclusivemeot artistique, la porcelaine dure était loin de valoir sa devancière. Les couleurs employées dans sa décoration ne pénétraient pas l'émail, et, pour les faire adhérer, il allait les mélanger de fondants qui souvent les altéraient; le défaut d'uniformité entre la glaçure des cou'eurs et celle de la couverte lui donnait un aspect froid et sec qu'augmentait, pour ainsi dire, la trop grande perfection de sa couverte; il n'y avait plus ces jeux de lumière si francs et d'un effet quelquefois si inattendu, plus de transparence, plus de limpidité. Elle manquait de ce charme indéfinissable qui, plus que leur rareté, explique les prix souvent exagérés qu'atteignent aujourd'hui les porcelaines de la vieille manufacture de Louis XV.

Les artistes et les directeurs de Sèvres se rendaient bien compte de cette infériorité relative, et, par tous les moyens possibles, tentaient d'y porter remède. De \i ces recherches patientes qui aboutirent b la découverte de la palette dite de demigrand feu, composée de couleurs qui prenaient â la cuisson une glaçure plus brillante, celle des pâles d'application, dans lesquelles des oxydes pouvant résister au feu de four étaient mélangés i la pâte même de la porc^ine, et par conséquent cuisaient sous la couverte ; et enfin, ces tentatives faiies il y a quelque vingt ans pour revenir dans une certaine mesure k la fabrication de ta porcelaine tendre, dont les procédés spéciaux et les tourt de main étaient oubliés ou perdus depuis longtemps. Toujours fidèle à la mission qu'elle avait à remplir et qui fait une des premières conditions de son existence, la manufacture a doté l'industrie de ces découvertes importantes et de bien d'autres eocore qui sont étrangères au sujet que nous traitons et dont nous n'avons pas i parler ici.

Mais le but que l'on poursuivait n'était atteint qu'à moitié, et les directeurs des travaux de Sèvres cherchaient toujours une porcelaine qui pertnlt l'emploi d'émaux pouvant rivaliser avec ce que la Chine avait produit de plus parfait; c'est vers ce but

surtout que m tournèrent les efforts du successeur de Broogniart, Ebelmen, qu'une mort prématurée enleva trop tôt à la science; il avait associé à ses recherches le chimiste en cbef de la manufacture, Salvetat, qui, occupa h d'autres soins par les devoirs mêmes de l'emploi dont il était chargé, (ut, pendant de longues années, obligé de délaisser l'œuvre commencéeen commun; il y revint vers187i, et il était arrivé à un résultat des plus satisfaisants, sinon tout à fait complet, quand l'étal de sa santé le força, en 1S81, b résigner ses fonctions.

Les travaux de ces deux savants furent repris alors avec ardeur par l 'administrateur actuel de la manufucture, H. Laulb, et par le successeur de Salvetat, H. Vogt. Si la porcelaine elle-même était trouvée, ou à peu pris, il restait encore à cbercher et à fabriquer les émaux qui devaient la décorer et que le commerce ne pouvait fournir. Le succès a récompensé leurs efforts et le public, qui va être appelé à juger les résultats obtenus, ratiGerâ les éloges adressés par les membres du conseil de perfectionnement de la Manufacture aux savants qui ont su montrer une fois de plus les services importants que pouvait rendre à l'industrie cet établissement, si injustement attaqué parfois, et dont la France peut à bon droit être fiére.

Tel est, en résumé, l'historique de cette fabrication ; la part qui revient ï chacun dans

l'œuvre commune est assez grande et assez vi» di hihu pir m. ïuim biut. honorable pour que nous ayons cru devoir la (DécotiUon bian loii» coovsrtB ot ciœain rappeler en quelques lignes, avant de montrer i»<"" et imiiiij aiiuui sm pauiom. ) les avantages que présente la nouvelle porcelaine et le réie auquel elle est appelée dans l'avenir.

Nous n'avons pas h entrer ici dans les détails techniques cooeernant la fabrication, la composition de la couverte et les différents procédés de décoration de la nouvelle porcelaine de Sèvres; tout ce qui peut intéresser tes gavants et les industriels sera sans douta publié dans des rapports officiels ou dans des recueils spéciaux. Nous nous borneroDsàdire, — et les différences que nous avons ùgoalées pins haut entre les porcelaines tendre et dure aideront h en faire comprendre immédiatement la nature et les avantages, — que c'est en quelque sorte une porcelaine mixte, participant à la fois de la porcelaine dure par sa charpente, son ossature, pour ainsi dire kaolinique,

— ce qui permet de fabriquer des pièces d'uee très grande dimensioD, — et de la porcelaine tendre par sa couverte à base de plomb, fusible, par conséqoent, à une basse température, et susceptible de recevoir les émaux les plus délicats hubsi bien que les oxydes colorants les plus durs et les plus résistants.

Il est facile alors de se rendre compte du parti qu'ont su tirer de cette nouvelle matière les savants et les artistes de la maouracture de Sèvres.

Les premiers, jaloui du mooopole que semblaient s'être approprié jnsqu'b présent les potiers du CélMte- Empire, ont cherché et trouvé ces riches couvertes jaspées ou coulées, désignées dans le langage des amateurs sous le nom de couverte» haricot ou couvertes flambée», et dans lesquelles se mêlent harmonieusement toutes les nuances du rouge, depuis le rose le plus tendre jusqu'au pourpre le plus éclalanl; les fonds écaille, les bleus turquoise d'un ton si doui et si délicat, les craquelés les plus fins, tout ce qui faisait la gloire de la céramique orientale et le désespoir de nos porcelainiers, se trouve reproduit aujourd'hui avec une supériorité incontestable et de f^con à satisfaire l'œil du critique le plus eiigeant. A Sèvres, comme cela a eu lieu bien certainement en Chine aux débuts de la fabrication, il s'est produit an feu des combinaisons inattendues, qui ont amené des résultais imprévus et du meilleur effet ; une étude atlenlive permettra de les régulariser et de profiter d'une façon suivie de ce qui n'était dû jusqu'à présent qu'au seul hasard et h une sorte d'accident de cuisson.

Continuant les recherches commencées par leurs prédécesseurs, les chimistes de la manufacture ont également porté leur attention sur les fonds changeant», c'est-à-dire sur les fonds colorés qui prennent A la lumière artiBcielle une richesse de tons et une intensité que leur refuse la lumière du jonr; U nouvelle porcelaine se prétait plus facilement que la porcelaine dure à ces combinaisons d'un e9èt décoratif si surprenant, et toute la série des pièces qui rentrent dans cette catégorie ne sera pas un des moindres attraits de l'exposition qui va s'ouvrir.

Les émaux transparents aux couleurs fraoches et vives, posés en épaisseur sur la gtagure, s'y marient harmonieusement aux bleus sous couverte, mêlant leur note éclatante aux tons légèrement assourdis des dessous; sur certains vases, véritables bijoux céramiques, la main habile d'une artiste Justement appréciée. H"** Apoil, a retracé en émaux blancs modelés par transparence sur un fond bleu intense, des scènes mythologiques d'une conception charmante ; c'est la répétition des émaux limousins du xvi* siècle, avec l'attrait en plus que leur donnent la blancheur laiteuse de la matière, la délicatesse des formes et l'éclat de la dorure qui les accompagnent.

C'est également à l'école de Limoges que l'on a emprunté le procédé de la décoration d'émaux transparents sur paillons ; au milieu de bouquets aux gerbes épanouies se jouent des papillons aux ailes azurées qui semblent reQéter la lumière du ciel, des oiseaux au plumage doré, des insectes aux élytres brillantes.

Parfois la décoration, plus ou moins gravée profondément en creux dans la plte, est recouverte d'émaux transparents, qui modèlent le dessin par leur épaisseur même, gardant leur tonalité propre ssns rien emprunter aux autres couleurs.

Il semble que cette belle matière se prête facilement à toutes les fantaisies dues b l'imagination de nos modernes artistes; quand ils s'inspirent d'un art déjii connu, qu'il soit japonais ou chinois, quand ils veulent reproduire les délicates arabesques de la Beoaissance, les gracieuses rocailles du xviii* siècle ou les fins bas-relieb sur fond bleu de Wedgwood, ils trouvent les éléments nécessaires pour exécuter ce qu'ils 0Dt conçu, et ils le font sans copier servilement les œuvres qui les ont inspirés et en

gacbant conserver toi^ours ud caractère d'originalité qui constUae un art )i part et Téritablement français.

Nous avons dû nous borner, dans cette esquisse, à signaler l'apparition de la nouvelle porcfllaine de Sèvres et le parti que l'on en pouvait tirer, sans entrer dans l'eKameo critique des œnvres qui vont ôtre exposées-, il y aurait peut-être beaucoupà dire sur certains partis pris de décoration, sur certaines formes ua peu bizarres a force de vouloir être originales ; mais cela n'dle lien à la qualité exceptionnellement belle de cette porcelaine ni aux immenses reâsources qu'elle présente, autant au point de vue de la fabrication que sous celui de la décoration.

Grâce i la manoractura de Sèvres* la céramique française vient de faire un immense progrès dont nos industriels sauront proBler, aoas n'en doutons pas.

Est-ce à dire pour ciila qu'il faille abandonner tout à Fait la porcelaine dura et refaire contre elle ce que Brongniart avait fait pour la pâte tendre? Évidemment non. La porcelaine mixte ne peut, en aucun cas, être employée pour les services de table, son émail tendre se rayerait trop pruroptement ; en outre, les pAtes d'application, ou barbotineSj peuvent être difficilement remplacées, surtout dans la décoration si attrayante des pfltea blaochea sur fond coloré, décoration qui donne les effets et les transparences douces des camées les plus fins.

Hais pour toutes les porcelaines d'apparat ou de décoration, quelle que soit leur dimension, pour les bûcuiti — groupes et statuettes — qui reprennent aujourd'hui la douceur crémeuse qu'avaient autrefob les biscuits de pâle tendre à la place de l'aspect soc et presque cristallisé que leur donnait la porcelaine dure, rien ne peut égaler cette nouvelle matière, à laquelle nous pouvons, en toute sécurité, prédire un brillant avenir.

ÉDOOAIID GtBNISB.

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